Premières réflexions pour le séminaire européen de Toulouse
(19-20- 21 Mars 1998)
Léchangisme entre commerce du sexe et utopie
Maïté HOYER
En 30 ans, la sexualité et surtout la vie courante a beaucoup changé et très vite.
Il y avait : avant 68, puis les années idylliques semble t-il entre la contraception et le sida, de 1970 à 1980; puis les années sida.
Je ne parlerais pas longtemps davant 68, ou tout ce qui touchait au sexe était tabou, où lhomme pouvait exercer sa virilité en toute impunité, mais par contre où la femme bonniche ou potiche comme disaient les slogans de Mai 68, devait accomplir le devoir conjugal pour rester une honnête femme. Cétait lépoque de ladultère où les hommes nantis entretenaient une ou plusieurs maîtresses et les autres sadonnaient à la prostitution.
Femme objet pour le plaisir de lhomme, considérée comme un être inférieur.
Jusquen 1970 quant un père mourait lenfant était mis sous tutelle. La mère nétait même pas tutrice de droit. Aujourdhui lautorité parentale est partagée à égalité par les deux époux.
1968 a apporté des acquis fondamentaux :
En premier la déculpabilisation du plaisir. Auparavant tout ce qui faisait plaisir était coupable. On impliquait dans notre inconscient la crainte du plaisir sous toutes ses formes.
Puis la libération de la femme : la contraception et lavortement leur ont permis de crier que leur corps leur appartenaient. Elles ont revendiqué et obtenu le droit au plaisir.
Puis labolition de la censure : des propos et des comportements entachés par les parents et la société en général, de sensation de honte et de malaise pour tout ce qui touche à la sexualité, se transmet aux enfants par le moyen de manifestations de déplaisir et de pressions plus ou moins fortes, si bien que les normes sociales de la pudeur, de la sensibilité aux expériences pénibles se reproduisent peu à peu.
Mais cest aussi la base et le cadre des différentes structurations pulsionnelles individuelles. Une lutte se déroule dans le moi de chacun entre les manifestations pulsionnelles prometteuses de plaisir et les interdictions et restrictions lourdes de menace.
Léveil des premiers émois de la sensualité est chargé en émotions psychiques. Cet éveil entraîne parallèlement une érotisation croissante du corps. Chaque information sur le sexe rencontre un écho de la sphère des émotions et de fantasmes, mais le dilemme sinstalle très vite, langoisse et surtout lenregistrement des menaces éducationnelles conduisent vite à des ambivalences. Plaisir agréable mais défendu.
Labolition de la censure na pas tout résolu. Cest ainsi que chacun a du faire avec tout son passé et donc a réagi en fonction de ce premier vécu familial qui laisse des traces indélébiles.
On retrouve souvent le même regard sur la société, les mêmes indignations les mêmes priorités morales, la tolérance et la générosité pour certains, la solution de facilité pour dautres, qui mettent largent comme une valeur prioritaire.
La sexualité nétant plus un tabou énorme, on osait en parler, la pratiquer librement. Il était licite de faire plaisir. Cest à cette époque que lon a parlé déchangisme mais ce terme désigne un éventail énorme. Sil ny avait pas de censure sociale, il restait cependant les interdits de chacun et les fantasmes personnels.
Il est interdit dinterdire disait-on à lépoque. William Reich prôné un peu comme un maître à penser, nous ayant dit que la morale seule par la répression quelle instaurait était à lorigine de ces aberrations. Supprimez linterdit vous supprimez le refoulement : dont aussi la perversion, la transgression, la violence. Cest aller bien loin de croire que la morale contre la nature quelle nous imposait, nous rendait pervers ou méchant.
Le besoin de transgresser un interdit caractérise souvent la démarche initiale du pluralisme. La fête érotique que les êtres se donnent à eux-mêmes dans le secret de lintimité, sarc-boute sur la négation de linterdit hérité dune famille, dune classe. Le quotidien, ses pesanteurs, ses responsabilités, ses contingences sont abolis. Linterdit fonde linconscient différent pour chaque individu et fonde la subjection de lérotisme. Les couples qui parviennent à transgresser cet interdit entament une quête érotique qui est une exaltation progressive et une découverte renouvelée sans cesse remis en question, merveilleuse ou très décevante.
La sensualité est la propre de lhumain : cest la capacité à fantasmer qui la créé. Ainsi, au gré de son imagination et de sa fantaisie, lêtre humain peut raccourcir ou prolonger, faire durer ou bifurquer le chemin qui mène à son plaisir.
Les femmes ont autant de pulsions que les hommes mais le conflit entre leurs désirs et leurs interdits est plus important, certainement par une éducation moins permissive. Pour beaucoup de femmes de ma génération, le fantasme du viol était très répandu. Cétait un moyen pour elles de transgresser les tabous, elles jouaient au gendarme et au voleur avec leur morale. Elles ne sont pas coupables puisque lamant était lagresseur, et avait abusé de leur innocence. Ces mises en scènes, reflet de lérotisme individuel, entraînent des comportements vite classés dans les déviances. Il en est ainsi de léchangisme partouze.
Mais tout est relatif, chacun à son seuil et doit faire avec ce quil est. Limportant cest la liberté de lautre. Deux adultes consentants peuvent se permettre ce que dautres considèrent comme des déviations. Mais là encore chacun à ses limites. Ce qui est important cest de se sentir unique et préféré.
Je napprécie pas particulièrement la façon de voir de Sartre et de Simone de Beauvoir avec leur amour contingent parce quà un moment donné il y a eu rupture entre eux puisquils étaient pris par lamour dun autre. La sexualité ouverte est tout à fait différente, puisquelle parle de partage de plaisirs et non damour. Mais faire lamour cest partager des sensations et des émotions. Cela peut aller très loin si lon nest pas pleinement satisfait, même lorsquon est très amoureux de son conjoint. La nouveauté de sensations nouvelles est une fête très sensuelle lorsquelle est réussie. On peut même parler de toquade physique sans mettre en péril son amour. Cest à chaque couple de savoir ce quil veut, ce quil souhaite. Si lon na pas trouvé dans son conjoint le partenaire idéal, on cherche alors à sapproprier lautre, mais cela est différent de la fête du couple qui partage. Où est la limite ? Cest là que chacun doit se situer par rapport à ses exigences personnelles et à ses exigences de couple. On ne peut pas tout avoir, il faut choisir. Si lon veut une complicité profonde, cela veut dire non à certaines choses, en particulier ne jamais léser lautre. Malheureusement très peu de couples peuvent se payer ce luxe car leurs exigences sont différentes.
