Le risque du sexe,
entre rumeur et réalité


Rapport de recherche

Jean-Yves Le Talec


Quatrième partie


Le « terrain culturel »: présence de la prévention

Cette partie de ce rapport de recherche est le fruit d’un long et patient travail de compilation de centaines de documents (réels ou virtuels), afin de déterminer si « l’idée de prévention » est présente ou non, quelle qu’en soit la forme (simple rappel, message, logo, information…) dans tel ou tel secteur du « terrain culturel ».
Sous cette désignation, nous regroupons tous les médias disponibles : presse et documents écrits (flyers, etc.), l’édition, les médias de rencontre (téléphone, Minitel, Internet), les médias d’information (magazines, Internet). Nous n’avons cependant pas pu, pour des raisons évidentes de temps et de moyens, étudier la radio, la télévision, le cinéma, les spectacles et les arts.

Notre effort a porté essentiellement sur le « terrain culturel » gai, mais nous avons également porté une certaine attention aux médias grand public. Disons d’emblée qu’ils sont avares en « papiers » sur le sida, qu’on y trouve plus d’informations sur l’épidémie en Afrique qu’en France, que les conseils de prévention y sont pour ainsi dire absents. Pour l’anecdote, mentionnons toutefois un court reportage sur les tournées de prévention d’Antonio, délégué régional du SNEG à Paris, paru dans le Nouvel Observateur (n° 1853, 11-17 mai 2000, pp. 128-129).

Nous n’avons pas examiné en détail la presse dite « sida » (Remaides, Action, le Journal du sida, Info traitements, Transcriptase, Sida – Tout va bien, etc.). Elle donne en priorité une information sur les traitements, mais aussi sur les questions sociales, la recherche, les essais cliniques, etc. La prévention y est abordée, sur le plan pratique, sur le plan de la recherche et en regard des questions qu’elle pose (barebacking, relapse…).

La presse gaie

Disons d’emblée qu’elle ne fourmille pas d’informations sur la prévention du sida. Les journalisetes de la presse gaie que nous avons recontrés commentent cette constatation de deux manières : d’une part, le contexte de l’information sida a changé depuis l’avènement des multithérapies ; d’autre part, c’est la santé en général qui se trouve questionnée à travers l’intérêt des lecteurs :

[…] quelque chose s'est passé, manifestement , avec l'arrivée des multi-thérapies, où on n’était plus dans les messages de prévention, on était dans quelque chose de très pointu, et où on sentait que ce n'était pas vraiment notre terrain. A la fois pour une question de compétence, quand les gens [des associations de lutte contre le sida] étaient plus à même que nous de faire correctement ce travail, par le fait aussi qu'on sentait pertinemment que ce que l'on pourrait apporter là-dessus, allait, de fait, ne pas intéresser toute une partie du lectorat qui était le nôtre. Donc y a eu un vrai décrochage qui s'est opéré ! […] C'est quelque chose qu'on a très bien ressenti.
(Jacky, entretien)

La réponse la plus simple, c'est parce que ça n’entre pas dans l'objectif du canard ! C'est à dire que, si l'objectif du canard c'est d'avoir un peu de plaisir, un peu de connaissances pour sortir, pour faire ceci ou pour faire cela, se dégourdir les oreilles, se dégourdir le machin, etc., il y a un carnet de rendez-vous et notamment il y a des boîtes de cul, du sport, du truc et du machin, tout est placé au même niveau, il n’y a pas de mieux et de noble et de moins bien et de clandestin, etc. Alors on pourrait dire, toutes ces activités comportent des risques : piscine ; boîtes de nuit, alcool plus drogue, bordel, sida ; on pourrait en trouver d'autres, gais moto-club, accident de la route, port du casque, machin, etc. Et on pourrait dire, on fait une rubrique pour chaque risque de chaque activité…
(Alain R, entretien)

