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Le risque du sexe,
entre rumeur et réalité
Rapport de recherche
Jean-Yves Le Talec
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Première partie
Etat des lieux : La prévention, entre lieu commun et réalité
Létat du dispositif de prévention et dinformation VIH-sida en milieu gai à Paris a constitué lobjectif principal de ce travail de recherche, durant le premier semestre de lannée 2000.
Ce dispositif a fait lobjet dune enquête approfondie et globale, sans quelle puisse toutefois prétendre à lexhaustivité. Différents aspects ont été étudiés : la présence sur le terrain et le travail des associations, la disponibilité du matériel de prévention, la disponibilité et la diffusion de linformation relative au VIH et au sida.
Il convient demblée de souligner que la réalité constatée sur le terrain nest pas reflétée par le discours collectif. En dautres termes, bien que les différents dispositifs dinformation et de prévention sida aujourdhui disponibles à Paris soient multiples et variés, le discours collectif tend à les décrire comme très réduits, voire inexistants. Ce constat a pu être fait à loccasion de nombreuses conversations informelles (non enregistrées), de même quau cours des entretiens enregistrés, conduits avec des acteurs de prévention, professionnels ou volontaires associatifs, et quelques consommateurs. Cest ce quexprime ce client détablissements gais : « au jour d'aujourd'hui, j'ai l'impression qu'elles n'existent pas, ces campagnes de prévention ! ». Cest comme si, pour de très nombreux hommes gais, le dispositif de prévention-sida dans son ensemble, tel quil a été progressivement construit depuis le milieu des années quatre-vingt, était devenu invisible, transparent.
En revanche, toujours dans le registre du discours collectif, la croyance est aujourdhui établie, dans le milieu gai, que beaucoup dhommes ont des pratiques à risque majeur, comme le pense cet acteur de prévention : « La conscience du risque, à mon avis, elle a en grande partie, disparu ! ».
Deux mots résument cette croyance : relapse et bareback. Le relapse, terme en usage depuis les années quatre-vint-dix, indique lidée dun relâchement des comportements de prévention ; le bareback, dusage plus récent, est synonyme dabandon volontaire des mesures de protection.
Ces croyances reposent en partie sur lorganisation du discours collectif, telle que la décrit un journaliste, sous le terme de « conversations de bistrot », dans lesquelles les élements relatifs au sida, aux risques et à la prévention auraient disparu :
Une chose est sûre, c'est que la façon dont se font les conversations dans des bordels, dans des bars, [
] ça n'a rien d'original, c'est ce dont on a entendu parler, ce dont il est à la mode de parler, ce qu'on a vu à la télé
ça s'appelle de la conversation de bistrot. [
] et aujourd'hui, dans tous les petits éléments qui pourraient faire une conversation de bistrot, il ny a rien sur le sida ! C'est à dire quil ny a plus d'émetteur non plus ! Alors, il y a peut-être des émetteurs, mais en tout cas, ils ne sont pas écoutés ! Il ny a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. [
] Mais toujours est-il que t'as un grand brouhaha [sur une] sorte de philosophie de l'attitude ( rire ) autour du sida. [
] Et là, naturellement, ça vient dans les propos de bistrot ! Où est l'autre point de vue, [
] où sont les émetteurs du point de vue opposé ? Le bouquin de Lestrade, silence radio ! Vide absolu ! T'en as entendu parler, toi ?
(Alain R, entretien)
Or, dans la réalité, rien ne permet daffirmer ou dinfirmer formellement que ces phénomènes, plus ou moins confondus dans le discours collectif, aient pris de lampleur : les données épidémiologiques actualisées ne sont pas disponibles, depuis larrêt de travail des médecins de Santé Publique, et la dernière enquête sur les comportements sexuels des hommes gais date de 1997. Le seul élément que lon peut avancer de façon certaine est que ces phénomènes, relapse et bareback, sont passés dans la sphère publique en tant quobjets de commentaires. Ils ne létaient peut-être pas autant il y a quelques mois ou quelques années, sans pour autant que lon puisse préjuger de limportance de leur pratique réelle, hier comme aujourdhui.
Dernier point : lorsquil est fait référence au dispositif de prévention, au travers de conversations ou des entretiens enregistrés, les éléments destinés aux personnes séropositives ou malades sont assez rarement distingués. En dautres termes, le dispositif de prévention est implicitement appréhendé et compris comme sadressant a priori aux hommes non contaminés par le VIH. Cette acception, largement partagée, mais qui ne reflète pas la réalité, nest pas dénuée de conséquences ; en particulier, ce lieu commun peut conduire certains hommes séropositifs à se sentir exclus du dispositif et à conclure que les mesures de protection des pratiques sexuelles ne les concernent pas ou plus.
A- Lobservation de terrain
Lobservation menée dans le cadre de cette recherche a porté sur trois terrains : les établissements, les lieux de drague extérieurs et les interventions associatives.
Dans les établissements, lobjectif était dobserver, dapprécier et de décrire les outils de prévention et dinformation mis à la disposition des clients.
Les quelques lieux de drague que nous avons visités étaient très peu fréquentés ; il faut dire que les conditions météorologiques nétaient pas souvent favorables durant ce dernier printemps. Aucun environnement de prévention nest évidemment disponible dans ces lieux, hormis au moment des interventions associatives..
Ces interventions, que nous avons acompagnées, feront lobjet dune description dans la partie concernant les actions des associations.
En définitive, leffort a porté essentiellement sur les établissements dans lesquels des relations sexuelles sont possibles : bars à backroom, sex-clubs, saunas, cinémas X et quelques soirées spéciales.
Je me suis rendu dans ces lieux a priori de manière anonyme, comme le ferait un client banal, le plus souvent seul, parfois accompagné. Les notes de terrain étaient prises par la suite, jamais sur place.
Au total, une quarantaine de lieux différents ont été observés, certains à plusieurs reprises. Le temps dobservation était très variable : de quelques dizaines de minutes (dans un bar, par exemple) jusquà plusieurs heures (dans une soirée spéciale).
Nous avons recueilli, chaque fois quils étaient disponibles, les documents dinformation offerts aux clients. Nous les présenterons en fin de cette partie.
Remarques préliminaires
Variabilité
Ces observations nont de valeur quau moment où elles ont été faites. En dautres termes, lenvironnement de prévention dans les établissements peut subir des variations parfois importantes. Nous lavons noté en nous rendant à plusieurs reprises dans certains dentre eux, à des moments différents (jour de la semaine, heure). Dans certains cas, en revanche, nous navons pas noté cette variation.
Interactions sexuelles
Bien que cela ne soit pas lobjectif de ce travail de terrain, nous avons observé, à de nombreuses reprises, des interactions sexuelles, de toutes natures, quelles soient apparemment protégées ou non. Ces événements observés ne sont que des phénomènes que lobservateur a notés. Ils nont aucune autre valeur. Par exemple, le phénomène noté « observation dune pénétration anale sans préservatif, dans tel endroit de tel établissement, tel jour, à telle heure » ne permet den tirer aucune conclusion. On ignore en effet si les partenaires concernés se connaissent ou non ; on ignore également leur statut sérologique ; on ignore sils en ont parlé ensemble auparavant
Les bars gais
Lobservation de ces établissements donne une image assez homogène : il y a peu doutils de prévention et dinformation disponibles.
Les préservatifs et le gel sont rarement offerts, du moins spontanément, que ce soit en libre service (sur le bar par exemple) ou distribués avec la monnaie.
Des documents dinformation sont parfois disponibles. Encore faut-il souvent les découvrir, parmi lavalanche dautres documents proposés à la clientèle : flyers, presse gratuite, publicités
Quant aux affiches de prévention, elles sont exceptionnelles et quand on en trouve, elles sont le plus souvent anciennes (parfois même encadrées, comme des reliques
).
| Nom |
Observation |
Préservatifs |
Gel |
Documents |
Affiches |
| Alien Bar |
11e |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Bears Den |
Halles |
Ø |
Ø |
Quelques |
Quelques |
| Insolite |
Opéra |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| London |
Backroom |
Au bar |
? |
Ø |
Ø |
| Ojectif Lune |
Mixte hétéro |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Scorp |
Boîte |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Thermik |
Marais |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Mixer |
Marais |
Ø |
Ø |
Parfois
|
Ø |
| Open |
Marais |
Ø |
Ø |
Parfois
|
Ø |
| Cox |
Marais |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| AccesSoir |
Marais |
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Akhénaton |
Marais |
Ø |
Ø |
Parfois |
Ø |
| Palmier |
Halles |
Ø |
Ø |
Parfois |
Ø |
| Duplex |
Marais |
Ø |
Ø |
? |
Ø |
| Central |
Marais |
Ø |
Ø |
Oui |
? |
| Arambar |
11e |
Ø |
Ø |
? |
? |
Les bars à backroom et les sex-clubs
La très grande majorité des établissements visités mettent à la disposition de leur clientèle au moins un préservatif et une dose de gel. Différentes stratégies sont possibles : ce matériel peut être donné à la caisse (lorsque lentrée est payante) comme au Dépôt, ou bien au bar (avec la monnaie dune consommation) comme à lImpact. Il est parfois disponible en libre service, sur le bar, comme au Mec Zone. Le gel est parfois mis à disposition dans les cabines (distributeurs à poussoir, fixés au mur), comme au Banque Club.
Deux établissements seulement noffraient ni préservatif, ni gel au moment où nous les avons visités : le Glove et le Transfert.