Nayant plus dinterdit très vite la sexualité est devenue une performance. Dans son livre récent la pyramide du plaisir, Jean-Claude Guillebaut explique : la sexualité contemporaine a fait de lautre un simple vis a vis, un outil masturbatoire, un instrument plus ou moins performant et susceptible dévaluations. Le sexe est devenu un marché capitaliste alors quau départ cétait une libération et encore nos démocraties fondées sur la liberté et lindividualisme sont devenues plus répressives et tyranniques, y compris en matière de sexe puisque le sida oblige à des précautions draconiennes.
Le sida a en plus été récupéré pour en faire une punition divine. Cette idée de mort dans lamour est effrayante : antagonisme poussé à lextrême puisque la vie cest lamour, la seule vraie valeur avec la communication dont lacte amoureux est la fusion la plus importante.
Malheureusement après le libéralisme, la sexualité est devenue pour beaucoup un acte banal, un loisir innocent qui trouve sa place entre le jogging et la télévision. Les femmes étant aussi disponibles que les hommes ont pris la mentalité quelles reprochaient aux hommes machos. Je lisais récemment les conseils quun hebdomadaire féminin donnait aux femmes : pour attirer un garçon de 20 ans ou un homme de 50 ans, on nutilise pas les mêmes appâts. Comment le capturer et affûter votre stratégie.
Suivait lénumération des choses à faire suivant lâge que lon souhaitait. Où est le respect ? La liberté de lautre dans tout cela ? Si lon considère lautre comme une proie cest quon a rien compris à lamour.
En matière de sexualité, lamour et la liberté de lautre fixent les limites. Entre une morale de la culpabilité et un immoralisme coupable, il reste à inventer une éthique de lamour, de la responsabilité surtout au temps du sida.
Témoignage de Maité HOYER sur léchangisme, de la contraception au sida, soit des années 1970 à 1980 :
Cet exposé est le résultat de dix années de confidences sur la sexualité denviron 300 personnes et le vécu dun couple damoureux qui, mariés très jeune et puceaux tous les deux ont découvert ensemble une sexualité très riche, puis au bout de vingt années de fidélité, ont senti le désir de partager avec dautres leur sexualité. Cela a été un cheminement de discussions puis une très longue réalisation de leurs fantasmes qui sest faite dans un accord tacite mûrement réfléchi avec toujours une harmonie et une complicité parfaite. Age idéal 40 ans, 20 ans ensemble de sexualité vivante, et surtout abolition de la censure qui permettait de réaliser ce souhait. Période privilégiée entre la contraception et le sida, nous parlerons donc des années 70 à 80.
La révolution de 68 avait en effet apporté des acquis fondamentaux. En premier la déculpabilisation du plaisir. Auparavant tout ce qui faisait plaisir était coupable, on implantait dans notre inconscient la crainte du plaisir sous toutes ses formes, doù une culpabilité énorme lorsquon transgressait cet interdit.
Des comportements et des propos entachés par les parents de sensation de honte et de malaise se transmettent aux enfants par le moyen de manifestations de déplaisir et de pressions plus ou moins fortes, si bien que les normes sociales de la pudeur et de la sensibilité aux expériences pénibles se reproduisent peu à peu chez les enfants mais ces normes fournissent aussi la base et le cadre des différentes structurations pulsionnelles individuelles. Une lutte se déroule dans le moi de chacun entre les manifestations prometteuses de plaisir et les interdictions et restrictions lourdes de menaces. Spontanément lenfant découvre son corps, le plaisir quil procure. Pour cette génération la partie du corps située entre la ceinture et les genoux navait pas dexistence légale. Lactivité de cette terre inconnue restait secrète et interdite.
Dabord le mystère de la naissance : on racontait aux filles quelles naissaient dans des roses et aux garçons : quils naissaient dans les choux.
Puis lorsquils grandissaient et sinquiétait du ventre rebondi de leurs mères ou voisines on les rassurait en leur parlant de tout autre chose. Chacun essayait de se documenter comme il pouvait. Pas avec les parents, ce nest pas de ton âge, leur répondait-on. Ce petit est vicieux rajoutaient les plus cyniques. Alors on fabulait...
Les copains essayaient de renseigner. Les mieux instruits avaient une très vague idée de la chose; de la maternité peut-être, mais pas de lacte sexuel. Linitiation pouvait se faire entre frères et soeurs, ou même quelquefois entre camarades privilégiés, cela dépendait du système éducatif des parents. Certains enfants ont eu la grande chance de navoir pas trop dinterdits ; davoir pu partager leurs découvertes avec frères et soeurs ou voisins sans être censurés. Alors que certains, placés sous grande surveillance familiale, gardent, encore adultes, cette soif de savoir, de voir, tant ils ont eu dinterdit.
Lactivité ludique commence beaucoup plus tôt quon ne limagine ; lenfant joue au papa et à la maman, au docteur, ce qui est déjà un exercice pour découvrir lautre, ou éventuellement lautre différent de soi. Ces jeux de la petite enfance ont une grande importance pour la vie dadulte, mais surtout la façon dont ladulte a réagi à cet éveil.
Jai été frappé par les confidences dune jeune femme qui était angoissée chaque fois quelle faisait lamour. Elle revivait à ce moment, la scène denfance où ses parents lavaient surprise avec son frère en train dexplorer leurs sexes. La punition et la honte quon lui avait faite avaient pesé très lourd sur elle. Le processus culturel et psychologique de la culpabilisation était enclenché.
Pour beaucoup de nos contemporains, la sexualité devient une fonction à dissimuler, une espèce de tare. Puis parfois sajoute la dépréciation de soi, ce qui conduit à des troubles graves de la personnalité. La majorité de nos contemporains sont encore selon lexpression de Sartre reprise par Simone de Beauvoir : Les victimes-complices dun système répressif qui a mutilé leur penchant naturel à la joie des sens.
La sexualité est comme le reste de notre vie psychique étroitement liée à notre histoire individuelle. Jai eu ainsi les confidences dun professeur de philosophie de 50 ans apparemment très à laise, fils unique dune mère abusive : il ne se lasse jamais de découvrir le sexe féminin mais il en a très peur. Cela la conduit à avoir des relations sexuelles par personne interposée : il regardait sa femme faire lamour avec un autre partenaire sans pouvoir lui même participer, souvent dans les lieux publics près desquels il se cachait. Cest léchangisme qui petit à petit la amené à participer lui même mais il navait aucun discernement dans son choix.