En quelque sorte, le désintérêt (supposé ?) des lecteurs pour les questions relatives au VIH/sida, à la prévention et aux traitements converge avec une plus grande difficulté, aujourd’hui, d’aborder de tels sujets dans un journal.
Voici quelques exemples de relevés effectués dans quelques titres de la presse gaie :

Illico (et Double Face
)
(Le périodique Illico change de formule en mars 2000 : il devient bimensuel et fusionne avec Double Face)

Illico janvier 2000
p. 1 : campagne SNEG « Bonne année 2000 » (mentionne le sida)
p. 8 : « 1er décembre 1999, les labos mis en cause »
p. 12 : 700 000 ventes de l’album « Ensemble », ECS
Cahier central guide : guide communauté et santé-VIH
Cahier central p. 9 : campagne Basiliade « Homos, le sida n’a pas dit ses derniers maux »
p. 66 : page sida. Doc ANRS sur la prévention VIH et Têtu +
Double Face 20/01-17/02 2000
Cahier central guide : pas de rubrique santé-VIH

Illico février 2000
p. 12 : prévention sida, diffusion nationale des brochures Aides 13
p. 14 : Remaides lance une pétition contre les labos
Cahier central guide : santé-VIH
Double Face 17/02-29/02 2000 (dernier numéro)
Rien
Illico mars 2000 (nouvelle formule)
p. 12 : sondage, les Français et le sida
p. 14 : Act Up appelle au boycott de quatre labos
p. 16 : Act Up zappe l’IGAS
Risques et chuchotements : une BD de Cunéo et Hubert Lisandre
p. 20 : sida, fellations risquées (Libé, 4 février)
p. 22 : sida, disparition de VLS
Guide cahier centres : santé-VIH
Illico # 01 – 16 mars 2000
p. 16 : présentation du livre de Didier Lestrade « Act Up une histoire »
p. 32 : annonce de la soirée Club Unity !, au profit d’Act Up
Guide rose central : services/santé (VIH disparaît)
p. 56 : agenda associations, santé
Illico # 02 – 30 mars 2000
Guide rose centres : services/santé
p. 56 : agenda associations/santé
Illico # 03 – 20 avril 2000
p. 16 : « Un compagnon de longue date », Bertrand Delanoë parle du sida et des gays
p.19 : Sida : un questionnaire qui dérape
Guide rose centres : services/santé
p. 58 : agenda associations/santé
Illico #04 – 4 mai 2000
Guide rose centres : services/santé
p. 58 : agenda associations/santé
Illico #05 – 18 mai 2000
Guide rose centres : services/santé
p. 58 : agenda associations/santé
Illico # 06 – 30 mai 2000
p. 6-8 : « Sida : les deux sous de la lutte »
Guide rose centres : services/santé
p. 58 : annonce de la vente Arcat-sida
p. 60 : agenda associations/santé
Illico # 7 – 15 juin 2000
p. 28 : Sida : la France aux données absentes
p. 28 : nouvelles brochures de l’ALS
Guide rose centres : services/santé
p. 68 : agenda associations/santé
Illico # 08 – 29 juin 2000
p. 6 : « Miroir, mon beau miroir » - Enquête Presse Gay 2000
p. 14 : brève sur ECS-TF1
p. 43 : Annonce de l’Association des Médecins Gais (guide santé)
Guide rose centres : services/santé
Encart central : enquête presse gay
p. 54 : annonce Solidays
p. 56 : agenda associations/santé
Illico # 09 – 13 juillet 2000
p. 20 : polémique autour d’un zap dans le Marais « Act Up : une balle dans le pied ? »
p. 22 : brève sida Terrence Higgins Trust et London Lighthouse
p. 24 : brève sur un lieu de mémoire sida – ECS
Guide rose centres : services/santé
Encart central : Les maladies sexuellement transmissibles, et si on en parlait ? (AMG/Ministère/CFES)
p. 58 : agenda associations/santé


E-male
(Série incomplète)