Des documents dinformation sont en général disponibles et ils sont souvent moins « noyés » dans les flyers
mais, de même que dans les bars, il y a peu daffiches de prévention. Seul, le logo réalisé par le SNEG (sans capote=interdit, avec capote=autorisé) est assez couramment apposé, à lentrée des backrooms par exemple.
Il convient également de noter que le matériel dhygiène est très souvent rudimentaire (points deau peu aménagés, parfois absence de savon ou dessuie-mains
).
Des soirées spéciales, ou à thème, sont de plus en plus souvent organisées dans ces établissements :
Soirée « slip » à lArène : laccès au sous-sol est réservé aux hommes qui se dévêtissent. Il ny a pas de vestiaire, on se déhabille en bas, au bout du bar. Les affaires sont gardées dans des sacs poubelle [
] Il est difficile de garder avec soi préservatifs et gels. Il ny en a pas de disponible au bar du sous-sol, à moins peut-être den demander au barman. Il ny a pas de distributeur de gel dans les cabines [
]
(Journal de terrain, 18 mai 2000)
Dautres thèmes sont proposés, en général selon le « look » (uniformes, chantier, sport, sous-vêtements, naturisme
) ou parfois selon les pratiques sexuelles (SM, uro, fist
).
Certains établissements offrent la possibilité dune « after sex » le week end : soit ils restent ouverts toute la nuit (Dépôt, Impact, QG
), soit ils rouvrent à quatre heures du matin (Full Metal, le dimanche). Nous avons pu observer un flottement dans lenvironnement de prévention aux petites heures du matin ; par exemple, les préservatifs ne sont plus offerts avec lentrée ou la monnaie.
| Nom |
Observation |
Préservatifs |
Gel |
Documents |
Affiches |
| Arène |
|
Bar (monnaie) |
Bar (monnaie) |
Ø |
Ø |
| Banque Club |
|
Caisse |
Cabines |
Présentoir au bar + en bas |
Quelques |
| Dépôt |
|
Caisse |
Caisse |
RdC |
Oui |
| Docks |
Pas dalcool |
Caisse
+ distri payant |
Caisse |
Bar |
WC
+ distri |
| Full Metal |
|
Ø |
Ø |
Quelques |
Quelques |
| Glove |
|
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
| Impact |
|
Monnaie |
Monnaie |
Bar |
Ø |
| Keller |
|
Ø
Gants au bar |
Ø |
? |
Ø |
| London |
|
Sur demande au bar |
Id |
Ø |
Ø |
| Mec Zone |
|
Sur le bar |
Sur le bar |
Un peu |
Ø ? |
| Mic Man |
|
Sur le bar |
Sur le bar |
Au bar |
Ø ? |
| One Way |
|
Sur le bar |
Sur le bar |
Ø ? |
Une |
| Quetzal |
|
Ø |
Ø |
Recoin bar |
|
| QG |
|
Monnaie |
|
Au bar |
Ø |
| Rangers |
|
A la caisse |
|
Au bar |
Ø ? |
| Transfert |
|
Ø |
Ø |
Ø |
Ø |
Les soirées spéciales
Elles sont organisées de manière exceptionnelle ou périodique et font lobjet dune promotion importante. En voici deux exemples :
La soirée Dispatch est organisée au Bataclan, je my rends vers 3 heures du matin [
] Il y a une majorité dhommes, mais aussi des femmes et quelques travestis [
] Il ny a aucune prévention, pas de préservatifs donnés à la caisse, ni au bar, pas de documents de prévention, pas daffiches [
] Après un moment, je me rends compte quil est difficile davoir des relations sexuelles dans cette soirée. Il y a des vigiles qui surveillent toute la salle ainsi que les toilettes. Cest peut-être aussi pour limiter la circulation et la consommation de drogues ?
(Journal de terrain, 4 mars 2000)
Jarrive à la soirée Déviants vers deux heures du matin, jy reste jusquà cinq heures. [
] La soirée se déroule au Cirque [
] Des capotes et du gel sont distribués à lentrée, juste après la caisse, environ jusquà trois heures du matin.
Au rez-de-chaussée, il y a un espace bar, avec au fond, le vestiaire en mezzanine, et un espace réservé aux « performances » en contrebas. [
] Au sous-sol, on trouve une piste de danse, un bar au fond, et la backroom, qui a plusieurs entrées. Elle nest pas totalement sombre. Je peux observer, dans la backroom ou dans les toilettes, cinq pénétrations anales non protégées. Les pratiques SM ne sont pas très hard. Il y a quelques séances uro dans les toilettes. Beaucoup de sexualité de groupe (plus de deux partenaires) et beaucoup de fellations.
(Journal de terrain, 18 mars 2000)
Une nouvelle soirée Déviants est observée en mai :
La soirée se déroule aux Caves Lechapelais, louées pour loccasion. La caisse est après la porte, les toilettes et le vestiaire sont tout de suite à gauche. Puis un long couloir mène à la salle proprement dite. Il y a un grand bar, une piste de danse et un grand espace backroom délimité par des filets de camouflage. [
] On ne me donne ni capote ni gel, ni à lentrée, ni au bar. Il ny a aucune affiche, aucune brochure. Le public est masculin, looké cuir, 30-40 ans. Il y a aussi quelques femmes. [
] Jobserve des activités sexuelles multiples : fellations, sodomies, un fist. Certaines de ces pratiques sont non protégées.
(Journal de terrain, 20 mai 2000)
Les saunas
Sans exception, les neuf saunas visités proposent systématiquement, du matériel de prévention : capotes et gel, toujours à lentrée dans létablissement (soit à la caisse, soit dans le vestiaire). Souvent, du matériel supplémentaire est disponible en libre service. Dans la majorité des saunas, des brochures sont facilement accessibles, soit au bar, soit au vestiaire.
Sil fallait attribuer une distinction, la palme du meilleur service en matière de prévention irait au sauna Univers Gym, au moment où nous lavons visité :
Je me rends au sauna Univers Gym vers 18 heures, jy reste jusquà 20 heures. A la caisse on me donne un préservatif et un gel. Au rez-de-chaussée, se trouvent les vestiaires, le bar et une salle de gym. Il y a aussi un point info, avec des brochures et des préservatifs/gels sont en libre service sur le bar. Au sous-sol, se trouve le jacuzi, le sauna, le hammam, une douzaine de cabines et un espace de repos avec un grand écran vidéo (on passe aujourdhui un fim catastrophe, Volcano). Il y a aussi un labyrinthe sombre qui conduit à deux espaces backroom. A lentrée de ce labyrinthe, capotes et doses de gel sont en libre service dans une coupe, qui est sur-éclairée par un spot. On ne peut pas passer à côté. Il y a aussi un distributeur de gel dans chaque cabine.
(Journal de terrain, 29 mai 2000)
De plus, le jour de notre visite, une permanence de lAssociation des médecins gais se tient à Univers Gym. Un médecin, membre de cette association, accueille les clients qui le souhaitent pour répondre à leurs questions (voir plus loin).
| Nom |
Observation |
Préservatifs
|
Gel
|
Documents |
Affiches |
| Athletic World |
|
Porte clé
+ libre service |
Porte-clé
+ cabines |
Ø |
Ø |
| Bastille sauna |
|
A la caisse
+ libre service |
A la caisse |
Ø |
Ø |
| Eden Form Victor Hugo |
Après-midi |
Bar, cabines |
Bar |
Vestiaire |
Ø
Logo SNEG |
| Euro Mens Club |
Après-midi |
Cabine |
Cabine |
Bar |
3 au bar |
| IDM |
Perm AMG |
A la caisse
+ distributeur payant |
A la caisse
+ distributeur payant |
Vestiaire |
Vestiaire |
| Key West |
|
A la caisse
+ libre service |
A la caisse
|
Ø |
Ø |
| King Sauna |
Nuit |
Porte clé |
Cabines |
Oui |
Quelques |
| Tilt |
Nuit |
Porte clé + bar |
Porte clé
+ cabines |
Bar |
Quelques |
| Univers Gym |
Perm AMG |
A la caisse
+ libre service |
A la caisse
+ libre service
+ cabines |
Point info |
Oui
(info AMG) |
Sex-shops et cinémas pornos
A la fois commerces et lieux de rencontre sexuelle, ils ne proposent que très peu de matériel dinformation et de documents de prévention.
On réservera peut-être une mention spéciale aux cinémas Atlas, à Pigalle : il sagit de deux salles diffusant des films X hétérosexuels, fréquentées par des hommes ayant des relations homosexuelles :
Je me rends à lAtlas vers 16 heures. Ni capote ni gel à lentrée (à la caisse) ni à aucun endroit dans la salle. La clientèle est en grande partie dorigine maghrébine ou africaine, mais il y a aussi quelques européens et deux ou trois travestis. Il y a une salle en haut, qui nest pas très fréquentée. Les hommes se déplacent dans la semi-obscurité. En ravanche, la salle du bas est presque pleine. En bas de lescalier, en face, il y a les toilettes. Dans leur prolongement, un couloir qui doit servir dissue de secours ; en retrait, sur la droite, un recoin. Les toilettes sont occupées en permanence. Plusieurs hommes attendent là, debout, devant et dans le couloir. Ils se regardent. Un travesti passe. Dans la salle, des hommes discutent au fond. Il y a aussi un travesti. Vers lécran, sur la droite, il y a un recoin, une autre issue de secours. Là aussi, des hommes attendent et regardent. Un homme est en train den sucer un autre. Il ny a ni brochure, ni affiche, nulle part.
