La prévention sida
L’expérience de Couples Contre le Sida

Jean Marc Beylot, Isabelle Million et Valérie ßourdin






Ce texte est extrait des actes du premier séminaire européen sur l'échangisme de Toulouse (19-20 et 21 mars 1998)
Les actes sont disponible en intégralité sur ce site: Entre commerce du sexe et utopie: L'échangisme


I - La création de CCS : un entre-deux entre recherche et action

Couples Contre le Sida” (CCS) a été créé en Juin 1995 par des chercheur-e-s de l’association “Les Traboules” et des couples échangistes, dans le cadre d’une recherche-action réalisée avec le soutien de la Division Sida de la Direction Générale de la Santé, dont l’objectif, qui s’intègre dans des travaux sur l’évolution des rapports sociaux entre les sexes, a été double :
- d’une part elle cherchait à identifier les réseaux et les lieux qu’utilisent les hommes, les femmes et les couples dits “échangistes” que l’on peut caractériser comme des hétérosexuel-le-s multipliant les pratiques à risque, et elle essayait de comprendre le sens qu’ils/qu’elles donnent à leurs pratiques sexuelles
- d’autre part elle visait à évaluer le “risque sida” en milieu échangiste et à la mise en place d’un dispositif de prévention adapté à la spécificité des pratiques, dans la mesure où ce champ de pratiques n’avait pas été pris en compte par les campagnes de large sensibilisation menées depuis déjà des années par les autorités sanitaires et les associations de lutte contre le Sida (seuls 10 à 20% des rapports sexuels observés dans les différents lieux accueillant les pratiques échangistes étaient protégés). Et ceci alors que le nombre d’établissements dits échangistes progressait régulièrement. De Juin 1992 à Juin 1996, nous sommes ainsi passés, dans la seule région lyonnaise, de 9 à 22 clubs ; progression également visible dans d’autres grandes villes françaises telles que Paris, Marseille, Montpellier ou Bordeaux. De la même manière, une de nos revues partenaires, Swing (principal média échangiste français) a vu le nombre moyen de ses petites annonces passer de 800 en 1993, à 1200 en 1994, et 2400 en 1997.

Avant d’aller plus loin dans le développement nous tenons à donner des précisions sur les termes que nous allons employer :

Quand nous parlons de pratiques dites “échangistes”, elles sont à situer dans des espaces identifiés comme “échangistes” ou “non conformistes” (clubs, saunas, minitel rose, petites annonces dans la presse “échangiste”, lieux de drague extérieurs), et sont l’espace social le plus formalisé, le plus accessible des pratiques dites “hétérosexuelles multipartenaires”.
Et si nous employons le terme d’”échangisme”, il est à prendre dans son sens générique car il inclue autant l’échange de partenaires entre couples, que les “trios”, les “gang bangs”, les “partouzes”, le voyeurisme, l’exhibitionnisme...
En fait, la pratique de l’échangisme se situe dans des espaces aux frontières indistinctes où se mêlent et se croisent couples hétérosexués “légitimes” ou non et hommes “seuls”, échangistes de l’échangisme stricto-sensu et personnes fréquentant les lieux de rencontre gay, clients de prostitué-e-s ou de sex-shops.

L’origine de CCS repose alors sur une conjonction de paradoxes :
- elle est issue de la rencontre et de l’alliance entre deux groupes de personnes distinctes : les chercheur-e-s, qui avaient participé à la recherche-action, et les personnes ayant des pratiques échangistes et qui étaient inquiètes du risque de transmission du VIH dans leurs pratiques hétérosexuelles multipartenaires. Il s’agissait alors de réunir les compétences respectives de chacun de ces deux groupes ;
- son projet s’insérait dans des objectifs de santé publique : il n’y a pas eu de demande de la part des personnes concernées pour mettre en place le dispositif de prévention de l’association ; un des enjeux de cette rencontre a donc été de faire émerger le besoin de prévention ;
- ses objectifs reposaient sur la mobilisation d’un réseau sur le mode d’une action communautaire (comme avait pu le faire Aides auparavant) alors que nous n’étions pas en présence d’une communauté.

Ainsi dans un premier temps le travail de sensibilisation sur le terrain a consisté à repérer des dignitaires, qui feraient office de porte-paroles légitimes parmi les personnes ayant des pratiques échangistes et de leur proposer des alliances. Le but de ces alliances visant l’intégration des personnes concernées aux projets de prévention, autrement dit, en partant de leurs réalités, vécus et besoins, de les associer et de les mobiliser en tant qu’acteur-trice de prévention et non pas en tant que population cible.

II - CCS comme dispositif = description d’une logique

Nous sommes donc passés d’un couple de chercheur-e à une équipe d’acteur-trices de prévention, d’un financement d’une recherche à un financement pour une action de prévention.
Rappelons ici le dispositif que nous avons utilisé durant 3 ans pour mettre en place la prévention sida en milieu échangiste, et surtout, comment nous avons procédé pour mobiliser les échangistes et les commerçant-e-s qui partagent les espaces de rencontre échangistes.

Dans le cadre de la prévention sida nous avons affaire à deux types de population au sein du milieu échangiste auxquels vont correspondre 2 logiques de liens et deux phases dans la mise en place du dispositif : les commerçant-e-s et les échangistes.