N° 18 – 13 janvier 2000
Rien
N° 22 – 10 février 2000
Rien
N° 23 – 18 février 2000
p. 29 : une pub SPG pour les jack-off, tous les 3e dimanche du mois, au London
N° 24 – 24 février 2000
Rien
N° 25 – 2 mars 2000
Rien
N° 26 – 9 mars 2000
Rien
N° 27 – 16 mars 2000
p. 13 : première rubrique sexualité d’Erik Rémès. Rien sur la prévention sida.
p. 31 : pub SPG
N° 28 – 23 mars 2000
Rien
N° 29 – 30 mars 2000
Rien
N° 34 – 4 mai 2000
Rien
N° 35 – 11 mai 2000
Rien
N° 36 – 18 mai 2000
P 14 : annonce de décès du Jeff, rubrique télé (sans mentionner la cause)
N° 37 – 25 mai 2000
p. 9 : annonce du Sidaction TF1
N° 38 – 1er juin 2000
p. 13 : rubrique Sexactualités, la sodomie « Utilisez systématiquement un gel à base d’eau avec un préservatif. Les gels gras comme la vaseline altèrent les capotes »
p. 26 : campagne Sida Info Service (« Pour se protéger du sida, rien de tel qu’un rapport auriculo-buccal. »)
N° 39 – 8 juin 2000
p. 8 : annonce du débat AIDES au Point Virgule (dim. 18 juin) « Les jeunes gais face au sida »
p. 36 : campagne SIS (« pour un séropositif, il n’y a pas que le virus qui soit difficile à vivre »)
N° 40 – 15 juin 2000
p. 8 : annonce de la braderie Aides, 17-18 juin à Arc en Ciel
p. 27 : campagne SIS (« pour se protéger… »)
N° 42 – 29 juin 2000
Encart enquête presse gay
N° 43 – 6 juillet 2000
Rien
N° 44 – 13 juillet 2000
Rien

Agenda Projet X

N° 23 – février 2000
Rien.
N° 24 – mars 2000
p. 3 : allusion « Safe ne veut pas dire soft »… par le président d’Amour Hard !
N° 25 – avril 2000
Rien
N° 26 – mai 2000
Rien
N° 27 – juin 2000
p. 18 : annonce Deutsche AIDS-Hilfe « Play safe, have fun »

Têtu

N° 43 – Mars 2000
p. 16 : Humeur « Cherchez l’erreur », à propos du Dépôt et des pratiques à risques.
p. 100-105 : Têtu+ « De quoi meurent les sidéens », « Vos questions », « Brèves médicales », « Emmanuel Trenado ».
N° 44 – Avril 2000
p. 12 : « Vivre=Act Up », critique de l’ouvrage de Didier Lestrade.
p. 41-48 : dossier « L’amour cash » ; « Télépho-nique », sur le rezo et les pratiques sexuelles à risques.
P 85 : « Sida traqué, séropos fichés » dans le dossier consacré à la Suède.
p. 100-105 : Têtu+ « Vaccination thérapeutique » ; « Vos questions » ; « Philippe Artières ».
N° 45 – Mai 2000
p. 28 : « Virus de la parole », critique de L’insecte, de Michel Iribarren.
p. 46-48 : « Ministre du silence », une interview de Dominique Gillot sur la lutte contre le sida.
p. 84-89 : « Hépatite C, l’épidémie cachée » ; « Quelle prévention ? ».
p. 100-104 : Têtu+ « Chacun cherche son gras » ; « Dégâts des os » ; « Vos questions » ; « Laurent Roudière ».
N° 46 – Juin 2000
p. 30-31 : « Aiden Shaw », portrait ; la prévention dans l’industrie du X gai.
p. 100-104 : Têtu+ « Assu-rage » ; « Vos questions » ; « Jean-Albert Gastaut ».
p. 105 : annonce de l’opération « Sida, 48 heures pour un vaccin » sur TF1.
N° 47 – Juillet-août 2000
p. 120-128 : Têtu+ « Avant Durban : l’expectative » ; « Brèves médicales » ; « Vos questions » ; « Jacques Leibowitch ».
p. 127 : campagne Sida Info Service « Pour se protéger du sida… ».
Supplément : Têtu Madame n° 1 : rien.