(Journal de terrain, 17 juillet 2000)
Les documents de prévention
Les documents dinformation et de prévention relatifs au VIH, aux MST, aux hépatites et à la santé en général ont été récoltés dans les divers établissements gais, ainsi que dans les structures ouvertes au public (associations, comme le Kiosque ou le CGL, centres de dépistage, comme le Figuier, etc.). Au total, une soixantaine de documents ont été recueillis. En voici la liste :
| Document de prévention |
Source |
| Agir vite |
Aides 13 / CFES |
| Centre médico-social du Figuier (info) |
Mairie de Paris |
| Chaque jour, nous écoutons et soutenons les gays et les lesbiennes |
SIS |
| Contrôler une infection par le VIH dès la contamination |
Aides fédération nationale |
| Deux vitrines contre le sida |
Le Kiosque |
| Eau de Javel et prévention de linfection par les virus du sida et des hépatites |
Ministère / CFES |
| En 2000, la capote, cest toujours tendance |
SNEG |
| Et toi, les drogues, tu en sais quoi ? |
SNEG / AMG / ASUD / Techno Plus / MILDT / Act Up Paris |
| Et toi, tu vois ça comment ? |
Aides 13 / CFES |
| Et vous avec lalcool vous en êtes où ? |
CFES/Assurance maladie |
| Gais à votre santé |
Association des médecins gais |
| Garçons entre eux Désir, amour, sexualité |
AJCS/Gemini |
| Hépatite C Dépistage (médecins) |
CFES/Ministère |
| Histoire deux / Régis, 45 ans, gai séropositif |
Aides Ile de France |
| Histoire deux / Serge, 28 ans, gai séronégatif |
Aides Ile de France |
| Histoire de Pierre (roman photo) |
Ministère / DGS / CFES |
| HIV/AIDS help in english |
Facts Line |
| Hommes entre eux / Guillaume, Christophe, Julie et les autres |
DGS |
| Hommes entre eux / Saut dhomme |
DGS |
| Homos, le sida na pas dit ses derniers maux
|
Basiliade |
| Idées fausses |
Aides 13 / CFES |
| Infection par le VIH et sida (livret) |
Ministère / CFES / Arcat-sida |
| Infection par le VIH : de la situation à risque au dépistage |
Ministère / CFES / CRIPS |
| Invitation
dépistage |
Aides |
| Je suis pédé |
SIS/Ligne Azur |
| Je veux rester séronégatif. Un de mes alliés, cest le numéro vert |
SIS |
| Latex mode demploi |
SIS / Fil Santé Jeunes |
| Le petit Durex illustré |
Durex® |
| Le préservatif Le savoir vivre + lamour = le même plaisir |
CFES/Ministère |
| Le sida et nous / Linfection par le VIH/sida |
CFES/DGS/Ministère |
| Le sida et nous
(français/anglais) |
Ministère / CFES / Assurance Maladie |
| Le sida, ça ne sattrappe pas comme ça |
CFES/Ministère |
| Les maladies sexuellement transmissibles Et si on en parlait ? |
AMG/DGS/CFES |
| Les services du Centre |
CGL Paris |
| Lieux de rencontre extérieurs (bi) |
Aides Ile-de-France |
| Maman, je suis lesbienne
|
SIS |
| Passeport Europe against aids |
CRIPS/Ministère/CEE |
| Plaisir protection amour préservatif |
Ministère / CFES |
| Planète-sex |
SIS / Fil Santé Jeunes |
| Plaquette dinformation générale sur le sida (arabe) |
CRIPS |
| Pour que le plaisir continue (sous bock) |
SNEG |
| Pour que le plaisir continue, capotez ! |
SNEG |
| Problème dalcool ? |
Alcooliques Anonymes Homosexuels/CGL |
| Rejoignez Aides, devenez volontaire |
Aides Ile-de-France |
| Remaides |
Aides |
| Sinformer cest se protéger Petit mémento MST sida |
Institut Fournier |
| Sinformer dépistage sida |
Ministère / DASS 75 |
| Se protéger, cest pas si lourd |
Aides Ile de France |
| Self Control |
SIS / Fil Santé Jeunes |
Série prévention sida
- Sophie 20 ans/séclater
- Luna 19 ans/sinformer, sorienter
- Alix 25 ans/savoir
- Max 20 ans/rencontrer
- Kate 23 ans/saider, parler
- Eddy 26 ans/changer, faire le point |
SIS/Fil Santé Jeunes/DIS |
| Si vous avez peur de savoir
|
Ministère / CFES |
| Sida et dépistage du VIH |
Aides provence/SIS/DDASS 13 |
| Sida Hépatites B & C |
Ministère / CFES / RNSP / Assurance Maladie |
| Sida mortel combat |
DDASS 91/Académie de Versailles |
| Sida MST |
Ministère / CFES |
| Sida. Vous avez pris un risque ?
|
Ministère / CFES |
| Têtu+ |
Têtu |
| Toxicomanie et prévention sida à Paris |
Mairie de Paris |
| Viagra® : Danger de mort |
Connection |
| Vous nêtes pas au courant ? |
Act Up Paris |
| Vous sortez ? Moi aussi ! |
SNEG |
| WantAides # 5 |
Groupe prévention gaie Aides Ile-de-France |
Cette quantité peut paraître élevée, mais elle doit être nuancée par deux remarques :
- pour bon nombre dentre elles, ces brochures sont anciennes et certaines sont même des rééditions de documents élaborés dans les années 1990. Lédition « Hommes entre eux » que nous avons trouvée dans un bar, par exemple, date de mai 1995 (Guillaume, Christophe, Julie et les autres)
Dans ces conditions, ils ont été vus et revus, et nont plus le pouvoir dattraction de la nouveauté. Moins dune dizaine de ces supports ont été édités cette année ; parmi ceux-ci on peut citer WantAides du groupe PMG dAides Ile-de-France, Hépatite C, du ministère de la Santé, Les maladies sexuellement transmissibles, de lAMG, Et toi les drogues tu en sais quoi, coordonné par le SNEG et lInvitation valable pour deux personnes, une liste des CIDAG produite par Aides.
- Ce nombre de 60 brochures est à mettre en regard des 150 flyers récoltés durant la même période, dans les mêmes lieux (chiffre très probablement non exhaustif). Ces flyers, qui font la promotion de soirées régulières ou spéciales, sont des documents à durée de vie très courte, constamment renouvelés, dont le look et le pouvoir de séduction sont très élevés. Dans ces conditions, rien détonnant à ce quils eclipsent presque complètement les documents dinformation santé dans les présentoirs
Notons quAides a tenté de réagir à cette concurrence : son Invitation pour deux adopte le format, laspect et le design dun flyer
Sinon, nul besoin de sondage, un flyer est un objet qui se veut beau et séduisant
Quant aux brochures dinformations, elles nont pour lheure aucune prétention esthétique
B- Le dispositif parisien dinformation et de prévention sida
Fruit dune mise en place progressive, depuis le milieu des années quatre-vingt, le dispositif de « prévention en milieu gai » est toujours présent, sous de nombreuses formes, en de nombreux lieux. Il sappuie essentiellement sur trois principes :
- le rappel de lexistence du risque VIH,
- la mise à disposition de matériel de prévention,
- la diffusion dinformation sur le VIH et le sida.
Les moyens mis en uvre sont très variés ; ils impliquent aussi bien les associations de lutte contre le sida, les associations gaies, les établissements commerciaux, les éditeurs de presse, les structures institutionnelles
Il sagit de toucher le plus largement possible les hommes gais, ou ceux qui ont des pratiques homosexuelles, au plus près de leur mode de vie. Pour ce faire, les modes dintervention mis en uvre sont nécessairement multiples et adaptés aux différents profils dhommes ou de pratiques sexuelles :
- interventions des associations sur le terrain,
- implication des établissements commerciaux,
- structures ou services dinformation « à la demande »,
- production doutils de communication,
- implication des institutions (santé, éducation
).
Cependant, on peut demblée noter que lensemble de ce dispositif est aujourdhui fragilisé pour de multiples raisons qui tiennent à lévolution de lépidémie et à celle du mouvement de la lutte contre le sida, au contexte actuel de lhomosexualité et de son expression sociale et commerciale, à lévolution, enfin, de limplication politique des institutions publiques. Globalement, lensemble du dispositif est perçu comme étant moins visible, moins performant, moins présent.
La présence sur le terrain des associations de lutte contre le sida
Cette forme dintervention, qui a constitué lossature de la prévention sida en milieu gai, se poursuit aujourdhui. Comme le souligne cet acteur de prévention de lassociation Aides, lhistoire de la prévention en milieu gai est longue, mais sans forcément de continuité dans les équipes qui laniment :
Il ne faut pas oublier qu'on est quand même dans une histoire qui maintenant est longue ! Les premières actions de prévention de l'association Aides ont été mises en place par des bénévoles au début de l'association, enfin, dans les années 1984 ou 85, et le premier professionnel a été embauché en 1988 [
] Et les volontaires qui étaient opérateurs d'actions il y a onze ans ne sont pas là pour mener les actions aujourd'hui, donc ce sont d'autres volontaires. Certains sont partis en chemin, soit en quittant l'association, soit malheureusement emportés par l'épidémie. Et les volontaires qui sont là aujourd'hui, pour certains, sont là depuis plusieurs années, pour d'autres, sont arrivés l'année dernière [
] une bonne proportion des bénévoles sont là depuis relativement peu de temps.