Cest ainsi que ce couple passait ses vacances dans des endroits naturistes où toutes sortes dexpériences les enchantaient.
Ils nous ont raconté plusieurs expériences cocasses qui leur étaient arrivées dans ces endroits.
Puis la libération des femmes : femmes potiches ou femmes boniches clamait le MLF en 68. Cétait vrai pour beaucoup de couples déjà il ne fallait pas pousser trop loin les études de la fille pour quelle reste sous la domination du mari. Femme considérée comme un être inférieur. Jusquen 70 quand un père mourrait, lenfant était mis en tutelle, la mère nétait même pas tutrice de droit. Aujourdhui lautorité parentale est partagée à égalité par les époux.
Dans la mentalité de beaucoup dhommes il y avait deux sortes de femmes : les épouses mères de leurs enfants, avec qui la sexualité était réservée à la procréation, et les prostituées.
Les religions judéo-chrétiennes condamnaient tout ce qui nétait pas destiné à cette fin : baisers, caresses, positions amoureuses. Sans en être encore aux chemises percées dun trou de nos grands parents il nétait pas rare quun homme nait jamais vu sa femme nue. On faisait le devoir conjugal dans le noir, dans la position du missionnaire codifiée par léglise, et surtout il ne fallait pas trop éveiller sa femme ; quelle ne prenne pas du plaisir navait aucune importance. Je ne sais plus quel homme célèbre disait le plus agréable lorsquon fait lamour cest quand on monte lescalier - cest dire limportance du fantasme et la pauvreté de lacte amoureux...
Les hommes avaient alors recours à la prostitution. Ce quon demande à la prostituée ce nest pas seulement dêtre nimporte qui mais encore nimporte quoi, cest à dire surtout pas une femme complète mais seulement la porteuse du lieu de plaisir qui se loue au détail : le vagin. Le client nest entré en relation quavec un sujet partiel, pour satisfaire un désir partiel et limité, sans engagement, sans durée. Femme objet sexuel par excellence avec notion dasservissement ou dhumiliation. La contraception nexistait pas, et lavortement était reconnu comme une faute coupable, cest ainsi que sous le gouvernement Pétain une femme a été guillotinée comme avorteuse.
La grande révolution pour cette génération était le mariage damour : conjoint choisi par eux, pour eux-mêmes et non pour des contingences matérielles ou des pressions économiques comme la génération précédente. Pour lhomme son épouse nétait pas un objet mais son égale et sa complice. Pour eux la défloration na été quune étape, un long cheminement dun éveil de sensations de partage, de sensualité, de désir qui ont abouti un jour non défini à lacte sexuel. Quelle différence davec le viol du soir des noces provoqué souvent par la maladresse du mari, par lignorance de la femme.
Cette première fois primordiale pour la fille induit toute sa vie sexuelle future. Si la défloration a été traumatisante, une fixation négative à lhomme subsistera toujours à moins quun substitut atténue cette première expérience.
Il en est de même pour le garçon. Quelle soit pucelle ou quelle soit putain chante Brassens Jamais de la vie on ne loubliera la première fille quon a pris dans ses bras.
Jai reçu de nombreuses confidences dhommes de cette première fois, de la peur quils avaient ressentie de ne pas être à la hauteur. Dans les récits dhommes sur la sexualité collective on retrouve très souvent cette crainte et en plus dans le collectivisme celle du jugement de lautre. Pour une première fois avec une inconnue de nombreux hommes mont conté navoir pas eu dérection. Lattitude de la femme à ce moment là a été pour eux très importante voire déterminante. Si elle a minimisé cet échec en faisant diversion, en mobilisant lhomme par exemple sur des caresses, très souvent lhomme a repris confiance en lui . Par contre si elle a montré sa déception, la blessure peut faire une sorte de réflexe conditionné qui peut le gêner dans ses relations sexuelles futures.
Tout homme qui aime une femme a attendu quelle soit prête pour faire lamour. Par contre une femme amoureuse na pas toujours attendu le jour de ses noces pour se donner à lhomme quelle aimait. Mais cétait déjà transgresser un interdit terrible, dautant plus quà cette époque ou la contraception nexistait pas, les risques de grossesse était nombreux. On jugeait très sévèrement une femme qui était mère moins de neuf mois après le mariage. Les mères persistaient à maintenir la sévérité de cette règle, surtout léglise qui parlait de faiblesse à ne pas recommencer. Dans les nombreux couples que jai rencontrés, presque tous avaient transgressé cette règle, leur complicité était déjà très importante. Ces couples damoureux ont voulu être des amants et maîtresses, ne pas dissocier la femme mère de leurs enfants et leur plaisir sexuel. Dabord le mari a admis et voulu que sa femme ait les même droits que lui. Fini lesclavage domestique, il pensait que la femme nétait pas à son service, mais avait droit à son épanouissement personnel ; deuxième constatation chez ces couples : la plupart des femmes travaillent, ont un métier à elles. Beaucoup dhommes de cette génération ont eu du mal à admettre que leur femme ait un métier : elles devenaient leurs égales et non leur subordonnées.
A lintérieur du couple, quand ils échappent au jugement des autres adultes, beaucoup dhommes et de femmes jouent à redevenir petits, à retrouver des plaisirs que leur conscience évoluée devrait leur interdire, et quelle leur interdit souvent jusquà ce que la tentation soit trop forte. Retrouver le sens du jeu est merveilleux, le jeu gratuit sans autre finalité que lui-même. Les jeux de la petite enfance, nous les avons oubliés, nous en rêvons parfois, nous en parlons avec nostalgie, sils sont convenables, ou nous les refoulons purement et simplement pour nen être pas dérangés, mais le plaisir des jeux anciens demeure, revendique même si les circonstances qui ont déterminé ce plaisir ont totalement sombré dans loubli.
Les confidences des couples sont multiples à ce sujet, et nous pensons que tout est permis entre deux adultes consentants. Certaines gens des plus normaux rêvent de la sexualité des autres et de la fête avec dautres. Tout en regardant la monogamie comme répondant aux besoins sociaux, on doit pouvoir considérer que du point de vue biologique, la monogamie ne correspond pas aux besoins de lexcitation supérieure. Car si les éléments problématiques et fuyants disparaissent, et que lobjet de lattention est devenu si familier à la conscience, les réactions émotionnelles sont qualifiées. Cest là lexplication sommaire qui fait que les hommes et les femmes mariés sintéressent souvent à dautres que leurs partenaires conjugaux. Au mot monogamie est souvent associé le mot monotonie.
Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés, disait Flaubert. La pratique des amours collectives est lune des expressions sexuelles les plus anciennes de lhomme quelle traduise une simple pulsion érotique ou une intention religieuse, voire mystique. Aux Indes, notamment, elle constituait la partie essentielle du rituel de lérotisme sacré. Dans la Chine des Ming la plupart des grands événements de la vie collective, mariages, deuils, moissons, changements de saison se célébraient par des orgies. LAntiquité, avec les mystères dEleusis les cérémonies bachiques, les Saturnales, sans parler des moeurs privées de ces époques, nous a laissé nombre de témoignages précis. Il nest pas jusquà certaines peuplades dAfrique qui ne se livrent à lérotisme collectif.
Ainsi depuis les temps les plus reculés jusquà nos jours, dans les civilisations les plus primitives comme le plus raffinées, il semble bien que les pratiques collectives aient été utilisées couramment, ouvertement, quelquefois ostensiblement. Ce défi aux moeurs est si audacieux que beaucoup dindividus très évolués sur le plan sexuel manifestent une hostilité marquée à lendroit de ces pratiques.
Lamour collectif ne tend assurément pas à la procréation, il nest pas non plus justifié par les transports affectifs. Il traduit une recherche du plaisir pour lui-même, recherche particulièrement libérée des tabous ordinaires.
Dautre part, il bouleverse nombre de notions apparemment définitives en ce qui concerne le couple. Ce couple que nos civilisations considèrent comme la cellule fondamentale des sociétés. Tous les principes sacro-saints qui en font une entité individuelle indissoluble dont les éléments se doivent une fidélité totale et permanente ; toutes les idées courantes concernant lamour exclusif unique : le droit de propriété. Propriété dont croient disposer lun sur lautre les partenaires et sa conséquence, la jalousie. La garantie des secrets dalcôve, si anxieusement protégés par les partenaires les plus libres, bref, la conception traditionnelle et que nous imaginons universelle du couple.
Tout cela est fondamentalement remis en question par les pratiques collectives.
Le modèle du couple parental pose déjà question à partir du moment ou il faut partager lidentité et lamour. La pluralité est déjà induite par les obligations de la cité. Dès le plus jeune âge, lenfant doit partager lamour avec des gens divers. Ce qui veut dire que déjà le désir éclate : jaime maman, jaime aussi ma maîtresse. A un moment donné, nous sommes tous confrontés à ce problème de pluralité. Même lorsque nous avons construit un phénomène affectif unique, nous ne pouvons nous empêcher de regarder ailleurs, puisque nous avons déjà appris la pluralité. Là démarche du couple qui ne met pas en question lamour profond, mais le désir de continuer la pluralité est très intéressante. Quand un couple prend conscience dune façon ou dune autre de ce désir avec le maximum de complicité et de communication, il arrive à parler de possibilités dexplosion dans la continuité sexuelle. Cest malheureusement réservé à une réalité damour dont lobjectif est avant tout lépanouissement de lautre.
Le pluralisme vrai est réservé à une aristocratie de lamour.
Il nest pas simple de dire à lautre que lon désire quelquun dautre, cela peut même être perçu comme un rejet, pourtant ces confidences dans le couple sont très importantes. Elles font toute la complicité amoureuse. Bon nombre de couples ont joué à celui là te plaît-il, ferais-tu lamour avec lui ? Avant darriver au pluralisme, il y a toute cette vie du couple. Si la communication a été profonde, beaucoup de questions se posent entre eux. Les désirs rentrés quand ils peuvent être partagés rendent le couple plus à laise. Il sagit à lorigine dune longue concertation du couple. Mais la satisfaction des besoins inconscients ne coïncide pas obligatoirement avec nos désirs conscients. Les chemins du désir sont tortueux, jalonnés dobstacles, de haltes, de signaux et dembûches. Et chacun de nous a son système propre quel que soit son sexe, et sa manière spécifique de réagir aux stimulations extérieures.
Comment respecter lautre et vivre soi-même ses propres fantasmes ? Il est très difficile pour un couple de réaliser la plurisexualité. Nous avions observé que très souvent il sagissait dun défi de type ludique du style chiche tu ne le feras pas. Dans le cadre de nos observations, plusieurs couples sarrêtaient au stade de la première rencontre, sans jamais oser aller plus loin. Le jeu consistait pour lun comme pour lautre à mesurer leurs possibilités de séduction.
Dans ce domaine, le passage à lacte suppose, daprès les confidences que jai pu recueillir, soit une complicité dans un but dépanouissement ou de compromission de régulariser des faits déjà établis, soit dans linduction de lun ou de lautre de prolonger ses habitudes davant le mariage. Le séducteur adolescent a manifestement tendance après quelques années de mariage, à vouloir retrouver ses possibilités, voire à réveiller ses talents sexuels. Cest dans cette situation, dimpression dusure que lhomme qui veut retrouver les performances de sa jeunesse, entame une manoeuvre de persuasion de sa femme pour lamener à partager avec dautres couples sa propre nostalgie.
Jai pu constater que dans ce cas de figure, lamour conjugal aussi paradoxal que cela puisse paraître, conduit à ces pratiques, qui demandent pour le couple un dialogue et une complicité authentique qui ne se comparent pas avec ladultère clandestin de lun ou lautre partenaire.
Jai vu ainsi un couple dans une situation un peu particulière : le mari avait de son côté des expériences sexuelles multiples sans toutefois parler de maîtresse attitrée. Il était aussi amoureux de sa femme et voulait avec elle construire quelque chose de stable. Un cheminement personnel lavait amené à réaliser ce dilemme. Par un hasard de rencontre dans un cinéma porno, il avait fait la connaissance dun couple entraîné à une pratique pluraliste. Ce couple lavait invité à leur fête collective. Aimant sa femme, il avait la nostalgie de ly conduire, mais ne savait comment lui avouer son passé personnel. Très exigeant envers lui-même, et amoureux véritablement de sa femme, il a voulu prendre le risque de laveu. Ce fut pour eux une période très difficile, la femme tombant de haut devant les fantasmes de son mari. Par amour, elle la suivi mais ne peut sempêcher dêtre jalouse, car au fond delle-même elle na plus confiance en lui. De son côté, le mari est piégé, parce que ça ne lamuse pas tellement que sa femme soit présente dans ce type de situation. Cependant on pourrait noter que lépouse très réticente au départ, semble avoir trouvé loccasion de réaliser ses propres fantasmes de séduction, mais ils sont toujours un peu sur la corde raide. Le système de partage avec dautres couples dans lequel ils se sont installés, semble parfaitement convenir à la femme qui peut ainsi surveiller son mari. Mais ce dernier ny trouve pas son compte et son jardin secret en est manifestement perturbé.
