Le mot de la sexologue (1)
(29-10-04)


Chocolat, fraise, (a)vanille et framboise







Relativement à l'article du Monde: La Corée invente le "préservatif-Viagra" (Voir ci-dessous) voilà un produit qui semble en apparence destiné aux hommes souffrant d'éjaculation précoce;
 
dans une vision comportementaliste du traitement de ce trouble de l'éjaculation, on peut y trouver un premier intérêt; celui de permettre à son utilisateur d'expérimenter (si ça marche) quelques minutes (secondes) d'érection supplémentaires;
ce simple changement dans la routine d'un homme habitué et conditionné à un temps plus réduit permet de rompre la chaîne angoissante et prévisible du: ça va durer X minutes(secondes), je vais échouer à me retenir plus longtemps, et voilà comme d'habitude j'éjacule trop vite, ça me confirme dans mon sentiment d'échec et d'incompétence, donc la prochaine fois je vais aussi échouer etc.
C'est ce qu'on nomme l'anxiété d'anticipation, qui est cause elle-même de l'échec répété; cet échec se renforce de lui-même par l'anxiété qu'il génère;
expérimenter une situation différente même artificiellement, c'est prendre goût à réussir, reprendre confiance en soi et par conséquent se donner pour l'avenir des perspectives plus glorieuses;
d'où l'intérêt de médicaments type viagra ou cyalis (à voir une prochaine fois) qui permettre de rompre le cercle vicieux de la peur d'échouer;
malheureusement, ce nouveau préso a aussi quelques inconvénients;
d'abord: comment fait-on pour "bénéficier " de l'anesthésiant quand le coît dure moins de 2 minutes? cas courant chez les personnes souffrant d'éjaculation précoce;
ensuite:les hommes ayant un problème d'éjaculation précoce pensent souvent à tort qu'ils résoudraient leur problème en pensant à autre chose pendant l'acte sexuel afin de distraire leur attention des sensations;
certains rêvent même d'être insensibles;
or les sexologues savent que c'est une erreur; cela ne ferait, si ça fonctionnait ainsi, que masquer voir enkyster le problème;
en effet, le problème de l'éjaculateur précoce, c'est qu'il ne reconnaît pas les signaux que lui envoie son corps, il n'est pas assez à l'écoute des différents palliers précédant l'éjaculation; il panique en pensant que c'est trop tard parce qu'il ne se connaît pas assez; il ne sait pas ce qui lui arrive réellement;
son émotivité perturbe sa sensibilité; la solution n'est pas de penser à autre chose ou de ne plus rien ressentir mais au contraire de se recentrer sur les sensations réellement éprouvées durant la pénétration et avant (pour les éjaculateurs ante portas = avant la pénétration elle-même);
bientôt la péridurale du cul: vive l'anesthésie;
pour tout supporter, supprimons même le plaisir;
dissocions-nous le plus possible de notre corps, qu'il ne nous appartienne +: c'est ça, se contrôler? c'est ne + rien ressentir?
alors que c'est en fait parce que nous sommes dissociés de nos perceptions que nous ne savons même pas ce que nous vivons, que ça nous dépasse et qu'à la fin nous n'en profitons guère;
enfin, petite question à part: si seulement 10% de coréens achètent (et consomment?) 100 millions de présos par an; comment font pour se protéger, parmi les 90% de coréens restant, ceux qui font du sexe?


Ryckwaert Nadine



La Corée invente le "préservatif-Viagra"

LE MONDE | 25.10.04 | 15h01  

Séoul de notre envoyé spécial

Conjuguer la protection et la "performance": telle est l'ambition du premier fabricant de préservatifs coréen, Unidus, qui a lancé sur le marché Long Love. Ce préservatif, qui contient un gel anesthésiant, permet de retarder l'éjaculation de l'homme. Unidus promet un coït d'une durée de trois à quatre fois plus longue. Surnommé le "préservatif-Viagra", Long Love a fait grimper les actions d'Unidus à la Bourse. L'entreprise, qui fabrique 630 millions de préservatifs par an, en a déjà exporté 2 millions aux Etats-Unis. "Pour l'instant, notre produit est le plus avancé du monde en ce domaine", estime le président d'Unidus, Kim Duck-sung, qui est sur le marché du préservatif depuis près de quarante ans et a fait de son entreprise un des cinq grands mondiaux après Durex en Grande-Bretagne, Tojan aux Etats-Unis, Ansel en Australie et Okamoto au Japon.

Unidus, dont les produits sont appréciés par les organisations non gouvernementales et l'Organisation mondiale de la santé (35 % des préservatifs achetés par les Nations unies pour ses programmes en proviennent), cherche à conjuguer le ludique et la protection. Il a une cinquantaine de modèles sur le marché : de couleurs et de formes diverses, phosphorescents, au goût de chocolat, de fraise ou de menthe... Long Love est le plus original : "Il a fallu deux ans pour le mettre au point et nous l'avons expérimenté sur des employés d'hôpitaux. L'anesthésiant local met deux à trois minutes à agir", poursuit M. Kim.

"Au départ, nous avions pensé le destiner aux hommes souffrant d'éjaculation précoce. En fait, nous nous sommes aperçus que la demande peut être beaucoup plus vaste."

M. Kim espère que Long Love permettra de développer le marché local : les Coréens achètent 100 millions de préservatifs par an, mais seulement 10 % de la population en utilisent, contre 30 % au Japon, où les fabricants, qui rivalisent dans la finesse de la matière utilisée et la facilité à les revêtir, tiennent à l'écart les concurrents. Unidus vient en revanche de s'implanter en Chine, où, selon l'OMS, plus d'un milliard de préservatifs sont nécessaires chaque année dans la seule industrie du sexe.

Philippe Pons

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.10.04