(Bruno, entretien)
Ces « actions de prévention », comme on les désigne souvent, consistent à se porter au devant des « consommateurs », dans les établissements gais, les lieux de drague extérieurs, etc. Les intervenants sont soit volontaires (bénévoles), soit rémunérés par lassociation. Laction consiste en général à ouvrir un dialogue, apporter de linformation (orale et/ou écrite) et distribuer des préservatifs et du gel.
Aides : le groupe de prévention en milieu gai
Le pôle Paris de lassociation Aides Ile-de-France comporte un groupe dinformation et de prévention en milieu gai, qui a fusionné en début dannée avec le groupe de prévention « Prostitution masculine ». Comme le précise un intervenant anonyme, le groupe a traversé, en 1998-99, une période difficile :
Bon, il y a eu une histoire difficile depuis deux ans, à l'association, hein [
] un groupe d'une trentaine de personnes qui est passé à douze quand même... Douze incluant la fusion d'un autre groupe qui intervenait en prostitution masculine et où y avait une dizaine ou une douzaine de volontaires. Donc de ces deux groupes, 30 plus 12, il en reste douze aujourd'hui. Donc ce sont des gens qui se sont, on va dire démobilisés, déprimés, disputés, et nont pas réussi non plus, effectivement, à retrouver du sens sur le terrain parce que c'est un terrain quand même assez... comment dire, usant, hein ! Où il ny avait pas de résultat, enfin, on ne sentait pas si il y avait une évolution ou au contraire, tout ce que tout le monde disait, c'était qu'il ny en avait pas, que c'était l'inverse, donc c'était particulièrement déprimant, et si bien que ça a été une véritable érosion.
(entretien confidentiel)
Durant cette période, les actions de prévention sur le terrain ont été très réduites. Néanmoins, la conscience de la nécessité dintervenir est restée très présente ; un intervenant anonyme évoque même la notion de responsabilité, vis-à-vis de la situation à Paris :
Je crois que les volontaires, c'est dommage, n'ont pas pris conscience du rôle qu'ils avaient à jouer, et de la responsabilité qui était la leur, par rapport à la situation de Paris. C'est à dire qu'à Paris il y a une association qui est censée intervenir parmi d'autres [
] sur la prévention gaie et qui a des moyens pour le faire, et pour des problèmes divers et variés, qui ne le fait pas ou le fait insuffisamment, et ce qui est regrettable, c'est que les gens ne se rendent pas compte qu'ils portent une responsabilité par rapport à l'épidémie, à ce moment-là. Et que cette responsabilité-là, ils doivent la transformer pour l'accepter, l'assumer, pour faire que les choses soient faites d'une façon ou d'une autre. Et qu'en tous cas, on sorte de cette situation-là.
Personne ne sortait, personne ne sortait ! [
] On a mobilisé six salariés de l'association, pour aller sur le terrain et montrer aux volontaires qu'effectivement il fallait reprendre le terrain
Donc, ils se sont d'un seul coup, remobilisés tout seuls, parce quil y avait cette compétition de terrain, donc il fallait qu'ils se réapproprient leur propre terrain qu'ils avaient délaissé.
(Entretien confidentiel)
Au moment où cette recherche est conduite (premier semestre 2000), les actions de terrain ont repris, avec une équipe dune douzaine de volontaires, appuyée par deux salariés, et la présence sur le terrain sest renforcée au fil des mois :
Ce sont des actions dont la forme a peu varié ! Donc, on a des petites équipes qui vont au devant des personnes, là où ces personnes se trouvent, avec des outils de prévention, documentation, préservatifs, gels, que sais-je encore. Qui proposent aux personnes d'échanger sur ces thématiques de prévention [
] ou, en tous cas, d'essayer de [
] les aider à trouver leurs propres réponses sur ces sujets.
(Bruno entretien)
Depuis novembre, le groupe avait énormément affaibli sa présence de terrain, on nétait plus qu'à quatre ou cinq opérations par mois, ce qui était minable ! Et on a redressé la barre, maintenant, on arrive à 15 ou 17 actions.
(Jean, entretien)
Le groupe de prévention PinAides privilégie, dans ses interventions, les hommes identifiés comme les plus fragiles en terme de prévention. Le groupe a aussi repris des actions de visibilité et dinformation dans le Marais :
Ça peut s'passer dans des lieux comme le Dépôt, ça peut s'passer sur des lieux extérieurs, ça peut s'passer sur des lieux comme le Sexodrome, des lieux un peu moins typés gais et ça s'passe aussi sur des lieux comme la Porte Dauphine, en prostitution. Donc on vise, dans ces actions de proximité, un public qui nous semble aujourd'hui plus fragile, plus vulnérable par rapport à l'épidémie, soit par le lieu dans lequel ils fréquentent, soit par le mode de vie qu'ils ont adopté, comme pour le milieu de la prostitution. [
] Après il y a [
] des actions de visibilité dans le Marais, dans les bars, quand on distribue du matériel comme on faisait il y a dix ans
on peut faire passer des messages très courts et très simples dans des lieux qui sont très festifs. [ensuite] on a remis en place des choses qu'on faisait aussi au tout début, des débats sur des thèmes qui nous semblent importants aujourd'hui : la vie nocturne et la prise de risque, la fellation [
] la surcontamination ou sur la sexualité aujourd'hui, soit des séropos, soit des séronégatifs.
(Olivier, entretien)
Précisément, le groupe intervient dans les lieux suivants :
- Lieux de drague extérieurs
Jaurès, quai de Jemmapes, le 15 et le 30 de chaque mois, vers 22-23 h.
Austerlitz-Bibliothèque de France, sur les quais, le vendredi à minuit.
La Villette, le samedi vers 21h.
- Cinémas « pornos »
- Pigalle (Atlas, Sexodrome)
Le samedi, vers 16h.
- Prostitution masculine
Porte dauphine, le vendredi à partir de 21 h.
- Etablissements gais
Le Dépôt, en semaine, intervention de deux heures en fin daprès-midi.
Les bars du Marais, distribution de préservatifs et de gels, mercredi vers 19h.
- Information et débat au théâtre Le Point Virgule,
Un dimanche par mois, de 17h à 19h.
Il convient dajouter à cela les interventions au Bois de Vincennes et de Boulogne, qui sont prises en charge par dautres pôles dAides Ile-de-France :
Sur les deux Bois, donc, Vincennes et Boulogne, ce sont des volontaires de banlieue qui interviennent pour des raisons de commodité géographique. Sur le bois de Vincennes, ce sont les volontaires du Val de Marne. Donc là, y a six, sept personnes. Elles interviennent environ une fois à deux fois par semaine. Sur le Bois de Boulogne y a une sortie environ par semaine, parfois plus mais c'est surtout une par semaine, et ce sont des volontaires des Hauts-de-Seine qui interviennent.
(Bruno, entretien)
Les intervenants, acteurs de prévention volontaires ou salariés, saccordent à décrire leurs interventions comme étant « classiques », simples :
Il y a eu des époques où il y avait effectivement, beaucoup plus, je dirais, d'entourage à ces actions-là, avec par exemple, une soirée à thème, enfin quelque chose de relativement élaboré en terme de communication ou de décor ou de visuel ou avec des costumes
Maintenant, c'est beaucoup plus dépouillé, c'est plus basique. Sur les lieux de drague, il y a un véhicule d'accueil, c'est le cas par exemple à Jaurès, où deux fois par mois depuis des années, on a un espace pour les gens qui veulent se poser, discuter un peu, au chaud, en prenant un café. C'est également le cas sur les lieux où on intervient en prostitution masculine. Cependant, bon, les actions sont quand même relativement dépouillées.
(Bruno, entretien)
Alors quand on est dans un lieu intérieur comme un cinéma ou le Dépôt, il y a un stand où il y a des brochures, du matériel de prévention. Quand on est sur un lieu extérieur, il y a souvent un camion et après il y a d'autres volontaires qui tournent et qui vont voir, qui vont à la rencontre des personnes [
] C'est vrai qu'on a des nouvelles brochures souvent, on en profite pour les distribuer. Quand on a un nouveau gel, on se sert de ce prétexte-là pour aborder les gens. [
] Je pense que nos méthodes d'intervention, elles sont assez classiques.
(Olivier, entretien)
Cest la rencontre avec les usagers qui est privilégiée ; de ce point de vue, les intervenants de prévention se gardent dun certain interventionnisme et préfèrent suciter le dialogue :
Enfin moi, mon intervention... Elle est attentiste [
] dans le sens d'attendre que les gens aient envie de me parler. Je ne veux absolument pas aller les brusquer, leur dire « voilà, je suis un volontaire, je viens t'apporter la bonne parole, je sais tout et ce que tu fais, c'est pas bien », au contraire, distribuer les bons ou les mauvais points, ça ne m'intéresse pas du tout. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de discuter avec les gens, à la limite de tout et n'importe quoi, c'est vrai en prostitution, pis au bout d'un moment, d'arriver à faire un lien et rentrer après dans une approche de prévention ou vraiment continuer une discussion sur qui est la personne, comment elle se sent, comment elle se voit. [
] Donc mon soucis, c'est surtout, dans la prévention, le fait de respecter le cercle privé des gens.