Les conduites pluralistes faites dun commun accord conduisent à lintégration ou lorganisation de réunions dun certain nombre de couples dont lobjectif est manifestement daboutir à des échanges sexuels gratuits. Qui dans le couple légal a décidé lautre à cette pratique ? Cest une question quil nous est très difficile à élucider. En effet, nous avons pu constater à travers les entretiens que les uns ou les autres ont bien voulu nous accorder, que si cest le mari qui semble avoir pris linitiative, très souvent la femme a fortement induit.
A cette époque la notion de groupe ou de regroupement comportait plusieurs formes :
Tout dabord, le triolisme :
Cest surtout une combinaison érotique destinée à épicer la vie sexuelle du couple. Dans sa forme la plus commune (deux femmes un homme), il permet de satisfaire quelques uns des fantasmes sexuels les plus courants. Beaucoup de femmes, sans être homosexuelles, éprouvent sinon un désir conscient, du moins une curiosité pour les contacts saphiques. Le triolisme permet de satisfaire cette curiosité sans en faire une exclusivité. Dautre part, il est peu dhommes que le spectacle de ces contacts saphiques laissent indifférents. En outre, la présence simultanée de deux partenaires flatte linstinct polygame du mari, instinct déculpabilisé par lassentiment de lépouse.
Moins souvent le troisième élément est un homme, la peur de lhomosexualité frappait beaucoup dhommes de cette génération.
Autre situation : un couple rencontre un autre couple chez lun des deux couples.
Aux dires de tous, cest souvent la première démarche à laquelle pensent les couples qui veulent se lancer dans le pluralisme. Dabord cela les rassure : un couple comme eux. Ils insistent donc pour rencontrer un couple légitime. Le collectivisme est très souvent vécu comme une dépravation et fait très peur. Par contre, les couples mont avoué que cette situation à quatre, était des plus difficile, parce quil ny avait pas de fuite possible. Il nest pas évident que si deux se plaisent, les deux autres soient forcément attirés lun par lautre.
Un couple sintègre à un groupe damis.
Sous un prétexte de soirées qui ont au départ une allure mondaine pour certains, ces soirées damis durent même tout un week-end, souvent à la campagne, dans la maison de lun deux. Tout est partagé, les frais généraux comme la sexualité collective. Ces réunions damis chez des particuliers sont très différentes des organisations commerciales réservées à cet effet. Bien que ces couples ne se connaissent pas, il sétablit très vite une complicité entre eux. Ils se sont choisis et si au départ, ils semblaient chercher seulement une complicité sexuelle, pour se revoir, par la suite ils ont souhaité partager autre chose que la sexualité. Daprès ce quils mont raconté, presque tous sont restés dans leur milieu socio-culturel.
Cest ainsi que pendant tout un week-end, certains couples de niveau culturel supérieur, tout en se réservant des moments intenses de plaisir physique, vivent aussi des moments exaltants de discussion philosophique. Lamitié entre les hommes est très importante, celle des femmes aussi. Toutes les préoccupations de chacun peuvent être évoquées. Cest souvent la personnalité du couple qui reçoit qui oriente ces réunions. Plusieurs couples mont dailleurs rapporté limportance de ces hôtes. Pour certains, cest tout un art dassocier des gens qui pourront se plaire, de savoir discerner le libéralisme de chacun pour ne mettre ensemble que des gens qui semblent correspondre. Ainsi, certaines soirées sont très collectives, alors que, à dautres, les couples ne se retrouvent que deux à deux.
Cest une véritable fonction de maîtres de maison qui leur incombe. Ils savent mettre en valeur ceux qui ont besoin dassurance, restreindre les excités, sils gênent les autres. Un couple mexpliquait que pour eux, cest très différent lorsquils reçoivent chez eux ou lorsquils vont chez les autres. Ils sont alors plus détendus et soucieux de leur plaisir propre.
Il existait également des organisations que nous dirons commerciales, où sont organisés des jeux provoquants et qui conduisent à sinviter réciproquement, étant entendu que dans ces endroits, la règle du jeu est énoncée de la façon suivante : ici, il ne se passe rien.
Il existait aussi des lieux à initiative commerciale, qui permettent de réaliser sur place, des relations inter-sexuelles. Il faut noter à ce niveau que ce type détablissement, apparemment toléré par les autorités publiques, accueillait à lépoque beaucoup moins de couples réguliers que dhommes qui se faisaient accompagner onéreusement par des dames. La mentalité de la clientèle de ces maisons diffère beaucoup de celle des soirées collectives chez des particuliers. Daprès les témoignages recueillis, les couples dit échangistes nappréciaient pas du tout le mercantilisme de ces endroits. Déjà pour le principe, une femme nest pas un objet, elle ne sachète pas. Les hommes se plaignent que ces dames sont en service commandé, ce qui change la nature de leurs ébats. Les femmes napprécient pas du tout cette clientèle masculine, qui fait delles des objets. Dans léchange, me disait lun deux, on est avec les autres femmes, comme on est avec la nôtre, et non avec une prostituée. La subtilité de la chose est très importante. Pourtant tous sont unanimes pour dire que la bienséance et la liberté de chacun sont toujours conservées.
Les partouzes collectives, permettent de réaliser toutes sortes de fantasmes, quelquefois peu avouables. Il y a ceux et celles qui ont toujours rêvé davoir un maximum de partenaires, il y a ceux et celles qui ont besoin dune ambiance érotique pour être excités, il y a les voyeurs qui sont stimulés par le spectacle, les exhibitionnistes des deux sexes qui aiment à se donner en spectacle, il y a les masochistes qui trouvent leur plaisir à voir leurs conjoints livrés à autrui.
Mais les tendances humaines ne sont pas si excessives. Nous sommes un peu de tout cela, cest pour cela que ces couples apprécient cette sexualité collective.
Il est probable quil existe aussi des partys spécialisées ou tout au moins spécifiques à tendances plus particulières : sado-maso par exemple, dont il semble que le recrutement se fasse de bouche à oreille entre complices. Il semblerait aussi que se sont les hommes qui y conduisent le plus souvent les femmes, sans toujours les prévenir des pratiques quelles sont susceptibles de subir...