Comme les autres supports gais, Têtu publie peu d’informations sur les risques liés à la sexualité et sur la prévention. Son intérêt réside surtout dans la rubrique Têtu+, qui regroupe en fin de magazine des informations relatives aux traitements du sida, aux recherches thérapeutiques, aux questions sociales, à la vie quotidienne, etc.


La presse dite de charme

Nous ne l’avons pas consultée in extenso. Nous avons cependant constaté qu’il y figure des rappels de prévention, comme par exemple dans Fresh, où l’on trouve un logo de prévention au début d’une nouvelle érotique (texte : « dans vos fantasmes, tout est possible. Dans vos rapports sexuels, utilisez systématiquement préservatif et gel. C’est le seul vaccin, à ce jour, contre le sida »), ainsi que ce commentaire, en marge des récits des lecteurs :

« A nos amis lecteurs rédacteurs :
Vous oubliez souvent de nous dire à quel moment vous mettez des préservatifs. Nous sommes certains que vous le faites, mais ce n’est pas un tabou de le dire. Alors les prochaines fois, n’hésitez pas à nous raconter aussi comment vous vous y prenez. »
La rédaction.
(Fresh, juin 2000, p. 60)


La presse publi-rédactionnelle

Il s’agit de périodiques gratuits, liés à une activité commerciale, comme QW., (lié au Queen) ou dlp, (lié au Scorp). Nous n’avons trouvé aucun message de prévention dans ce type de publication.


La communication promotionnelle : les flyers

Après avoir épluché plus de cent cinquante flyers (annonces de soirées régulières et spéciales), force est de constater que la prévention en est totalement absente, qu’il s’agisse de soirées en boîte de nuit, d’afters, de soirées « sexe »… Un seul flyer, parmi ceux que nous avons récoltés, mentionne explicitement une recommandation de prévention. C’est celui d’une soirée « fessée », organisée par l’association Clef le 11 mars 2000. Il porte la mention « SSR obligatoire ».
Sinon, le vide complet…


Les médias virtuels de rencontre et d’information


Le « rézo » téléphonique

Nous avons vu que les annonces sollicitant des rapports non protégéés étaient nombreuses. En revanche, pas d’information prévention sur le rézo !


Le Minitel

Trente services Minitel gais et lesbiens de rencontre ont été soigneusement explorés. Trois solutions :
– soit il n’y a rien du tout sur le VIH, ni sur la prévention (17 serveurs sur 30) ;
– soit il y a une rubrique présente au sommaire, mais en la consultant, on constate qu’elle est « en cours de modification » ou « en cours de mise à jour » (5 serveurs sur 30, tout de même…)
– soit il y a une rubrique « infos-sida », assortie de conseils de prévention, mais pas toujours (8 serveurs… seulement !).
On peut accorder une mention spéciale aux services JKH, NETBOY et NIC : les informations y sont claires, complètes et accessibles.
Parmi les services les plus hard, Projet X (P10) ne donne aucune information, alors que QG fait figurer une rubrique « consignes de sécurité » en page de sommaire particulièrement bien faite, complète et accessible.

Pour les détails, on se reportera aux tableaux figurant en fin de ce chapitre.


Internet

Cinquante sept sites Internet ont été soigneusement visités : sites institutionnels, sites d’associations de lutte contre le sida, sites d’associations homosexuelles, sites commerciaux gais, moteurs de recherche gais et pages personnelles.
Disons d’emblée que la moisson est pauvre ! Si les sites d’associations de lutte contre le sida offrent une information correcte, il n’en va pas de même pour les sites gais. Un seul offre une information complète, accessible et conçue pour les homosexuels comme pour les bisexuels, c’est celui des Gais et Bis Routiers (www.chez.com/gbroutiers). Encore bravo ! Le site Gai Pied (www.gaipied.fr) vaut d’être mentionné sur ses pages santé très bien conçues.