(Patrick, entretien)
Je ressens avec plaisir le fait par exemple, qu'une fois par semaine on aille dans le Marais, faire des distributions de tracts, bon, avoir des brefs échanges avec les usagers, on va dire. Et contrairement à la sinistrose actuelle je trouve qu'il y a une maturité par rapport à une certaine population gaie qui n'est pas du tout dans le déni, dans la rigolade grinçante quand on arrive. Non, je sens une grande compréhension de ce qu'on fait, de la part des usagers [
] et c'est une bonne occasion d'avoir comme ça, intuitivement, une idée de ce qui peut se dire entre les mecs et à quel moment la capote peut être quelque chose de logique. Ce qui fait que quand on distribue nos capotes et notre gel, en fait on présente la boîte et c'est eux qui se servent ou pas ! C'est à dire, c'est eux qui font le geste par rapport à tous les témoins qui sont autour. C'est pas nous qui arrivons comme l'Armée du Salut, c'est les gens qui se servent dans le degré de leur responsabilité !
(Jean, entretien)
[
] dans une backroom ou à Austerlitz ou à Jaurès, je vais là-bas pour draguer, c'est un grand mot, pour baiser
je naurais pas envie que quelqu'un me saute dessus, vienne me voir quasiment à l'endroit où je vais passer à l'action, pour me dire « Voilà, bonjour, je suis l'association machin, est-ce que vous connaissez tout sur le sida ? Vous avez des problèmes ? Ou est-ce que vous avez des questions ? Est-ce que vous voulez un préservatif ? », moi je l'enverrais aux pelotes, quoi ! [
] mon soucis primordial dans toute action, c'est de ne pas perturber les gens et pas les gêner, parce que si on les gêne, après, ça donne une image très négative à l'association ou de moi ou de ce qu'on fait [
] Alors je suis très attentiste, mais pour moi, c'est comme ça que je conçois le truc.
(Patrick, entretien)
Je pense que on doit pouvoir arriver aujourd'hui, à avoir des entretiens sans forcément commencer par déjà, donner préservatifs et gels. Je pense que c'est un outil ! Finalement, sur un lieu comme Austerlitz, la plupart des utilisateurs sont équipés donc on peut en redonner, mais disons que ce nest pas l'intérêt de notre présence. [Cest] plus, non pas répondre aux questions parce que naturellement c'est assez difficile pour l'utilisateur de nous poser des questions de façon directe, mais les susciter.
(Vincent, entretien)
Lobservation de terrain a confirmé cette approche, lorsque nous avons accompagné les équipes de prévention Porte Dauphine ou dans le Marais :
L'équipe prépare le bus : préservatifs, gel, brochures. Il y a aussi des seringues, de l'eau pour injection, et des préservatifs féminins.
Une table est installée dehors, devant le bus, avec des boissons instantanées en dose-tasse individuelle : café (noir, au lait, capuccino
), thé, potage à la tomate
et quelques gâteaux et pâtes de fruit. [
]
Les garçons commencent à arriver : d'abord les habitués, apparemment. Ambiance amicale, presque chaleureuse. On se sert la main, on échange les nouvelles, on boit un café
Il ne fait pas très chaud, il fait encore un peu jour, bref, il n'y a pas encore beaucoup de prostitués au boulot.
J'accompagne Pascal et Gilles en « tournée » autour de la place. Il s'agit d'aller voir les garçons qui travaillent, de leur donner des préservatifs, de discuter un peu. On passe derrière la fac Dauphine, les places des « Blacks ». Une rencontre. Puis on fait le tour par la droite, en passant devant la station du RER, puis dans la zone des « garçons de l'Est ». Personne. On passe ensuite vers les places des « Arabes ». Une rencontre, un homme sans doute originaire du Maghreb. Il semble bien informé sur la prévention, mais ne connaît pas le traitement d'urgence. Pascal l'informe et lui donne l'adresse du centre du Figuier. Plus loin, deux garçons, très jeunes (autour de 20 ans). Là encore, ils semblent bien informés, sauf à propos du traitement d'urgence. Puis surgit LA question : « Comment on reconnaît un malade [du sida]
C'est les pustules ? » Explication de Gilles, relayé par Pascal, sur la différence entre séropositivité et maladie, sur les traitements
Puis rencontre avec un « ancien » du tapin. Il veut s'en sortir. Pascal l'oriente vers Arc en Ciel.
(Journal de terrain, 19 mai 2000)
Jean prépare les boîtes de capotes (une capote, un gel présentés ensemble), il y en a 500 pour cette action. Les volontaires se collent des autocollants Aides bien visibles sur leurs vêtements.
Nous partons vers 19h. Direction l'Amnesia : les volontaires entrent dans le bar et vont de table en table. L'accueil des clients est très bon. L'équipe se sépare en deux groupes de deux. On passe au Central, puis Thermik et Quetzal. Quelques conversations avec des clients, ou d'anciens volontaires de Aides. Passage à la terrasse des Marronniers.
Fin de tournée au Cox et à l'Open : pas assez de capotes pour faire le tour de ces deux bars, bondés à l'heure de l'apéro.
(Journal de terrain, 31 mai 2000)
Cependant, les rencontres ne se passent pas toujours aussi bien : les volontaires peuvent essuyer des réactions de rejet :
Les volontaires des fois racontent, le mec prend la capote et puis il te la jette à la gueule en te disant « Mais qu'est-ce que vous faites là ? Vous êtes des pue-la-mort ! Cassez-vous ! » Il est peut-être beurré mais ça indique exactement son degré à lui de prise de risque. Donc on vient là comme un regard culpabilisant, ce qui est pas du tout notre but mais c'est vrai que c'est le risque à prendre.
(Jean, entretien)
On est quand même globalement bien accueilli. Et bon, moi j'ai un peu plus de six ans d'expérience comme volontaire et c'est vrai que si quelqu'un me jette, j'ai quelques outils pour essayer de m'accrocher parce que je pense que ça peut être aussi important. Se faire jeter, comme ça, c'est pas toujours très drôle, quand il est une heure du matin, finalement, on est là, dans une activité qui n'est pas une activité professionnelle et dans un lieu qui est finalement dédié à la sexualité. Je suis là pour en parler ! C'est un peu dur de se faire jeter et , bon, on s'accroche !
(Vincent, entretien)
[
] les entretiens sont moins faciles qu'avant, il faut vraiment s'accrocher à la personne pour essayer de contourner toutes les barrières plus ou moins naturelles qui existent et c'est vrai quil y a certains soirs où... c'est assez aléatoire ! [
] il y a toujours quelque chose à aller chercher, mais en même temps, ça demande beaucoup beaucoup d'énergie, donc c'est un peu la difficulté. Et aujourd'hui il ny a pas de violence, pas de rejet, pas de choses comme ça.
(Olivier, entretien)
Au delà de ces difficultés, liées à lintervention sur le terrain ou dans les établissements, des questions demeurent quant à la qualité de la réflexion sur la méthodologie et à la capacité à proposer de nouvelles formes daction. Ce sont à la fois les capacités dévaluation, danalyse et de création qui sont questionnées :
Si on pense que ce sont encore les associations qui peuvent initier un certain nombre de choses, les réfléchir, les mûrir, et en tirer un certain nombre d'enseignements, dans ce cas va falloir sacrement les secouer ! Parce que c'est vrai que la réalité c'est que ça ronronne quand même ! Ça ronronne beaucoup !
(Bruno, entretien)
Pour retrouver du sens et retrouver des modalités d'intervention, des idées par rapport à ce qu'il faut faire aujourd'hui, ben les gens nont pas réussi ! Si ce n'est, effectivement, continuer les actions parce qu'on pense qu'elles ne sont pas si inutiles que ça et qu'il faut multiplier les messages, les présences, la visibilité de la prévention et la présence du matériel et pouvoir dialoguer et faire en sorte que les gens puissent poser des questions, etc. Donc ça, on pense que c'est pas si inutile ! [
]
Mais en même temps, il ny a pas vraiment une réflexion sur pourquoi les dispositifs de traitement d'urgence ne sont pas utilisés par des gens qui prennent manifestement des risques ? Pourquoi aujourd'hui, ça marche si bien pour le bareback en France ? Pourquoi et comment on pourrait remobiliser le secteur commercial à partir de l'expérience de Aides qui a été quand même très présente pendant longtemps là-dessus ? Ce sont des débats, des sujets, qui ne sont plus abordés ! Qui en tous cas, ne font pas l'objet d'une réflexion et d'une proposition !
(entretien confidentiel)
On a moins de recul aujourd'hui et on accorde moins de temps à créer des supports pour relayer nos messages qu'on donne sur le terrain. Je trouve qu'on a perdu en méthodologie sur le terrain. [
] Dans les méthodes d'intervention et dans les briefings, on est beaucoup plus flou qu'avant. [
] On s'est en fait, remobilisé sur le terrain et aujourd'hui on en a oublié d'autres outils qui sont très, très importants, je trouve, des outils de communication qui permettent en fait vraiment de coucher sur le papier des pratiques sur le terrain, et puis des pratiques au niveau des gais ou au niveau des prostitués, des choses comme ça.
(Olivier, entretien)
De même, la dynamique interassociative mise en place autour de la « Charte de responsabilité » des établissements gais est une source de questions, voire de regrets que les choses naient pas fonctionné comme prévu initialement :
[
] l'outil qui avait été mis en place avec Act Up, le SNEG et Aides, autour de la « Charte de responsabilité », est un outil de base qui me paraît intéressant. Ceci dit, derrière, il est nécessaire de pouvoir l'évaluer. Nous, on a fait un travail, je dirais, en solitaire parce que on s'est retrouvé en solitaire ! [
] A partir du moment où on a mis cet outil en place et que l'on mettait, ce que nous on appelle notre petit établissement phare, le petit label, sur pied, je reconnais qu'on s'est planté. [
] je regrette par exemple, que, alors qu'on avait bien commencé à travailler pendant deux, trois ans avec Act Up Paris autour de la vigilance sur la charte, [
] et bien, ils ont préféré se retirer ! Ce que je peux entendre mais je trouve que c'est dommage qu'on nait pas transformé !