1. Les alliances avec les établissements

Le réseau commercial échangiste a fait l’objet des premières alliances passées en vue de mettre en place la prévention sida dans ces établissements.
Ceux-ci sont les relais de notre action en mettant à disposition de leurs client-e-s, préservatifs, gels et brochures, ainsi qu’en s’associant à CCS pour organiser des réunions d’information-débats autour de la prévention du VIH.
Ces alliances permettent de légitimer l’association dans les réseaux échangistes et donc contribuent aussi à la mobilisation des échangistes. Ainsi par exemple, dès le début de l’action de prévention, l’adhésion d’un club reconnu comme “dignitaire” sur la planète nous a permis de développer plus facilement des alliances.

La méthode consiste alors à repérer les possibilités de collaboration et les distinctions entre chaque établissement, dans chaque région ou espace géographique où nous intervenons, en somme définir des stratégies d’alliances communes à tous les établissements tout en tenant compte des évolutions et des logiques d’association et de collaboration.

Plusieurs logiques de collaboration s’entremêlent et se conjuguent
(il s’agit d’une typologie analytique : elle pose des repères mais ne se veut pas exhaustive, elle est modulable et évolutive dans le temps et en fonction des actions que l’on propose.)

a - CCS est reconnue et soutenue = acceptation active.

Cette logique de collaboration reste majoritairement la plus répandue sur le réseau régional. Elle se traduit en terme de régularité des liens entre l’association et l’établissement. Celui-ci témoigne d’un réel engagement dans la prévention et participe activement à l’organisation de soirées, de réunions lutte contre le sida ; il s’agit dans ce cas d’une affirmation publique du soutien du responsable de laquelle émerge un discours préventif.

b - CCS est tolérée = acceptation passive

Le responsable nous autorise à mener nos actions au sein de l’établissement, même s’il ne nous connaît pas en nous accordant le bénéfice du doute : il n’a pas vérifié quels sont nos pouvoirs et notre crédibilité dans les réseaux échangistes. L’établissement est média de la prévention, mais considère que celle-ci est un service d’état et qu’à ce titre il doit l’assumer via CCS.

c - CCS est stigmatisée car vécue comme stigmatisante = rejet actif

Le responsable refuse notre présence, s’affirme ouvertement non concerné par la lutte contre le sida en prétextant “qu’il ne rencontre aucun problème vis à vis du sida” dans son établissement. Ce type de logique, qui cependant tend à disparaître, semble s’inscrire dans un registre de déni au regard de la problématique Sida, dans la mesure où le discours préventif représente, du point de vue commercial des patrons, un risque de stigmatisation tant pour l’établissement à travers ses services que pour les client-e-s à travers leurs pratiques. Dans une certaine mesure, on pourrait penser que cette logique s’apparente à une idéologie encore répandue auprès de certaines personnes fréquentant ces espaces de rencontre, à savoir que “les échangistes ne sont pas un groupe à risque” par rapport aux risques de transmission du VIH.

d - Indifférence = rejet passif

La position des responsables par rapport à la prévention reste très floue, en ce sens qu’ils ne manifestent pas ou peu d’intérêt pour nos actions, mais ne s’affirment pas contre. Dans cette logique la prévention reste essentiellement une question individuelle et n’est pas considérée comme étant de la responsabilité de l’établissement mais du-de la client-e.

En lien avec ces différents modes de relation avec les actions de prévention, on peut mettre en évidence différentes logiques d’exposition du matériel :
a-du matériel distribué : dans les coins câlins, derrière le bar, accepter nos distributions, les valoriser (annonces micro) ;
b- avant ou conjointement à notre passage : distributeur de préservatifs payants, préservatifs gratuits sur demande clientèle, présence de préservatifs dans corbeille, pas de préservatif.

La prévention ne doit pas troubler la logique commerciale des établissements car elle correspond à une demande et à un public. Elle doit, bien au contraire, s’y intégrer dans une image positive. De la même manière nos alliances avec les établissements de doivent pas participer aux conflits ou guerres commerciales que se livrent certains d’entre eux.

Ainsi, il nous est nécessaire de renouveler régulièrement des alliances avec des établissements dans la mesure où tout au long de l’année des établissements ouvrent, ferment, réouvrent, avec à leur tête de nouveaux responsables, soit avec une nouvelle logique commerciale, donc une nouvelle clientèle.
Par exemple, un club qui s’adressait exclusivement à une clientèle de couples hétérosexués, est devenu un club pour personnes, seules ou en couples, toutes orientations de genre confondues, pratiquant le sadomasochisme.

