Le mot du pharmacien (3)
(23-10-03)

Primo infection à VIH








La primo infection par le virus VIH intervient normalement entre 1 à 4 semaines après l’infection (rapport ou injection contaminants). La moyenne se situe à 10 jours après l’infection. Elle n’est pas symptomatique dans tous les cas, les études sont très peu fiables sur ce point (de 10 à 90%) car elle est très souvent asymptomatique, c’est à dire qu’elle passe totalement inaperçue. Un confrère biologiste de la région toulousaine, qui fait beaucoup de dépistage, m’a assuré que dans son expérience personnelle, pas plus de 5% des séropositifs qu’il a diagnostiqué avaient vécu un épisode primo infectieux symptomatique.


La primo infection est caractérisée par une multiplication virale intense avec dissémination virale qui précède le développement des réponses immunes ayant pour objectif de contrôler au maximum l'infection. Lors de cette phase aigue, le malade présente dans la plupart des cas un syndrome mononucléosique : fièvre, céphalées, sueurs nocturnes, adénopathies (apparitions de ganglions indolores à la palpation), douleurs musculaires ou articulaires, fatigue, mal de gorge.

Tous ces symptômes sont très fréquents dans de nombreuses infections rhino-pharyngés, et il n’y a malheureusement pas de diagnostic différentiel clinique possible avec un simple rhume ou une angine.

Le seul diagnostic qui est envisageable à ce stade est un diagnostic biologique, avec recherche des antigènes P24, c’est à dire de la présence directe du virus dans l’organisme. Ce test est très coûteux et pas très fiable et n’est pas recommandé pour le dépistage. C’est pour cela qu’il faut attendre entre deux et trois mois pour rechercher les anticorps anti-vih que le système immunitaire a fabriqué après la primo infection.

Pour résumer, après avoir pris un risque, beaucoup de gens attendent la primo infection comme «révélateur» potentiel de leur contamination. C’est une démarche qui n’est ni rationnelle, ni utile car dans beaucoup de cas, si elle est présente, elle sera totalement asymptomatique. Inversement, des personnes anxieuses peuvent très bien psycho somatiser ces symptômes, ou les confondre avec un banal rhume ou une angine.

La bonne démarche est d’aller se faire tester trois mois après la prise de risque, en évitant d’en reprendre un dans ce laps de temps.

Laurent Filoche



Voir aussi : Le mot du pharmacien (2): Le Traitement d’urgence (8-02-01)
Voir aussi : Le mot du pharmacien (1): Principes et traitements du VIH (27-11-00)