(Vincent, entretien)
La capacité dintervention pose également question, cest-à-dire la possibilité de multiplier les actions de terrain, compte tenu du nombre actuellement limité de volontaires engagés dans ces opérations :
Etre plus présent, compte tenu du nombre de volontaires engagés sur ce terrain, ça me paraît difficile ! Pour donner un ordre d'idées, par exemple pour le mois de mars, en action de terrain, je crois qu'on a 16 dates. On a 16 dates et on est 13 volontaires ! En même temps, on a passé des crises où on avait plus beaucoup de dates et bon, maintenant on est en train de remonter. En février on était à 13, là on est à 16, bon, on sera peut-être à 18 [actions] au mois d'avril ! Mais je pense qu'on nira pas beaucoup au delà, compte tenu des moyens humains. Ceci dit, il pourrait y avoir d'autres associations. Le constat que je peux faire c'est quAides existe depuis 1984, l'épidémie depuis un peu plus longtemps, et à part les Surs [de la Perpétuelle Indulgence] dune façon, je dirais un peu intermittente, il ny a jamais eu d'autres associations sur le terrain.
(Vincent, entretien)
Enfin, ladéquation entre chaque acteur de prévention et chaque intervention sur le terrain se pose, dans la mesure où certains volontaires ne se sentent pas forcément à laise dans certaines situations :
Je ne fais pas toutes les actions du groupe parce qu'il y a des endroits où je ne me sens pas bien du tout
Pas forcément parce que ça me renvoie à des choses personnelles, mais parce que c'est un lieu que je n'aime pas, ou la population, ou je n'aime pas ce qui s'y passe. J'ai beaucoup de mal effectivement, par exemple, avec tout ce qui est travestis, transsexuels [
] J'ai du mal, aussi, à aller dans les endroits où les gens qui ont des relations avec des hommes vont dire qu'ils n'ont pas de relation avec des hommes. C'est très compliqué. Enfin moi, pour l'instant, je n'ai pas la formation, je ne me sens pas prêt pour aller discuter avec ces gens-là sans leur renvoyer l'image qu'ils ne veulent pas.
(Patrick, entretien)
Nous verrons plus loin quen outre, les intervenants de PinAides partagent avec tous les acteurs de prévention des difficultés et des problèmes communs, relevant de questions comme la formation, la régulation, lévaluation des actions
Notons pour finir la publication de WantAides, « le journal du groupe de prévention gaie de Aides Ile-de-France » ; le numéro 5 (été 2000) a été réalisé en partenariat avec létablissement gai Le Dépôt. Ce document se présente comme un dépliant : dun côté, des informations sur le VIH, le sida, le dépistage, etc., de lautre, un poster représentant deux hommes nus, avec la mention « On pensait que sans capote ce serait meilleur. Et après ? Aujourdhui, on meurt toujours du sida. Se protéger, cest encore dactualité. »
Le Kiosque Infos Sida
Situé rue Geoffroy LAsnier, à deux pas du Marais, le Kiosque Infos Sida est une structure ouverte, conçue selon le principe dune boutique. Le Kiosque propose au public des outils de prévention gratuits, et surtout un très large éventail de documentation et d'information sur le VIH et le sida, de même que sur les autres MST, les hépatites, etc. Enfin, le Kiosque propose des réunions dinformations sur le thème « VIH et qualité de vie », organisées en partenariat avec lassociation Actions Traitements.
Deux permanents et une équipe de volontaires assurent laccueil du public, ainsi que des opérations extérieures. Voici comment lun des volontaires décrit son activité :
Ce que je fais au Kiosque : je vais faire l'accueil téléphonique, l'accueil des gens en particulier, dans le local, quand il y a des activités. [Il y a les] manifestions où on est présent, j'y vais si c'est des moments où je suis libre. Ensuite, ça peut être distribution de capotes, de brochures de prévention. Des entretiens, enfin, on répond aux questions des gens, on explique les brochures. Je m'occupe aussi du projet pour la Gay Pride, le char
et voilà, c'est à peu près tout.
[
] Et puis il y a des réunions publiques qui sont intéressantes aussi, sur le VIH ou sur l'hépatite C, enfin, les hépatites en général. J'y vais, c'est suivant, comme je peux. En général, il y en a deux par mois. C'est pas vraiment de la formation mais c'est intéressant d'y aller.
(Guillaume, entretien)
Le sida reste un déterminant majeur et marquant, il ny a pas de hasard. On ne vient pas au Kiosque, comme ça, juste parce quon passe devant ; cest du moins ce que ressentent aussi bien Guillaume quAimé, lun des permanents de la structure :
[On reçoit] surtout des gais, des gens qui passent comme ça, pour avoir des capotes. Les gens qui veulent avoir des renseignements plus précis sont des étudiants, des associatifs, des soignants. Et pas beaucoup de gens qui viennent là par hasard, on va dire. Ils passent devant, les gens passent devant mais ils rentrent pas juste comme ça. Les gens ont toujours besoin de quelques raisons pour venir. En fait les gens, ils voient Kiosque Infos Sida, ils ont peut-être un peu peur, je pense.
(Guillaume, entretien)
[
] quand les gens viennent nous voir, c'est une démarche avec une question, des interrogations explicites ou non, c'est-à-dire le fait de venir chercher un préso, parfois c'est pas anodin. Il y a toute une démarche, déjà le fait de venir, franchir la porte d'une structure VIH, c'est pas évident, encore aujourd'hui. L'impression que j'ai par rapport aux visiteurs, c'est
soit c'est des personnes concernées directement, ou soit c'est des personnes qui viennent pour chercher un peu de doc, un machin, mais si tu pousses un peu la question, tu t'aperçois quil y a quand même des stigmates par rapport au VIH et les stigmates se font par des détours, c'est jamais direct. J'ai l'impression que les gens sont de plus en plus marqués, mais marqués assez durement.
(Aimé, entretien)
Des actions de prévention sont également menées à lextérieur. Aimé consacre 50% de son temps de travail au terrain. Il considère que cette activité de prévention nécessite une certaine implication du public, et quil devient difficile de la mener à bien :
Nous, on a quand même une conception de la prévention, qui nest pas rigide, c'est quand même une conception festive, on na pas du tout la même perception, par exemple, que Aides quand on va dans les bars, etc. [
] le principe c'est, on est là, on est là pour vous informer, pour vous écouter mais vous faites la démarche de venir nous voir. C'est un peu responsabiliser les gens, tu vois, on essaie, plutôt que de faire de l'assistanat, de les responsabiliser en disant « faites la démarche, vous, de venir nous voir pour en parler ou pour parler de sexualité ou de problèmes divers et variés, etc. ». Et c'est vrai que faire cette démarche avec peu de moyens humains, c'est de plus en plus difficile.
(Aimé, entretien)
Ces actions montrent pourtant quil reste beaucoup à faire dans le domaine de la prévention sida dans le contexte des pratiques homosexuelles :
[
] j'ai rencontré énormément de gens, de mecs [qui] ne vont pas dans les structures VIH, sida ou gaies et lesbiennes, et c'est un peu inquiétant. [
] Les opérations extérieures, quand tu vas sur les lieux de drague ou dans les bars, c'est des gens qui ont eu soit les messages de prévention, ou qui sont habitués à voir un peu cette routine de la prévention, mais des gens qui ne connaissent absolument pas ou qui ne veulent pas [entendre parler du] VIH, tu t'aperçois qu'il y a un gros décalage et quil y a un gros travail à faire sur cette cible-là.
(Aimé, entretien)
Il souligne enfin quà ses yeux, le temps des approches généralistes est révolu ; les messages doivent être, selon lui, de plus en plus individualisés :
[
] je considère qu'il y a plein de choses à mettre en place ! C'est vraiment une approche maintenant, vraiment individuelle. Je vois tout ce qui s'est passé globalement, c'est-à-dire d'une façon très générale, après c'est passé d'une façon régionale. Après tu t'aperçois qu'il faut faire une communication, quartier par quartier, après immeuble par immeuble pratiquement, maintenant c'est étage par étage, et au sein de chaque famille, c'est une perception différente selon les individus.
(Aimé, entretien)
Sida Info Service
Lassociation Sida Info Service tient une place unique et majeure dans le dispositif général de lutte contre le sida en France. Le numéro vert constitue un espace découte, dinformation et dorientation, individuel, confidentiel et anonyme, disponible à tout moment. Cet espace est généraliste, il répond aux personnes atteintes ou non par le VIH, hommes ou femmes, quels que soient leur âge et leur situation sociale. En outre, Sida Info Service dispose dautres outils, dont la ligne Azur, qui nest pas directement identifiée « sida », mais qui répond aux questions relatives à la sexualité et à lhomosexualité. Cette ligne sadresse surtout aux jeunes, et assure également un rôle découte, dinformation et dorientation vis-à-vis des questions ou des expériences relatives à la prévention des MST et du VIH.