2. L’affiliation des échangistes et le développement des comités.

Nous employons le terme d’affiliation pour définir le désir manifeste et revendiqué d’hommes et de femmes, fréquentant les espaces de rencontre dits échangistes, de favoriser l’intégration des comportements, des gestes préventifs dans leur pratiques sexuelles multipartenaires. Ils-elles rejoignent l’association autour d’objectifs communs, en considérant que cette affiliation et la participation aux actions de proximité qui en découlent peuvent se concrétiser à différentes échelles.
Cette affiliation permet de favoriser l’émergence d’un discours collectif, de mettre en commun les compétences respectives des salarié-e-s, issu-e-s de la recherche-action ou formé-e-s à l’intervention sociale et des personnes pratiquant cette forme de sexualité qu’est l’échangisme.
Elle repose donc sur la mobilisation des personnes concernées par les actions de prévention, afin d’inscrire celles-ci dans un espace social du possible : faire en sorte que la prévention soit l’expression d’une volonté sociale et culturelle de personnes qui intègrent le risque sida dans leur conduite sexuelle récréative ; les associer le plus étroitement possible en tant qu’acteur-trice-s de prévention, et non pas en tant que population cible.
Mais, nous le soulignons chaque année, la mobilisation des échangistes est longue et difficile. Très peu de personnes concernées par les pratiques “non-conformistes” s’affichent en dehors des espaces destinés à leurs pratiques en tant qu’échangistes. En effet, hors des espaces spécifiques échangistes privés - où les pratiques échangistes sont publiques puisque se donnent à voir et/ou à partager - les conduites ne sont pas socialement revendiquées et visibilisées, et donc ne donnent lieu à aucun statut social particulier. Nous ne sommes donc pas en présence d’une “communauté”. La sociabilité échangiste est hors cadre du social ordinaire. Elle n’est pas facteur d’identité sociale, donc difficilement moteur d’actions collectives. Bien qu’il y ait des réseaux (commerciaux) échangistes, des espaces temporels et géographiques de pratiques communes aux échangistes, même si ces personnes ont en commun des termes pour qualifier leurs pratiques, leurs sexualités et leurs modes relationnels (“libertin-e”, “coquin-e”, “non-conformiste”, échangiste, “libéré-e”, “partouzeur-euse”, etc.…), il n’y a pas de revendication d’appartenance à une communauté, pas d’identité collective, pas de solidarité commune, comme cela existe pour une partie importante des homosexuel-le-s par exemple.

Et selon nous cette absence de revendication d’une identité commune et publique s’avère être un des obstacles majeurs à la mobilisation. On peut émettre quelques hypothèses à cette absence de revendication commune :
- Il s’agit d’un groupe hétérogène au niveau des pratiques rencontrées : la pluralité des pratiques engendre des définitions différentes sur ce qu’est l’échangisme de la part de la population concernée ; en effet alors que pour certaines personnes l’échangisme ne concerne que l’échange stricto sensu de partenaires entre couples hétérosexuels, pour d’autres, l’éventail des pratiques s’élargit et englobe le triolisme (un couple et un homme, et moins souvent un couple et une femme) par exemple ;
- plusieurs générations circulent dans ces espaces : nous avons rencontré des personnes âgées de 20 à 70 ans, en sachant que ces 2 dernières années nous avons remarqué de plus en plus de jeunes (20/25) ;
- les pratiques échangistes ne donnent pas lieu au même type de transgression que les pratiques homosexuelles, puisque les premières ne sont pas stigmatisantes du moins pour les hommes ; il est en effet plutôt valorisant pour les hommes d’être multipartenaires dans le cadre social ordinaire. Le désir d’invisibilité que nous évoquons chaque année, concernerait davantage, d’une part les couples hétérosexuels, car le multipartenariat reste très stigmatisant pour les femmes ; d’autre part les hommes seuls, qui n’ont pas informé leur conjointe respective de leurs pratiques ou ayant des rapports homosexuels dans ces espaces de rencontre.

Toutefois, CCS est devenue un espace possible d’une première mobilisation pour quelques-un-e-s de ceux et celles qui dans les premiers temps de la mise en place de CCS étaient sympatisant-e-s discret-ète-s, afin qu’ils-elles deviennent bénévoles et soient enfin identifié-e-s par les réseaux échangistes comme des acteur-trice-s de prévention.
Un des principaux objectifs restant l’intégration à l’équipe de salarié-e-s des personnes impliqué-e-s dans les réseaux échangistes, afin que la prévention soit en grande partie prise en charge par celles-ci.

Tout comme pour les alliances avec les établissements, nous avons pu faire émerger de nos actions de proximité différentes logiques de participation :
- les simples adhérent-e-s et sympathisant-e-s : ne participent pas aux actions de proximité dans les espaces de rencontre, mais viennent de temps en temps aux réunions, en parlent dans leurs cercles d’ami-e-s ou de connaissances, nous contactent pour évoquer leur soutien, les problèmes qu’ils-elles ont rencontrés lors de leurs pratiques échangistes ;
- les adhérent-e-s engagé-e-s dans la prévention : certains s’intègrent de façon régulière aux actions de prévention de CCS, et notamment, élaborent avec les salarié-e-s des stratégies et des messages de prévention, revendiquent des paroles et des actions collectives, dans le cadre de l’association ; d’autres y participent de manière occasionnelle.

Dans tous les cas, la pérennisation de l’affiliation des échangistes nécessite des raisons objectives pour se mobiliser dans la lutte contre le sida, et peut-être aussi le sentiment d’appartenance à une communauté, non pas à celle des échangistes, mais à celle des échangistes ou des “hétérosexuel-le-s” qui s’investissent dans la prévention, et il nous semble que le dispositif CCS pourrait représenter cette “communauté” embryonnaire.