Nous avons eu écho également dun rite de rencontres insolites mais pour autant aussi réglées, de voiture à voiture dans des lieux particuliers et surtout dans des territoires forestiers praticables et bien connus. Il faut dire à ce sujet que Paris nen détient pas le privilège, malgré la réputation de certains bois. Ce que nous avons cru comprendre dans cette situation est quil ne sagissait pas toujours de couples réguliers, et, comme pour les réunions que nous avons dénommées commerciales, très souvent la partenaire féminine était mercenaire.
La plupart des couples de cette génération navaient pas eu de vie sexuelle avant de se marier. Les femmes pour beaucoup étaient vierges quand elles connurent leurs maris. Pour les hommes, cest un peu différent, quoique pour la jeunesse masculine de cette époque, les mouvements tel le scoutisme prêchaient aussi à lhomme de se garder pour lêtre unique.
Ces couples ont vu chez des plus jeunes queux un plus grand libéralisme sexuel. Et surtout ont éprouvé le besoin de vivre les interdits quils sétaient donnés dans leur jeunesse. Nous navons pas voulu mourir idiots, ma expliqué un de ces couples. Cétait là, un premier prétexte. Des couples complices et amoureux ont voulu ainsi relancer leur vie sexuelle devenue trop monotone, chercher ensemble des sensations fortes et nouvelles. Ces couples sont en quelque sorte lélite de la sexualité de groupe, car ils cherchent là une complicité, un épanouissement réciproque.
Nous avons bien sûr, le récit de couples en difficultés et qui pensaient par ce moyen rallumer la flamme ou tout simplement fuir. Daprès ce que jai pu constater, pour ces derniers, la sexualité ouverte na rien arrangé, ni rien détérioré de plus. Entre la complicité et la fuite il y a des comportements darrangement qui permettent de réaliser un compromis. Le mot échangiste signifie bien cette démarche darrangement. Pour certains, il sagit donc déchanges avec toutes les restrictions que cela comporte.
Cest ainsi quun mari me raconte quil lui est intolérable que sa femme prenne du plaisir, alors que lui nen a pas eu.
Par contre, dans un mariage ouvert où chaque partenaire est sûr de son identité et fait confiance à lautre, il existe des possibilités de relations subsidiaires qui peuvent être un enrichissement pour chacun. La fidélité nest pas forcément une fidélité physique. Mon mari est mon seul amant, mexpliquait une dame qui a pourtant de nombreuses expériences sexuelles. Je réinvestis tout ces plaisirs dans mon propre couple et suis de plus en plus amoureuse de mon mari.
Aimer quelquun cela veut dire non pas le briser, le restreindre, mais lépanouir, souhaiter pour lui une vie enrichissante. Ne vaut-il pas mieux être complice que geôlier ? Les faits montrent que beaucoup de couples cherchent une issue au traquenard de leur mariage clos...
Daprès les confidences que jai recueillies voilà ce que je peux rapporter sur la façon de se rencontrer en province à lépoque. Deux circuits semblaient possibles :
Tout dabord les boîtes à danser, spécialisées, réservées certains soirs aux couples échangistes. Mais au dire des couples, il y a beaucoup dindécis dans ces soirées. Une très faible proportion de couples finissent la soirée chez lun ou lautre. Ils relatent aussi que pour la majorité, ces couples ne souhaitent pas se revoir. Ils veulent la variété et la multiplicité des rencontres.
Dautres utilisent des journaux spécialisés à des rencontres sexuelles et fantasment déjà beaucoup à tous ces préparatifs. Dabord lachat du journal lui-même, à lépoque réservé aux sex-shops. Très peu de femmes rentraient dans ces magasins, cétait le privilège de lhomme qui risquait dentacher sa réputation en fréquentant ce genre dendroit. Puis il faut écrire par lintermédiaire du journal ou mettre soit même une annonce. Cette deuxième solution mont-ils raconté, semble être la plus discrète. Tous les atouts sont en mains de celui qui reçoit. Il peut alors choisir ce qui lintéresse dans le courrier quil recevra. Daprès les journaux que jai pu voir, le libellé de ces annonces est souvent vulgaire ainsi que les photos à lappui. Les candidats sattardent sur leur anatomie, leurs spécialités, leurs souhaits cela nous permet de discerner ceux qui ont la même façon que nous de voir ces choses, ma répondu un monsieur. Ainsi, me disait-il, nous éliminons ce genre dannonce pour nous réserver pour celles qui décèlent un peu plus dhumour et de chaleur humaine.
Les annonces avec les lettres quelles suscitent, suffisent à certains.
Ils les collectionnent amoureusement, se régalent des fantasmes décrits. La plupart des couples vont plus loin, et cherchent alors à se voir. Cest souvent le mari qui fait le démarcheur. Il y a ensuite les coups de téléphone. Dabord lattente avec tout le côté jeux quelle suscite, puis la voix quon imagine. Ce premier stade plaît beaucoup à certains.
Au nombre des émotions érotiques primaires, celles que provoque la voix viennent au premier rang. Certaines voix affolent, un timbre particulier, une diction, un phrasé de tel ou tel type peuvent provoquer une captation érotique que ne justifient pas forcément les paroles prononcées. On imagine chez lautre des traits et généralement une séduction correspondant à limpact sensuel de la voix, quitte à se trouver affreusement déçu en apercevant lêtre doù émanait la voix séductrice ! La voix est un attribut physique au pouvoir libidinal extrêmement important.
En matière dattirance sexuelle, les stimuli sensoriels sont plaisants ou désagréables. Cest affaire de libido personnelle, et les goûts sont très nombreux. Cest la signification particulière de la symbolique érotique de chacun. Ainsi, pour la voix, pour quelle plaise, il faut quelle corresponde au type auquel les auditeurs attachent une valeur libidinale positive. A cette époque là, un réseau de voix érotiques sétait déjà constitué, certains journaux en faisant la publicité. Dans les lettres reçues, des couples mont relaté que des hommes leur avaient demandé ce mode de relation, chacun devant sexciter à distance.