Stéphanie, écoutante, exprime la différence quelle ressent entre ces deux services :
Le numéro vert, c'est très fatiguant parce que c'est gratuit donc il y a 50% des appels qui sont ce qu'on appelle des appels parasites [
] Mais au niveau de la prévention, de temps en temps oui t'arrives à avoir des vrais entretiens de prévention personnalisée avec les gens, adaptée à leur situation, à leur vocabulaire, à leur état d'esprit... Bon, c'est un outil fantastique ! Mais c'est un outil fantastique mais qui est complètement parasité, de par sa gratuité. [
] C'est beaucoup moins fatiguant sur la ligne Azur parce qu'on aborde pas le sujet sida de front, donc il ny a pas cette tonalité de danger, tout le temps, dans l'entretien, et on est plus dans une tonalité de développement de la personne, d'épanouissement de la personne, de recherche de solutions adaptées à une problématique, donc ça va beaucoup plus dans le sens de l'ouverture et du développement que dans le sens de l'angoisse, la peur, la maladie, le risque, et ça c'est très valorisant, très gratifiant, et pour les gens qui nous appellent, et pour nous. A mon goût !
(Stéphanie, entretien)
Que ce soit sur lune ou lautre de ces lignes, beaucoup de questions sont encore posées sur les risques et la fellation reste le « sujet n° 1 » :
Je crois, la prise de risques sur laquelle on va nous poser des questions, sur ligne Azur, ça va être par rapport à la fellation. Parce que j'ai pas du tout de souvenir de fiches ou d'appels, que j'aurais pris personnellement, où il y aurait des questions encore sur le risque d'une pénétration anale non-protégée, une chose comme ça, ça non !
(René-Paul, entretien)
J'ai l'impression que c'est la même chose aussi depuis cinq ans, que les gens sont toujours aussi peu au courant. Ils savent qu'il faut mettre une capote, point. Mais on passe quand même la moitié de notre temps à répondre sur la fellation hein ! Un peu cunilingus, mais ça se pratique moins ( rire ), mais fellation, c'est vraiment le fond de commerce de Sida Info Service, donc c'est assez ahurissant quand même de passer son temps à parler de pipes , non mais c'est vrai, c'est toujours les mêmes questions quoi !
(Stéphanie, entretien)
René-Paul, coordinateur de la ligne Azur, souligne que les prises de risque sont le plus souvent liées à une sexualité et une homosexualité mal vécues, mal assumées :
Les appels qui nous parlent de risques vérifient tout de même l'hypothèse de départ de la mise en place de la ligne Azur, c'est-à-dire quelqu'un qui gère mal sa sexualité, va mal gérer la prévention. Et c'est évident que les gens qui sont le plus mal sur ligne Azur, c'est eux qui nous parlent de prises de risques. Et c'est « je suis tellement mal dans ce que je vis, j'ai tellement honte ! J'ai une vision de moi tellement dévalorisée, que je n'y pense pas ! »
(René-Paul, entretien)
Pour lui, les défaillance ne sont pas à rechercher dans une mauvaise connaissance des risques, mais bien dans lespace intime, là où se vit la sexualité ; cest là que la ligne Azur trouve son utilité, en permettant lexpression et en étant à lécoute de cet espace intime :
[
] que ce soit sur le terrain ou le téléphone, on a tous eu à faire à des gens qui savent exactement ce qu'il faut faire et pas faire, et qui ne lont pas fait ! Et qui se retrouvent très, très emmerdés ! Et que parfois, alors c'est pas non plus une formule magique qui va permettre de tout résoudre, mais je pense que parfois, si on permet à la personne de resituer ça dans sa vie, donc de parler d'elle, donc de lui ouvrir une possibilité d'aller dans quelque chose de plus intime, et souvent de plus fragile, de plus difficile, ça peut peut-être lui permettre de mieux comprendre là où ça bugge !
(René-Paul, entretien)
Cest ce que souligne René-Paul, dune autre manière, dans le rapport dactivité de la ligne Azur, après deux années de fonctionnement : « Ce quil faut faire ou ne pas faire
Ce qui représente un risque et ce qui nen représente pas
Quand doit-on mettre une capote ? Nous avons répété tout ceci à nen plus finir et nous devons continuer à le faire. Mais dune manière générale, on ne peut plus en 1999 sen tenir à linjonctif et au stricto informatif. » (Leraton, 1999 : 6-7).
A propos des appels reçus par le numéro vert relatifs à la prévention, on peut consulter le dossier prévention publié par la revue de Sida Info Service, Observations et témoignages (numéro 12, mars 1998 sur la prévention, en particulier Bertin, 1998 : 7, et numéro 9, juin 1997, sur les gais).
Notons enfin lexistence dautres lignes découte, qui peuvent répondre aux problématiques de sexualité et de prévention sida : Fil Santé Jeunes (Le Talec, 1998 : 19), la ligne de lAssociation des médecins gais (Le Talec, 1997 : 18), SOS gai (Le Talec, 1997 : 18)
Le CRIPS Ile-de-France
Le CRIPS, Centre régional dinformation et de prévention sida assure essentiellement une mission déducation, dinformation et de documentation. Comme le précise Benoît, le CRIPS sadresse principalement à un public jeune :
Nous, on rencontre beaucoup de jeunes, déjà, c'est important. Et on sait que beaucoup de jeunes n'ont pas vraiment d'identité sexuelle encore, ils savent pas trop ce qu'ils sont, ils savent pas trop où ils vont. Donc souvent, on essaie, au travers du sida, d'aborder la sexualité et même les sexualités, de façon très vague et très générale.
(Benoît, entretien)
Le sida sert de « porte dentrée » pour aborder les sexualités, hétéro et homo, dans un contexte où les identités ne sont pas établies ou sont difficiles à exprimer :
Donc notre approche au niveau du CRIPS, c'est plutôt la sexualité dans sa globalité, la connaissance de son corps, les pratiques sexuelles en général, hétéros ou homosexuelles, tout confondu, ou bisexuelles, sachant qu'on s'adresse à des publics qui ne s'assument pas forcément ou pour qui les choses sont un peu compliquées. Mais c'est le sida, souvent [
] qui est le prétexte à notre présence dans les établissements ou auprès des gens. Et c'est au travers du sida qu'on aborde très vite, puisqu'on est à l'écoute des gens, qu'on aborde comme ils le souhaitent, en fait, les sexualités.
(Benoît, entretien)
Lapproche des sexualités englobe les pratiques sexuelles, et donc la prévention. Aux yeux de Benoît, il est important de ne pas stigmatiser telle ou telle pratique, mais de les aborder toutes de manière transversale :
On travaille sur la transmission par la fellation ou par la sodomie, ça concerne autant l'hétérosexuel que l'homosexuel. Donc c'est des choses tout à fait transversales quoi !
(Benoît, entretien)
Cependant, Benoît exprime la crainte dun retour en arrière : moins parler du sida, cest moins parler de sexualité :
La sexualité est et reste un tabou ! Et on a même peur que par moment ça redevienne un tabou. Oui, oui, que les portes se referment ! Parce qu'il y a une démobilisation par rapport au sida et cette démobilisation par rapport au sida, elle peut aboutir aussi à ce qu'on n'aborde plus la sexualité comme on commençait à le faire il y a quelques temps.
(Benoît, entretien)
Benoît souligne enfin la réalité du fossé intergénérationnel. Pour certains adolescents, le sida nexiste pas, ils nen ont pas entendu parler :
Moi j'ai cru rêver quand un môme de 14 ans m'a demandé l'autre jour « mais monsieur, c'est quoi le sida ? », j'ai dit « attends, tu te fous de moi, là ? Tu rigoles ! », non, il ne savait pas que c'était une maladie ! Parce que lui, il fait partie de la génération d'après sida. Le moment où tout le monde portait son ruban rouge et parlait du sida, c'était il y a trois, quatre ans, et il avait dix ans, il était protégé plus ou moins de tous ces sujets-là ou il ne les écoutait pas, et ça peut paraître incroyable, mais on est déjà, pour un certain nombre, dans l'après sida, et pour d'autres, le sida existe mais comme les accidents de la route, comme le cancer, ça fait partie des meubles, et ils vivent avec comme on vit avec le reste, sans plus !
(Benoît, entretien)
Act Up Paris
Du point de vue de la prévention « gaie », Act Up Paris tient une place tout à fait particulière dans ce paysage des associations de lutte contre le sida. En effet, Act Up ne conduit pas dactions de prévention sur le terrain, du moins au sens où nous les avons décrites jusquà présent.
Depuis juin 1999, Act Up a choisi de mener un combat radical en faveur de la prévention et contre les pratiques non protégées, le relapse et le bareback, en attirant lattention des gais sur le danger et lirresponsabilité de choisir des conduites à risque. La fameuse affiche « Baiser sans capote, ça vous fait jouir ? », placardée dans le Marais quelques jours avant la Gay Pride en juin 1999 mettait directement en cause Guillaume Dustan et Erik Rémès, deux écrivains qui ont décrit, dans leurs romans, des relations sexuelles non protégées, voire des contaminations « volontaires ».
De manière très emblématique, lintervention dAct Up contre le bareback prend également lallure dun conflit personnel entre Didier Lestrade, fondateur dAct Up Paris, et Guillaume Dustan (voir le récit quen donne Didier Lestrade dans son ouvrage, Act Up, une histoire [Lestrade, 2000 : 410-440]) :
« Je réalise simplement que le bareback est un concept sexuel qui a été tellement déculpabilisé par des gens comme Dustan quil touche désormais nimporte qui. Tout le monde a désormais une raison décente pour baiser sans capote. Et vous savez quoi ? Ils sont tous convaincus quils ont raison, quils représentent le sel de la terre et que tous ceux qui ne font pas comme eux ne font pas partie du bon club. »
(Lestrade, 2000 : 422-423)
Cette campagne a eu le mérite de relancer de manière brutale le débat sur la prévention dans la communauté gaie, même si les affiches sont parfois mal accueillies par les homosexuels eux-mêmes.