L’alliance privilégiée avec les femmes

C’est dans cette logique que nous avons approfondit en 1997 une réflexion sur une alliance privilégiée avec les femmes.
La mixité de l’équipe de prévention, nos interventions - encore informelles - sur une spécificité de la prévention au féminin et contre les sexualités sous contraintes que vivent certaines d’entre elles doivent se pérenniser. En effet, elles ont été, dès nos premiers contacts avec la “planète échangiste”, des alliées privilégiées. On peut faire une hypothèse de transparence : plus nos discours mettrons en avant et rendrons publiques des paroles de femmes sur leurs désirs, leurs peurs ou leurs difficultés à se faire entendre, plus l’alliance pour la prévention sera forte. Ainsi, nous déclarons régulièrement aux personnes avec qui nous débattons dans les clubs : “une femme vivant une sexualité sous contrainte, quelle qu’elle soit, n’est pas en situation de refuser un rapport non-protégé”. On ne peut par ailleurs que constater un lien de causalité entre les positions machistes de certains hommes et leur prise de position contre la prévention du sida.

En 1995 nous avions initié, lors des rencontres-débats dans les clubs avec les échangistes, des réunions entre femmes qui s’étaient avérées fructueuses. Il nous a semblé alors important de développer cet espace de parole aux femmes qui restent nos meilleures alliées de prévention.
Alors qu’en 1995, les difficultés rencontrées par les femmes en milieu échangiste n’avaient donner lieu qu’à une évocation par certaines d’entre elles lors d’un atelier/discussion non-mixte (un atelier d’hommes, un atelier de femmes) ou lors de discussions privées avec les chercheur-e-s, nous sommes passés en 1996 à une revendication collective et publique au cours d’une discussion mixte, où était également évoqué le rôle des responsables d’établissements dans la sélection des clients.

Puis 1997 a vu naître de la part d’un nombre de plus en plus croissant de femmes l’expression d’un besoin de discussion entre femmes, pour une prévention spécifique qui permettrait, en s’inscrivant dans la régularité, de rendre publique ce qu’elles vivent et les problèmes alors posés par rapport aux risques de transmission plus élevés pour les femmes.
On peut ici rappeler quelques chiffres transmis par le Centre Européen de Surveillance Épidémiologique du Sida (lors du colloque “Femmes et VIH” organisé en novembre 1997 en partenariat par le Ministère de la Santé, le CFES, et Sida Info Service) qui viennent attester un nouveau visage de la pandémie, celui de sa féminisation :

En Europe et en France, entre 1986 et 1996 le pourcentage de femmes atteintes passe de 11 à 21, et au 31/06/1997 : sur les 200 000 cas de sida diagnostiqués en Europe près 16% sont des femmes, 57 % d’entre elles sont décédées ; 50 % ont été contaminées par la toxicomanie, 40 % par des contacts hétérosexuels. Trois pays d’Europe de l’ouest regroupent les 3/4 des cas de sida chez les femmes : la France, l’Italie et le l’Espagne.
Dans le monde : entre 89 et 96 le % de femmes atteintes passent de 16 à 42 et on estime qu’en 2000 : sur les 35 millions de cas estimés, 50 % seront des femmes.

D’une manière générale, cette mutation de l’épidémie a de graves conséquences sur la population hétérosexuelle, et comme nous venons de le voir particulièrement sur les femmes. Elles représentent aujourd’hui dans le monde plus de 40% des personnes contaminées par l’infection du VIH, soit plus de 8 Millions. En France, 9000 cas de sida ont été dénombrés chez les femmes, et elles seraient entre 20 000 et 30 000 à être séropositives.
Il a été mis en évidence une vulnérabilité physiologique plus grande à l’infection chez les femmes (le VIH est beaucoup présent dans le sperme que dans les sécrétions féminines, après un rapport sexuel le sperme reste 3 à 4 jours dans les voies génitales, les muqueuses vaginales et rectales sont perméables au VIH), des affections associées spécifiques (tel le cancer de l’utérus), ainsi qu’une transmission du virus de l’homme vers la femme plus importante que l’inverse. D’autres facteurs, tels que les MST, les contraceptifs comme le stérilet, les spermicides, la période des règles, une lubrification insuffisante, l’excision, l’infibulation, viennent augmenter les risques de transmission chez les femmes.
Mais il a été souligné que la plus grande vulnérabilité des femmes est aussi socioculturelle. En effet, regarder comment se pose la problématique sida du côté des femmes c’est aussi faire le lien avec la structure sociale (que la société soit moderne ou traditionnelle, orientale ou occidentale) qui fonde et détermine les rapports entre les sexes.
Les situations de fragilisation sociale, économique, culturelle, psychologique, sont multipliées pour les femmes à travers le monde, et sont autant de facteurs aggravant la vulnérabilité biologique.
Le sida est aussi révélateur de pratiques sociales, comme le souligne Michel Pollak, et un grand décalage existe alors entre d’une part la réalité des risques et des pratiques et d’autre part la prise de conscience des femmes par rapport à la contamination au VIH. Dans chaque culture il existe, pour les femmes et les hommes, des places et des traitements différenciés structurés par des systèmes sociaux et culturels dominés par les hommes. La domination masculine a des effets dans tous les domaines du social et la sexualité n’échappe pas à cette construction inégale des genres qui met en scène leur hiérarchisation et l’organisation du pouvoir des hommes sur les femmes.
Ces réalités là sont aussi autant de freins à la prévention et à l’accès aux soins pour les femmes, comme en témoignent des militant-e-s d’associations, des acteur-trice-s de lutte contre le sida ou des responsables de plannings familiaux qui travaillent auprès de différentes populations et qui ne cessent d’attirer l’attention des autorités politiques et sanitaires sur cette mutation de l’épidémie.
Nous avons nous aussi rencontrées beaucoup de femmes en milieu échangiste qui n’avaient pas la possibilité d’imposer ou de négocier le port du préservatif lors de pratiques à risque.
Ainsi en 1997 nous avons initié notre première campagne d’information sur la spécificité et l’intérêt d’une prévention au féminin.

