Le mot du pharmacien (1)
(27-11-00)

Principes et traitements du VIH







Depuis le premier traitement disponible en 1986 avec l’AZT, le traitement de l’infection au VIH a fait d’énormes progrès. Cependant il n’existe toujours pas de traitement curatif à l’infection mais des traitements palliatifs qui peuvent faire espérer aux malades une espérance de vie proche de celle des personnes saines. Le traitement repose maintenant essentiellement sur la combinaison de médicaments de classes thérapeutiques différentes. Les premiers essais cliniques probants ont été effectués par la combinaison de trois agents, d’où le nom de trithérapie.



Il existe à ce jour deux classes thérapeutiques distinctes qui n’ont que peu d’effets sur le virus lorsqu’elles sont prises seules. Cependant, lorsqu’on les combinent, on obtient un effet très intéressant car elles agissent sur des cibles différentes du virus. Ainsi, alors qu’il est assez fréquent qu’un virus développe une résistance à l’un ou à l’autre agent, il est très rare qu’il puisse en développer une aux deux. C’est pour cela que l’on associe généralement trois médicaments, d’où le nom de trithérapie.

En combinant deux inhibiteurs de la transcriptase inverse et une antiprotéase, on réduit très significativement la capacité de résistance du virus. On obtient dans 90% des cas un abaissement du nombre de copies du virus dans le sang des patients en dessous des seuils de détectabilité actuels. Ceci a conduit quelques chercheurs, comme David Ho, à espérer une totale guérison des sujets traités suivants ce protocole. Malheureusement, les derniers modèles ne vont pas dans ce sens car le virus se propage dans des zones sanctuaires (cellules nerveuses et macrophages) où le traitement ne peut l’atteindre. Il ne peut donc être totalement éliminé de l’organisme du sujet. Les trithérapies sont donc des traitements lourds qu’il faut prendre à vie.

Un traitement peut représenter plus de douze comprimés à prendre tous les jours, à heure fixe. Lorsqu’on rajoute à ceci des effets secondaires qui sont plus que génants (diarrhées,dépilation, vomissements, redistribution des graisses dans l’organisme), on comprend que beaucoup de patients ne respectent pas une observance (prise régulière des médicaments) stricte.

Il s’est alors posé la question de savoir quand commencer le traitement ? La première tendance a été d’utiliser ces trithérapies en bout de course, c’est à dire quand les malades déclaraients le Sida où voyaient leurs défenses immunitaires effondrées. Cette méthode avait pour avantage de préserver l’arsenal thérapeutique et de limiter l’exposition aux effets secondaires. Cependant, tout comme en cancérologie, un consensus se dessine actuellement pour taper vite et fort dés l’annonce de la séropositivité. En maintenant le virus sous un seuil indétectable par une pression médicamenteuse constante, on empêche les mutations, sources de nouvelles résistances qui compromettraient l’effet du traitement à long terme.

Actuellement, les réseaux de soins s’attachent donc à dépister et à traiter avec toutes les armes disponibles le plus vite possible. Cette attitude théorique se heurte dans la réalité à de nombreux problèmes d’effets secondaires et d’observance qui hypothèquent les gains thérapeutiques du traitement.

Laurent Filoche



Voir aussi : Le mot du pharmacien (3): Primo infection à VIH (23-10-03)
Voir aussi : Le mot du pharmacien (2): Le Traitement d’urgence (8-02-01)