Les premières lettres échangées en général, sont banales. Il sagit dune simple prise de contact avec proposition de rencontre. On se décrit sommairement, on indique lheure et le lieu dun éventuel rendez-vous. Certains demandent des photographies mais beaucoup ne le souhaitent pas ayant peur de tomber dans le piège dun collectionneur ou dun maître chanteur. Si on ma signalé maintes fois avoir perdu des photos, je nai par contre jamais entendu parler de chantage. Mais là déjà le risque fait partie de lexcitation. Par contre, une grande discrétion est de mise. On ne donne pas les noms, ni les adresses même aux amis, parfois on les présente en indiquant seulement les prénoms. Libre ensuite à chacun de poursuivre sil le souhaite ou non. Cet attrait du défendu quon partage émoustille les fantasmes. Puis cest la rencontre elle-même dans un endroit le plus neutre possible, un café en général.
Comment va-t-on se reconnaître ? Va-t-on se plaire ? Les sens et lappétit sexuel vont à lécole buissonnière, moins stimulés par la perspective de lacte que par tous ces préliminaires. Beaucoup de couples au départ pensaient ne pas faire de distinction entre les niveaux sociaux. Avec lexcitation toute neuve de ce projet, la plupart pensaient que seule lattirance physique comptait. Mais très vite des détails ont accroché.
Une dame horrifiée me racontait que le monsieur de lautre couple lui avait dit : alors on le fait ou on ne le fait pas. Pour faire lamour ensemble, il faut partager autre chose : en particulier des habitudes communes de vie sociale. Cest ce que la plupart mont conté. En général les hommes sont excités par des détails anatomiques bien précis des femmes : les seins pour certains, les fesses pour dautres, mais pour tous deux, lattrait de linconnu les fait beaucoup fantasmer. Les couples doivent ensuite se décider presque toujours ils sinvitent à dîner pour faire plus ample connaissance. La connivence est faite davance, le couple a imaginé un signe pour voir sils sont tous deux consentants. Toutes ces phases excitent beaucoup le couple, ou le divisent si laccord entre les deux nest pas parfait. Les maris les plus généreux laissent leur femme choisir. Il semblerait que la femme soit beaucoup plus sévère dans son choix, elle est moins dépendante que lhomme de son imagination. Souvent aussi des hommes viennent seuls, nayant pas réussi à décider leur épouse ou essayant de se glisser dans lintimité du couple. Le premier contact est très émotionnel, parce que tout limaginaire est en marche.
Il y a aussi tout le jeu de la séduction et de la complicité du couple lorsque les deux couples paraissent se plaire. Il y a souvent une phase préliminaire. Lexcitation est provoquée par divers stratagèmes. La bonne éducation et les retenues bien normales font que ce premier temps dure plus ou moins longtemps. Lun dentre eux doit faire le premier pas. Lérotisme est très personnel. Certains aiment que la volonté de débauche de lautre partenaire soit évidente et quelle se manifeste par de violentes suggestions. Pour dautres, cest tout à fait linverse. Ils sont choqués et même bloqués, de ce comportement. Jajouterais daprès leurs confidences que ce sont la majorité.
Un homme très collet monté vêtu extérieurement de façon très stricte arrivait à ces soirées avec des sous-vêtements féminins. Il en est ainsi par exemple, pour la valeur aphrodisiaque du vêtement. Certains hommes mont confié quils apprécient la naïveté vestimentaire de la femme : la culotte petit bateau entrevue dans leur enfance hante certains parce quelle est liée à leur premier émoi sensuel.
Dautres apprécient la lingerie noire, autrefois uniquement réservée aux dames de mauvaise vie.
Des confidences érotiques peuvent servir dexcitation à une autre clientèle plus intellectuelle. Certains se racontent leur premier éveil sexuel ou les expériences sexuelles multiples quils ont pu avoir. Pour dautres, la musique douce leur sert de préliminaire. Ils dansent et flirtent, parfois nus, ce qui est très excitant.
Pour dautres encore, ce sont des films pornographiques ou tout naturellement ils abandonnent lécran pour la réalité.
Ces rencontres collectives sont quelquefois induites par des habitudes dites éducatives comme les grands jeux des adolescents où lon met lindividu en situation dagressivité voire dhomosexualité. A mon avis, toute activité collective, du bal au grand jeu est vraisemblablement assimilable à certaines activités de sexualité collective. Dailleurs, nous avons pu entendre que de nombreuses réunions de ce genre sont souvent introduites par des jeux. On joue par exemple, à se déshabiller et à se donner des gages de plus en plus audacieux. Les règles sont alors acceptées parce quil sagit dune activité ludique qui trouve quelquefois son support dans des jeux de société.
Deux êtres qui se rencontrent sont séparés par toute lépaisseur des préjugés, des interdits et des tabous sociaux. Leur approche, cest-à-dire, en fait, lévaluation de leurs possibilités sexuelles, ne se fait quà travers mille conventions, après mille détours. Encore celles approximatives auxquelles parviennent les partenaires sont-elles le plus souvent si vagues quelles laissent la place à tous les malentendus. La coquette violemment fardée, vêtue de façon aguichante peut passer par exemple pour une sensuelle douée dune sexualité agressive alors quelle peut fort bien nêtre quune timide, un peu masochiste, qui adopte les dehors dune fille facile dans un double souhait dautopunition et de guérison de sa timidité.
Lexcitation est souvent subordonnée à la mode et à limage publicitaire du moment. Les journaux sont bien significatifs de ce phénomène. Les femmes sont souvent plus sensibles à des défauts physiques très subjectifs. Une dame me racontait quelle navait pas pu faire lamour avec un monsieur charmant parce quil avait une dentition détestable.
Plusieurs couples, mais cest la minorité, avouent que pour faire lamour, ils préfèrent être dans des lieux différents, pour ne pas être avec leurs conjoints. Ils ne voient pas et surtout se sentent plus libre. On a beau trouver lexcuse, me disait lun deux, que cest du plaisir et non pas de lamour, lacte sexuel que lon partage est une communication importante, déjà une complicité de corps où passent plein de choses : odeurs, sensations tactiles. Accepter de se faire plaisir ou de donner du plaisir à quelquun dautre que son amoureux nest pas simple. Il faut déjà admettre quun couple, cest deux individus, et que chacun a droit à sa vie propre. Le plaisir quils ressentent nest pas forcément le même. Lun peut raffoler de la musique, lautre être ému par un coucher de soleil. Le projet du départ de ne rencontrer quun couple souvre très vite, les réunions damis semblent pour tous beaucoup plus satisfaisantes. On peut choisir, me disait une dame, et pas forcément le mari de la dame avec qui mon mari fait lamour.
Dautres mont expliqué que la fixation à un couple est très dangereuse, cela peut être un piège du départ qui a laissé de mauvais souvenirs à plusieurs couples. Ils avaient induit une situation amoureuse et non une situation de plaisir.