Juin 2000, toujours au moment de la Gay Pride, Act Up a produit une nouvelle campagne sur le thème de la prévention en direction de la communauté gaie, sur le relapse et le bareback. Cette campagne comprenait deux volets. Dune part, un zap, cest-à-dire une action surprise, avec distribution de tracts devant des établissements gais à consommation sexuelle (des « bordels », dans le langage courant du Marais
). Les militants dAct Up ont, à cette occasion, distribué le tract suivant aux clients :
Aujourd'hui, plus personne ne peut nier le relâchement des pratiques de prévention chez les gays. La recrudescence des MST, anales notamment, le prouve. Depuis l'année dernière, les médecins rencontrent à nouveau des cas de syphilis parmi leurs patients séropositifs. En un an, les diagnostics de gonorrhées ont été multipliés par trois. Les condylomes, susceptibles d'évoluer vers des cancers, sont de plus en plus fréquents.
L'augmentation des contaminations par le VIH dans la communauté " le relapse " n'est donc plus une hypothèse. Une étude toute récente montre qu'un tiers des homosexuels de Sydney ne se protègent pas quand ils enculent ou quand ils se font enculer. Une autre étude vient de montrer qu'en Angleterre le safe sex est de moins en moins respecté depuis 1996.
Et en France ? Et à Paris ? 40 backrooms dans la capitale et le " bareback ", apologie ringarde de la baise sans capote, devient une institution.
Admettez que vous avez été témoins de prises de risque délibérées. Comment avez-vous réagi ? Vous avez laissé faire ? Si oui, c'est votre droit, mais c'est pour ça qu'Act Up manifeste devant votre bordel préféré. Réfléchissez un moment avant de baiser sans capote. Dans quelques jours, c'est la Gay Pride : il y a d'autres moyens de fêter la fierté de la communauté gaie et lesbienne que de contribuer à une remontée du sida.
Vous croyez que c'est fun de devenir séropo en l'an 2000 ? Vous trouvez que c'est excitant de plomber quelqu'un ? Vous croyez que 20 années d'épidémie, 25 000 pédés morts du sida, cela ne signifie rien ? Vous vous trompez. Act Up devait vous le dire.
Refusez le relapse.
Refusez le bareback.
La capote, c'est la vie.
(Act Up Paris, tract, juin 2000)
Cette fois, à loccasion de ce zap, le conflit se déplace : Act Up reproche au SNEG de ne rien faire face au phénomène du relapse
Par ailleurs, des affiches diffusées par Act Up quelques jours avant la Gay Pride abordent le thème des mutations du VIH et de ses résistances aux traitements. En voici le texte :
Cest aussi simple que cela
Le virus du sida peut muter et développer des résistances aux traitements. Les thérapies deviennent alors inefficaces. Actuellement, 40 à 50% des séropositifs ont un virus muté. Les mutations du virus peuvent se transmettre lors dune contamination : vous baisez sans capote, vous risquez dêtre contaminé par le virus du sida et par un virus qui aura muté. Vous pouvez ainsi dès le début de votre infection développer des résistances aux traitements.
(Act Up Paris, affiche, juin 2000)
Sur une autre affiche, Act Up appelle les personnes séropositives à exiger de leur médecin un test génotypique, afin de prévenir les risques déchec thérapeutiques liés aux mutations virales :
Vous venez dêtre contaminé par le VIH. Vous avez peut-être été contaminé par un virus muté, qui peut entraîner des résistances aux traitements. Lorsque vous prendrez un traitement, celui-ci sera peut-être inefficace. Des tests, les tests génotypiques, permettent didentifier ces mutations et de choisir le traitement le plus approprié. Nattendez pas léchec de votre premier traitement pour que votre médecin se préoccupe des résistances éventuellement acquises lors de votre contamination. Exigez de votre médecin un test génotypique.
(Act Up Paris, affiche, juin 2000)
Act Up Paris se positionne là sur un terrain quil connaît bien : les traitements et laccès aux soins. Cette campagne peut se lire comme la suite de la précédente : « vous avez baisé sans capote, vous êtes contaminé
Alors, prenez vous en charge le mieux possible, exigez les meilleurs soins ».
Lors de cette Gay Pride 2000, le slogan dAct Up Paris était : « Fiers den mettre »
Notons que lAssociation Aides développe les mêmes arguments, dans un article paru dans Remaides (2000) : la possibilité de surcontamination par des souches virales résistantes ou plus virulentes plaide pour ladoption de relations protégées entre personnes séropositives. Le périodique WantAides, évoqué plus haut, évoque également les mutations virales.
LAssociation des médecins gais (AMG)
Comptant parmi les associations gaies les plus anciennes à Paris et en France, lAMG continue de proposer différents services à la communauté, dont une ligne téléphonique dinformation et lédition de documents dinformation.
Concernant plus particulièrement la prévention, lAMG anime au Centre gai et lesbien un groupe de parole sur la sexualité (un mardi sur deux, de 20h à 22h).
Par ailleurs, lassociation est également présente sur le terrain : plusieurs médecins, membres de lassociation, assurent une présence hebdomadaire dans deux saunas gais parisiens. Nous avons rencontré lun de ces médecins, lors dune permanence assurée au sauna Univers Gym :
[
] aujourdhui, comme tous les lundis, il y a un point info de lAssociation des médecins gais, entre 18h et 20h. Un panneau bien visible annonce ce rendez-vous au rez-de-chaussée du sauna.
Le point info se tient au sous-sol, dans la première cabine au bas de lescalier, près de lespace de repos (où lon passe des films). Elle est bien visible, il y a un large écriteau sur la porte. Le médecin est dans la cabine, la porte est entrouverte, cela veut sans doute dire quil nest pas en entretien pour linstant. Pendant les moments ou jai observé cet endroit, deux hommes sont entrés dans cette cabine.
Presque à la fin de sa permanence, je rencontre le médecin. Il mexplique quil est disponible pour des entretiens privés et confidentiels. Ces entretiens, précise-t-il, portent habituellement sur le VIH, la santé en général, létat psychologique. Il y a peu de questions relatives à la prévention, beaucoup moins depuis larrivée des trithérapies. Il précise quavant, il y avait beaucoup de questions sur la fellation. Le médecin me dit recevoir environ cinq personnes par permanence et mexplique que ce service est à lessai jusquen juillet dans ce sauna. Ce point info fonctionne également à IDM, chaque mercredi de 18h à 20h. Le médecin mexplique aussi quaucun autre sauna parisien naccueille ce service : soit ils ont refusé, dit-il, soit ils navaient pas la possibilité de lorganiser.
(Journal de terrain, lundi 29 mai 2000)
Santé et plaisir gai (SPG)
Créée en 1986, lassociation Santé et plaisir gai a pour objectif la promotion du « sexe sans risque », quelle avait initiée en organisant des jack off parties, réunions centrées sur la pratique du contact et de la masturbation.
Aujourdhui, SPG propose des jack off parties centrées cette fois sur toutes les pratiques du « sexe sans risque ». Elles sont présentées comme des rencontres conviviales de sexualité entre hommes ; mais, du point de vue de la prévention, elles peuvent également constituer un apprentissage des techniques du safe sex. En pratique, des membres de lassociation SPG assurent une forme de surveillance des « ébats » des participants, et donnent des conseils pratiques afin dassurer des relations protégées. Celles-ci incluent les fellations avec préservatifs.
Ces rencontres jack off ont lieu le troisième dimanche de chaque mois, laprès-midi, au club Le London, dans le quartier des Halles.
Ces jack off ont été présentées lors dune réunion organisée le 20 mai 2000 par le Centre gai et lesbien et consacrée aux « pratiques sexuelles extrêmes ». Outre SPG, plusieurs associations étaient invitées à présenter leurs activités : Amour Hard (AH), Tits, Les maudites femelles
Homosaïque
Cette association est née en 1999 ; elle regroupe essentiellement danciens volontaires ayant quitté le groupe de prévention gaie dAides Paris. Elle na pas encore mis en place dactions sur le terrain. Christian, membre de cette association, pense quil est aujourdhui plus difficile dintervenir :
C'est beaucoup plus difficile. Et quant aux gens que je rencontre, ils ne veulent plus en entendre parler [de la prévention] ! Je ne sais pas comment, quand on va réenvisager d'intervenir sur le terrain, je ne sais pas comment on va pouvoir faire passer le message si ce n'est au travers, peut-être, de la convivialité, du côté ludique. Si on arrive à faire passer un message au travers d'autres choses, peut-être que là, on va y arriver mais le discours brut, j'ai la sensation que tout le monde s'en fout et considère que ça n'existe plus, quoi. Et le problème est résolu.
(Christian, entretien)
Il pense que la qualité découte est primordiale sur le terrain : « savoir laisser parler l'autre, même de choses qui n'ont aucun rapport avec le sida, dans 98% des entretiens, ça c'est capital, pas forcément placer son discours, et par contre il faut être capable de répondre aux questions techniques qui arrivent comme ça, au milieu de tout. » Face au rejet actuel de la prévention en milieu gai, les outils doivent évoluer :
« Les assocs, vous nous faites chier avec votre sida », c'est pas nous qui faisons chier avec le sida, c'est le sida qui nous fait chier ! C'est un peu différent, faut remettre les choses à leur place ! Mais ça aussi, ça me conforte dans l'idée que un message de prévention ne peut passer que par des outils qui seraient ludiques ou des méthodes qui seraient vraiment très proches des gens, j'allais dire, à la limite, dans certains milieux, je crois que pour faire passer la prévention, le