C’est ainsi que CCS en misant sur le rôle pivot et incontournable des femmes en tant qu’actrice et donc sujet de la prévention et de la réduction des risques, s’inscrit parfaitement dans cette démarche dont le véritable enjeu est de donner aux femmes les moyens d’éviter l’exposition à l’infection par le VIH.
Cela passe par plusieurs nécessités : d’une part encourager le développement des espaces d’expression pour les femmes afin de redonner du poids à leur parole et leur production, pour que le fait d’avoir une parole de femme ne soit plus vécu comme une espèce de transgression à la règle socialement élaborée pour et par les hommes ; d’autre part soutenir l’innovation sur les formes d’intervention afin d’apporter des réponses plus adaptées aux femmes, en tenant compte de la réalité sociale dont les règles, transculturelles, trop souvent élaborées par et pour les hommes ont produit et produisent encore des inégalités et un certain discours sur le corps et la sexualité. Les pouvoirs publics ont ici un rôle important à jouer et doivent affirmer leur engagement par la mise à disposition de fonds nécessaires à la réalisation de tels projets de santé publique.

3. Les moyens = les outils de prévention

a - Évolution des outils de prévention utilisés depuis 3 ans

La Charte de qualité sanitaire et les adhésions
Ces deux formes d’engagement “contractuel” de la part des établissements correspondent à des étapes différentes de leur partenariat avec l’association.
Nous avons pu remarquer que l’adhésion correspond souvent au premier temps d’un engagement puisqu’elle est annuelle, et donnera lieu à la signature de la charte pour un engagement à plus long terme.

Depuis 1995, nous proposons la charte de qualité sanitaire aux établissements dans la mesure où elle constitue un réel engagement de ceux-ci dans la prévention. Elle a été élaborée en commun entre certains établissements, associations de lutte contre le sida et couples échangistes et il est bien évident que l’extension de l’association est parallèle à l’adhésion des clubs à la charte de qualité. Nous l’avons diffusée à l’ensemble des établissements français par mailing. Mais les chartes sont signées plus généralement lorsque nous engageons des contacts et des visites répétées avec les établissements.
C’est ainsi que nous avons une quarantaine d’établissements signataires ou en cours d’engagement au niveau national, et autant d’adhésions, situés principalement dans les zones où nous avons pu faire acte de présence et entretenir les alliances : Nord-est, Rhône-Alpes, l’axe Toulouse-Bordeaux, Marseille, les départements de l’Hérault et du Gard.

Toutefois, il faut préciser que tant les adhésions que les signatures de la charte ne constituent pas ipso facto des engagements standardisés ; elles supposent une conjugaison entre les deux logiques d’acceptations de la prévention que nous avons énoncées plus haut : celle qui soutient et reconnaît CCS (l’acceptation active) et celle qui la tolère et qui considère que la prévention est un service d’état via l’association (l’acceptation passive).
Lors de nos contacts avec les établissements qui n’ont pas signé la charte ou qui non pas adhéré, nous rencontrons pratiquement aucun rejet actif. Ceci est la preuve que CCS et surtout la prévention sida dans ces espaces est reconnue et est très rarement vécue comme stigmatisante. Ces clubs se situent entre une acceptation passive (ils ont entendu parlé de CCS et considèrent que la prévention est un service d’état) et un rejet passif (l’indifférence) : nous ne les considérons pas comme des relais de prévention, même s’ils acceptent la discussion et pour certains, des préservatifs gratuits, ceux-ci restent derrière le bar (qui sont distribués à la demande des client-e-s).
Cette dernière logique représente, pour les échangistes qui rencontrent des difficultés à intégrer l’usage du préservatif, un obstacle à la prévention.

La brochure

Ce document informe sur les risques sida propres aux pratiques échangistes. Diffusé à près de 100 000 exemplaires chaque année, celui-ci reçoit un accueil toujours très favorable et est très apprécié pour son “parler vrai”.
Depuis 97 nous avons pu assister à de nombreuses sollicitations pour l’obtenir de la part d’associations diverses (qu’elles soient spécialisées ou non dans la problématique sida) dans la mesure où les informations contenues dans notre brochure répondent également aux questions posées par l’ensemble des hétérosexuel-le-s multipartenaires, qu’ils/elles soient échangistes ou non.
Cet état de fait vient souligner plusieurs nécessités :
- la pérennisation de l’édition de cette brochure,
- la large diffusion auprès de la population plus large des hétérosexuel-le-s multipartenaires,
- la réactualisation des informations contenues et l’ajout de nouvelles questions

Les préservatifs et le gel

La gratuité : Nous avons conservé la distribution gratuite de préservatifs et de gel initiée depuis 95 dans la mesure où cette démarche s’est avérée comme nous avons pu le montrer un réel atout pour la mise en place des alliances de prévention avec les établissements. Elle reste encore aujourd’hui pour certains établissements (principalement pour les ouvertures/réouvertures avec de nouveaux propriétaires) une étape importante dans le cheminement d’un partenariat avec les responsables de club. Ainsi 100 000 préservatifs sont distribués chaque année au niveau national.