Pour le reste, pas grand chose, voire même du néfaste ! Pour l’anecdote, le moteur de recherche du site du ministère de la santé reste muet à la requête « sida + homosexualité » (zéro document sur 20 725)… S’agit-il d’une plaisanterie ?

Parmi les sites gais commerciaux, certains renvoient à des annonces ou des webrings de bareback, sans qu’à aucun moment il soit fait mention de prévention (voir le site du bar le Quetzal, www.quetzalbar.com, dont nous parlions en introduction (Au fait, ce bar est-il signataire de la charte du SNEG ?). Le site du bar le QG ne fait pas plus mention de prévention… Pourtant, son service Minitel est, de ce point de vue, de bonne qualité… Etrange ! Plus fort encore : le site Xmen (www.xmen.com) renvoie à 27 sites de bareback ! Quant au site Cumhole (www.cumhole.com), il arbore carrément le logo « No rubber », « pas de capote » (un préservatif cerclé et barré de rouge).
Et nous ne signalons qu’une page personnelle, celle de Fuzzyfox (http://fuzzyfox.free.fr), qui vante sans complexe le bareback, sans aucune mention de prévention, évidemment. De telles pages, on peut en trouver des dizaines, et nous en avons consulté beaucoup…

Pour les détails, on se reportera aux tableaux figurant en fin de ce chapitre.


L’édition

Depuis un ou deux ans, l’édition « gaie et lesbienne » est foisonnante, et il devient difficile de suivre intégralement la production littéraire. Pour cette étude, nous avons lu une vingtaine d’ouvrages, toujours dans la perspective de la prévention :

Borel Vincent (1995) Un ruban noir, Arles : Actes Sud.
Borel Vincent (1998) Vie et mort d’un crabe, Arles : Actes Sud.
Brizon Hervé (2000) La vie rêvée de sainte tapiole, coll. Le rayon, Paris : Balland.
Camus Renaud (1988) Tricks, Paris : P.O.L.
Despentes Virginie (1994) Baise-moi, Paris : Florent-Massot.
Dustan Guillaume (1996) Dans ma chambre, Paris : P.O.L.
Dustan Guillaume (1997) Je sors ce soir, Paris : P.O.L.
Dustan Guillaume (1999) Nicolas Pages, coll. Le rayon, Paris : Balland.
Gourvennec Patrick (1999) Tilt, Latresne : Editions Le Bord de l’Eau.
Gray Robert (Sir) (1999) Mémoires d’un homme de ménage en territoire ennemi, coll. Le rayon, Paris : Balland.
Isherwood Charles (1996) Wonder Bread and Ecstasy : the Life and Death of Joey Stefano, Los Angeles : Alyson Publications.
Iribarren Jean-Michel (2000) L’insecte, coll. Solo, Paris : Seuil.
Kételaers Claude (2000) Le cri des Pédégouines au printemps, Lille : Editions Gay-Kitsch-Camp.
Lestrade Didier (2000) Act Up une histoire, Paris : Denoël.
Orant Pascal (1999) Plan direct, coll. Le rayon gay, Paris : Balland.
Patris Catherine (2000) Ma planète sida, Paris : L’Harmattan.
Plunket Robert (2000) Jock-straps, coll. Le rayon, Paris : Paris.
Rémès Erik (1999) Je bande donc je suis, coll. Le rayon gai, Paris : Balland.
Rémès Erik (2000) Le maître des amours, coll. Le rayon, Paris : Balland.
Rozenbaum Willy (1999) La vie est une maladie sexuellement transmissible constamment mortelle, Paris : Stock.
Welzer-Lang Daniel, Le Talec Jean-Yves et Tomolillo Sylvie (2000) Un mouvement gai dans la lutte contre le sida, coll ? Logiques sociales, Paris : L’Harmattan.