Évolution des représentations et des pratiques liées au préservatif dans les établissements échangistes : ce rapide historique permet de faire un premier point, au bout de 3 années de prévention, sur l’utilisation du préservatif dans les établissements ;
93/94 : Pas, ou peu, de préservatifs dans les lieux visités.
1995 : Quand on apporte des préservatifs dans les clubs ils sont utilisés ; certains établissements se disent prêts à participer à la prévention mais ne mettent pas à disposition de préservatifs à leur clientèle ; on passe de la sensibilisation du préservatif à des questionnements sur son utilisation adéquate pour minimiser les risques d’éclatement.
1996 : Évolution dans les pratiques, le nombre de pratiques sexuelles hors couple diminuent, les jeux sexuels sans pénétration augmentent ; l’utilisation du préservatif est diversifiée en fonction des pratiques : lors de rapports “rationalisés” (ritualisés, lorsque les partenaires se sont choisi-e-s au préalable) ils sont davantage utilisés, alors que l’on remarque une utilisation réduite lors de pratiques collectives (gang-bang, partouze), lors d’état de transe et de pratiques contournant le socialement acceptable (bisexualité entre hommes).
1997 : on assiste à une première prise en charge financière d’une partie de la prévention par les relais commerciaux avec les premiers achats de préservatifs à prix coûtant.

L’utilisation combinée du préservatif et du gel : Dans le cas de pénétrations multiples et/ou successives l’utilisation prolongée de préservatifs provoquent sécheresses et/ou irritations vaginales que le gel peut diminuer. D’autre part, nous encourageons l’utilisation du gel associé au préservatif lors de pénétrations vaginales ou anales dans la mesure où il atténue le risque d’éclatement du préservatif.
Après deux ans de distribution gratuite de gel, quelques établissements incluent des doses de gel dans les achats à prix coûtant de préservatifs

Le bulletin de liaison

Diffusé aux adhérent-e-s et aux sympatisant-e-s, ce document trimestriel rend compte de nos actions sur le plan local et national et informe nos lecteur-trice-s sur des points spécifiques concernant la prévention ou les avancées de la recherche médicale, en réponse aux différentes questions posées lors de nos visites dans les lieux de rencontre. Il participe ainsi chaque année à la régularité de notre visibilité et à son développement. Il est lu, attendu. Nous en recevons des échos réguliers.

Les réunions avec l’équipe de bénévoles

Régulièrement nous organisons des réunions/débats avec les bénévoles. Ses mises au point sur nos actions de proximité sur l’ensemble des lieux de rencontre de la région, est un outil indispensable tant pour l’organisation et la coordination de ces actions, que pour la dynamique de l’équipe. Ces rencontres sont aussi l’occasion de débattre sur les problèmes spécifiques rencontrés au cours des visites, afin d’y apporter, ensemble - salarié-e-s, bénévoles, échangistes ou “non-échangistes” - des solutions appropriées.

Dans les clubs partenaires, des rencontres débats - diffusion autour de la lutte contre le sida, c’est l’occasion de multiplier les collaborations et de développer les alliances.

La permanence téléphonique

Elle répond, comme nous l’avons déjà souligné, au fort désir de non-visibilité de la plupart des échangistes. De nombreux appels téléphoniques nous parviennent quotidiennement, tant pour connaître les clubs adhérents à la charte de qualité sanitaire et le fonctionnement de l’association, que pour obtenir des renseignements concernant les risques de transmission du VIH, ce qui constitue un complément nécessaire à la brochure pour ceux et celles qui n’y ont pas accès dans les lieux de rencontre et qui désirent rester dans l’anonymat.

Les visites

Les visites dans les lieux de rencontre s’inscrivent dans une régularité nécessaire à la fidélisation de nos différents partenaires.
Ces visites font l’objet d’une distribution de matériel de prévention, ainsi que de nombreuses discussions avec les personnes fréquentant ces lieux de rencontre et y est conjuguée la diffusion de nouveaux messages de prévention par l’intermédiaire des flyers et des affiches, de nouveaux dispositifs tels que l’achat groupé de préservatifs.

Le partenariat interassociatif

Le partenariat interassociatif participe de la dynamique nécessaire à toutes actions de proximité dans la minimisation des risques de transmission du VIH.
C’est un réel travail de réflexion qui d’une part s’inscrit dans la régularité des actions respectives et/ou communes de chaque partenaire, et d’autre part entretient ce lien nécessaire entre la diversité des expériences de terrain.
Le partenariat interassociatif est un atout dont ne peut se passer une politique générale de lutte contre la pandémie du VIH qui se veut dynamique, innovante et militante.

Participation à la mission au Cap d’Agde

Nous n’insistons pas sur cette mission dans la mesure où elle va faire l’objet d’une intervention.

Présence au Salon hot vidéo

En Juillet 1996 et en mars 97, convié-e-s au Salon Hot Vidéo qui réunit une majorité de professionnel-le-s du X, nous y avons tenu un stand avec d’autres associations de lutte contre le sida (Aides, Sida Info Service, Le Kiosque). Parallèlement aux nombreux renseignements donnés aux visiteur-euse-s, nous sommes allé-e-s à la rencontre des professionnel-le-s. C’est l’occasion d’ écouter, de sensibiliser, et d’inciter à se mobiliser un milieu (spectateurs et professionnel-le-s) encore très peu touché par la prévention.

Cette présence est relayée par nos actions dans les sex-shops du département. En effet les contacts que nous avons eu au Salon Hot Vidéo avec certains distributeurs de cassettes et de CD roms ont permis de visibiliser CCS dans les sex-shop de la région Rhône-Alpes. Ainsi avant même nos premières visites les responsables des sex-shops visités connaissaient déjà l’association et notre brochure qui leur avait été envoyée par l’un des distributeurs. De plus, ce salon de renommée nationale a été l’occasion de rencontrer des visiteur-euse-s Rhône-Alpins et client-e-s d’établissements échangistes de la région. Enfin il représente un espace supplémentaire pour légitimer CCS tant au niveau national que local.

b - Les nouveaux outils en 1997

Achat groupé de préservatifs et de gel

En 1997, alors que la demande et le besoin se stabilisent dans d’autres établissements, où certain-e-s se plaignent du prix prohibitif des préservatifs dans certaines zones rurales, nous avons, dans un second temps, mis en place et proposé à l’ensemble des établissements visités, un dispositif d’achat groupé de préservatifs et de gel à prix coûtant. CCS se fait donc l’intermédiaire entre un revendeur de préservatifs, TERPAN, et les établissements intéressés par cet achat.
Bien que celui-ci ait reçu un accueil favorable auprès de nos établissements partenaires, seulement quelques responsables ont déjà franchi cette seconde étape de la prévention. Celle-ci vient transformer leur engagement dans la prévention : passer d’un rôle d’intermédiaire en mettant à disposition de la clientèle des préservatifs et du gel que nous leur distribuons gratuitement, à un rôle d’acteur nécessitant l’intégration à leur politique commerciale et de gestion l’achat de préservatifs et de gel. Cet état de fait vient souligner une fois de plus les difficultés à mobiliser rapidement les réseaux échangistes dans la prévention.

Les affiches/flyers

Même si notre brochure sur les risques de transmission du VIH chez les hétérosexuel-le-s multipartenaires se révèle être un véritable outil de prévention, nous avons pu observer au cours de nos visites répétées et lors de nos discussions avec les personnes rencontrées, que certains de ses messages se confrontaient à des résistances (par exemple, l’utilisation de préservatifs liée au gel, les risques de transport par doigtés successifs, changer de préservatif pour chaque pénétration et pour chaque “débandaison”, etc.…) ou des incompréhensions. Nous avons donc proposé aux établissements des flyers et affiches reprenant ces messages spécifiques de prévention sous une forme ludique ; bien acceptés, ces matériaux doivent continuer à être aussi adaptatifs et innovants que possible.
Le contenu du message doit également s’adapter au degré d’investissement dans la prévention de chaque établissement. Ainsi, lors de nos premières visites, nous proposons un message sur le préservatif comme objet érotique. Il sera ensuite plus facile, par exemple, de diffuser des messages concernant le gel ou l’utilisation d’un préservatif par pénétration et/ou son changement en cas de débandaison.

Les espaces de parole entre femmes

Nous sommes ainsi dans la première phase de la mise en place des ateliers de discussion entre femmes. La principale difficulté à laquelle nous serons confronté-e-s sera celle de faire venir des femmes à des réunions non-mixtes sans leur conjoint. En effet la sociabilité des femmes qui fréquentent les lieux de rencontres échangistes passe par leur couple, et en dehors du couple peu de femmes ont alors la possibilité de s’investir à titre individuelle dans une démarche préventive telle celle que nous leur proposons. Nous avons toutefois réussi à organiser des premières rencontres informelles où quelques femmes de l’association préparent ensemble, se consultent pour la rédaction d’autres articles, d’autres bulletins de liaison sur le sujet, et pour réfléchir à des messages de prévention spécifiques aux femmes (et également en direction des hommes), pour amoindrir les difficultés qu’elles rencontrent pour se protéger. Deux clubs (Lyon, Avignon) nous ont donné leur accord pour organiser une réunion entre femmes ; reste alors à multiplier cette forme de mobilisation et d’engagement dans la prévention.
Dans cette longue marche vers la mobilisation des femmes comme actrices de prévention il reste encore beaucoup à faire et le chantier est lancé pour 1998.

Projet de Documentaire

Les professionnel-le-s de la porno et le safe-sex, en collaboration avec l’association Traboules Audiovisuelle.
Il s’agit de donner la parole à ceux et celles qui ont fait le souhait d’intégrer à leur travail des messages et des comportements préventifs. Son objectif est de valoriser et dynamiser leurs revendications à l’intérieur de ce milieu pendant le tournage et à la diffusion de ce documentaire (TV et associations de lutte contre le sida) sous deux angles : leurs conditions de travail et leurs points de vue sur les images de sexualité véhiculées.

III - Mobilisation nationale relayée par des régions : les actions de proximité

Il est inévitable, pour développer ces alliances de prévention, d’être constant-e-s, régulier-ère-s et souvent disponibles dans la diffusion des messages et les rencontres avec les échangistes et les commerçant-e-s.