En voici quelques commentaires, qui n’ont rien de commun avec une critique littéraire ; la « distance romanesque », en particulier, ne sera pas discutée ici.

Les romans

Evoquons d’emblée les romans qui mettent en scène, dans le temps présent, des relations non protégées. Il y a ceux, bien sûr de Guillaume Dustan, qui ont déjà été évoqués, mais aussi le premier livre d’Erik Rémès (mais pas le second, publié cette année, qui est safe). Ces récits tiennent à la fois, semble-t-il, de Tricks, modèle des récits de rencontres et de « baises », et de Baise-moi (où l’on ne met pas non plus de préservatif…), pour leur côté immédiat, instantané et violent.
D’autres romans décrivent des scènes de sexe non protégé, mais ils prennent place dans les années 1980, comme Les mémoires d’un homme de ménage…

Plusieurs romans sont centrés sur le sida, la contamination, le virus. Notons les ouvrages de Vincent Borel, qui décrivent avec minutie le vécu séropositif, et surtout le roman de Patrick Gourvennec, Tilt (du nom du sauna) qui aborde la contamination « volontaire ». Une mention particulière pour le très beau et très étrange livre de Jean-Michel Iribarren, L’insecte, dans lequel le VIH parle à la première personne… Décapant !
A noter également le récit de Claude Kétélaers, qui contient quelques pages très fortes sur l’épidémie et les gais, sur la sexualité.

Les documents

Le sida semble susciter l’écriture de documents, la mémoire semble s’exprimer. Si le récit de Willy Rozenbaum est passablement terne (on y apprend peu de choses, mais les informations sont claires), celui de Catherine Patris, Ma planète sida, est bien plus passionnant : elle y raconte ses années passées à la tête de la Division sida (DGS) et de l’AFLS, qu’elle aura le privilège de clôturer. De grands moments d’histoire, à propos de la prévention, en particulier, la présentation aux associations et à la presse d’une fameuse campagne de prévention…
L’histoire de la vie de Joey Stefano vaut pour la plongée qu’elle offre dans le monde du porno gai américain. Joey baisait sans capote… et l’on a vu que les porn-stars ont assuré la médiatisation du bareback aux Etats-Unis à plusieurs reprises.
Enfin, deux ouvrages sont parus cette année sur le mouvement associatif et la lutte contre le sida, d’une part sur les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, d’autre part sur Act Up Paris. L’ouvrage sur les Sœurs est la version éditoriale d’un rapport de recherche ; on peut y trouver, entre autres, le détail des actions de prévention de cette association. L’ouvrage de Didier Lestrade, Act Up, une histoire, raconte la naissance de ce mouvement. Le dernier chapitre (1999) contient un long développement sur la prévention, le relapse, le bareback, et sur la responsabilité que doivent assumer les homosexuels : un plaidoyer militant.


Conclusion

Force est de constater que la présence de la prévention s’estompe, sur le « terrain culturel » gai. Certes, on peut trouver et consulter de nombreux documents spécialisés, périodiques, livres, serveurs Minitel, sites Internet, qui donnent une information de qualité et accessible.
Cependant, l’absence totale de prévention sur les flyers, sa quasi absence, ou sa grande discrétion, dans la presse gaie et sur le Net nous indique qu’elle a déserté le « quotidien » des homosexuels.

Un secteur nous paraît particulièrement mériter une surveillance constante : ce sont les sites Internet. L’outil est porteur de modernité, et d’une grande potentialité de communication. Il est pourtant inexploité du point de vue de la prévention et de l’information sida. Il semble urgent de l’investir, d’autant que les tenants de pratiques non protégées y sont déjà bien installés.


Précédente Sommaire Suivante