A cet effet, nous avons créé des comités locaux pour favoriser les actions de proximité. Ainsi les salari-é-e-s, les bénévoles de l’association, (soit une quarantaine de personnes au niveau national) ont donc entrepris un programme de visites répétées dans les clubs.
Les comités locaux de Couples Contre le Sida National déjà créés se situent à Toulouse, Avignon, Montpellier, Paris (en cours de création) et Lyon qui a été le premier comité créé et à ce titre à été expérimental.

On peut aujourd’hui tirer des conclusions sur la méthodologie pour la création des comités et discerner 3 phases :
- repérage du système local des lieux de rencontre non-conformistes, et des liens existants entre eux,
- négociation avec les responsables commerçants (charte, distribution de matériel de prévention, achat préservatif à prix coûtant, etc.),
- favoriser l’organisation collective de la prévention.

Chaque comité est autonome dans son fonctionnement, et le rôle de la coordination nationale de CCS dans ce dispositif porte sur plusieurs niveaux :

- Un “outil au service des comités”:
conception, fabrication (en concertation et en coopération avec les comités), coordination, financements et diffusion des outils de prévention et de communication diffusés au niveau national,
coordination et circulation des informations entre les différents comités, formation des responsables de comités.

- Une mission de représentation nationale de l’ensemble des comités : travail de visibilisation des différents comités et de leurs actions locales auprès de financeurs, organismes publics ou associations (DGS, ECS, DDASS, etc.), dans colloques/séminaires sur le sida .

- Un réseau national de prévention hors comité : extraterritorialité assurer la diffusion de messages et de matériel de prévention en dehors des zones géographiques déjà couvertes par les comités locaux, avec une aide, le cas échéant, à la création d’un comité ou au développement de personnes relais.

Il est alors impératif de solidifier la structure associative de Couples Contre le Sida nationale dans son rôle de coordination et de soutien auprès des différents comités locaux.

IV - Conclusion

Nous sommes donc actuellement à la fin de la 1ère année d’autonomie de CCS (de l’action) par rapport à la recherche, ce qui correspond à la fin de la transition et la routinisation des actions de prévention.
Il y a maintenant une structure associative pour faire avancer la lutte contre le sida en milieu hétérosexuel multipartenaire, dont les actions ont pour objectif de favoriser l’émergence d’un discours collectif sur la prévention qui intègre dans les pratiques les risques de transmission du VIH. Ce dispositif a permis, entre autres, l’extension du champ d’intervention à d’autres lieux comme les sex-shops, et donc le passage d’une prévention auprès des “échangistes” aux hétérosexuel-le-s multipartenaires (du fait de la circulation à travers d’autres espaces non identifiés comme des lieux “non-conformistes”).

Depuis les débuts de notre action, nous sommes passés d’une prévention inexistante et peu de rapports protégés (10%) à une progression, voire une intégration, de l’utilisation du préservatif. Alors que nous n’étions que toléré-e-s dans les espaces de rencontre, nous pouvons maintenant négocier avec nos établissements partenaires une coopérative d’achat et aborder des interrogations pratiques sur les modes de contamination qui ne se limitent pas à la question de l’usage du préservatif.
Cependant, même si les acteur-trice-s de prévention issu-e-s des réseaux échangistes revendiquent et affichent de plus en plus une appartenance à la communauté des “hétérosexuel-le-s multipartenaires” qui s’investissent dans la lutte contre le sida, leur nombre est en progression très faible depuis 1995.

Il nous faut alors réfléchir à renouveler les termes de notre dispositif et à définir de nouveaux modes de participation des personnes concernées dans l’objectif de développer les affiliations. C’est dans ce but que nous nous employons lors de nos réunions à réfléchir aux modes de participation d’une partie des personnes concernées qui se sont révélées être parmi les meilleures alliées de la prévention, souvent pour des raisons objectives : les femmes.
Si la crédibilité de CCS n’est plus à prouver dans bien des lieux et auprès de certains échangistes, nous rencontrons souvent des résistances au safe sex lors de rapports dans un contexte socialement inacceptable à l’intérieur du réseau, notamment lorsqu’il s’agit de pratiques entre hommes. Des responsables d’établissement nous ont également parlé de leur refus d’accepter un gang bang sans préservatif “commandé” par un couple de client-e-s.
Ainsi, nous nous devons, chaque année, d’approfondir l’analyse de ses résistances et d’y adapter nos modes d’intervention et nos messages.

C’est pourquoi CCS a initié une extension de son champ d’action dès 1996 au Salon Hot Vidéo et en 1997 dans les sex-shops et les cinémas pornographiques. Reste à développer la modélisation, et cela n’est pas une mince affaire, des actions de proximité qui intègrent nos nouveaux champs d’intervention.

Entre la grande mobilité du réseau (fermetures et réouvertures de clubs), le désir d’invisibilité des échangistes, les résistances individuelles et collectives marquées par des rapports socioculturels de domination entre les sexes, la baisse de la vigilance en matière de protection avec l’arrivée et les résultats spectaculaires des trithérapies, la prévention sida navigue sur des voies parsemées d’obstacles qu’elle se doit de prendre en considération dans son long cheminement.


Ce texte est extrait des actes du premier séminaire européen sur l'échangisme de Toulouse (19-20 et 21 mars 1998)
Les actes sont disponible en intégralité sur ce site: Entre commerce du sexe et utopie: L'échangisme