Plusieurs couples mont raconté avoir voulu partager leur sexualité avec des amis de longue date. Tout au moins, dans les cas que jai rencontrés, cette situation navait rien amené de positif bien au contraire. En effet des liens affectifs existaient déjà, la rencontre sexuelle avait renforcé ces liens, jusquà une limite insupportable pour le couple légitime. Un de ces couples a même poussé lexpérience jusquà cohabiter à quatre. Mais si deux partenaires vivaient une parfaite idylle, il nen était pas de même des deux autres. Cela se solda par deux divorces.
Très mauvaise expérience aussi dun couple qui a voulu échanger de partenaire tout un week-end. Pour un des deux, une fixation amoureuse les a beaucoup gêné, mais ils ont rectifié par la suite.
Par contre, par le biais de la correspondance, des couples se sont trouvés en présence de connaissances voire de collègues de travail. Ce nouveau mode relationnel na pas posé de problèmes particuliers. Au dire de presque tous les couples, le plus agréable serait une réunion de cinq ou six couples. Mais là encore, il faut beaucoup de temps pour trouver de vrais amis.
Jai été amenée à contacter un groupe dune douzaine de couples, moyenne dâge 40 à 55 ans, niveau culturel universitaire. Ces couples ne se retrouvent pas forcément tous, ni à date fixe. De plus, chacun de son côté fait de nouvelles connaissances quil présente au groupe, si elles semblent convenir. Chaque couple est libre de voir ensuite qui lui plaît. Ils se retrouvent chez les uns ou les autres, mais en particulier chez deux dentre eux, pour les commodités de laffaire.
Pour de telles rencontres, le gros problème, mont-ils dit, cest la tranquillité. Il faut dabord écarter les enfants adolescents ou mariés mais qui peuvent arriver à limproviste, étant toujours chez eux, chez leurs parents... Des histoires assez cocasses où lon a essayé décarter les importuns sont bien sûr arrivées.
Ce qui frappe dans ce groupe, ce nest absolument pas la sexualité mais une amitié très profonde, très réelle. En se mettant à nu, au sens propre, ils sont arrivés à lêtre aussi au sens figuré. Faire lamour demande tout soi. On peut rarement tricher dans des moments pareils !
Ce qui est merveilleux, mont-ils dit, cest la complicité et la grande tendresse qui les lient. Leurs réunions nont rien dune vulgaire partouze. Ils se retrouvent pendant tout un week-end et ainsi ont du temps pour tout. Pour parler dabord, pour partager le repas, pour échanger ensuite des sensations physiques ou des discussions culturelles. Les enfants ne sont pas oubliés dans ces conversations, ni les préoccupations de chacun.
Mais cette situation de manque de tenue fait quils nabordent pas des banalités.
Plus tard des couples se forment pour faire lamour. Dans ces couples comme dautres groupes interrogés, il est rare de voir des amours collectives, cela demande peut être une plus grande détente. Linterdit de lhomosexualité est très fort, surtout pour les hommes. Par contre, lorsque des femmes aiment caresser leurs semblables, les jeux tournent plus facilement vers le collectivisme.
Ce qui est frappant daprès le dire du groupe déjà cité, cest de voir les vrais couples se retrouver pour dormir enlacés. Reprendre dans le sommeil leurs habitudes pour se rassurer certainement. Le réveil pour tous serait merveilleux, cest au moment du petit déjeuner que les confidences seraient les plus fortes. Dans ce groupe, par exemple, chacun avait raconté spontanément ses premiers émois sexuels, les jeux enfantins auxquels ils sétaient livrés.
Il ny a pas que du positif dans ces rencontres de groupe. Deux couples ont posé problème. Ainsi lun deux navait pas un système relationnel très clair ; beaucoup de choses étaient dissimulées. Il leur a été trop difficile voire impossible de partager leur plaisir ensemble. Ils ont préféré mener chacun leurs expériences de leur côté sans en parler. Certains couples nous ont avoué que ce côté secret et interdit faisait partie du piment de leur vie.
Ce choix est totalement différent du projet des couples que nous venons de décrire.
Un deuxième couple à présenté des difficultés conjugales beaucoup plus complexes en ce sens quils en sont arrivés à une séparation vécue très douloureusement par la femme. En fait, lorsque nous avons rencontré le mari, il nous a expliqué que sa démarche vers le pluralisme était tout simplement un désir de libération. Du pluralisme, il est passé à une autre mono-sexualité avec une femme beaucoup plus jeune que la sienne. Il avait conduit sa femme au pluralisme pour se libérer delle.
Certains maris ont été débordés par la nouvelle sexualité de leur femme. Lun deux me racontait que sa femme était très timide et pas du tout intéressée par la sexualité. Puis révélée par la sexualité de groupe, elle avait par la suite des exigences très curieuses. Elle souhaitait des amours très provocantes dans des endroits publics, sexhiber avec plusieurs hommes. Cet homme très tolérant et amoureux de sa femme admettait cela tout en étant dépassé par ces nouveaux fantasmes sexuels, dont il mesurait les conséquences uniquement par rapport à sa propre culpabilité voire son incompétence à lavoir éveillée lui-même ; ainsi quà une notion dimprudence par rapport à sa suggestion. Il sagit là, nous semble-t-il, dune explication de démarche masculine qui tient au désir de se faire peur avec tout ce que cela peut comporter.
Lamour est, ou devrait être une fête sensuelle de toute la participation du corps, la plus infime de ses parcelles épidermiques étant réceptives. Certaines zones, dites érogènes sont plus ou moins sensibles, mais déjà très variables dune personne à lautre. Par contre, lexploration sensuelle dun nouveau partenaire est très excitante. Surtout les femmes mont parlé avec enthousiasme de cette découverte. Pour beaucoup dentre elles, cest ce quelles préfèrent dans le pluralisme. Elles aiment éveiller un homme, leur côté maternel y trouve son compte. Il est aussi plus facile de donner que de recevoir. Cest moins culpabilisant.
Ces femmes mont parlé tout de même du plaisir quelles ont pris avec dautres partenaires que leurs maris. Beaucoup ont cherché ailleurs ce quelles navaient pas chez elles. Cest ainsi que des femmes dont le mari est très paternel, sont très attirées par des hommes très immatures. Linverse est également vrai. Cette confidence concerne les hommes autant que les femmes. Dans lacte sexuel aussi la nouveauté est le principal facteur dexcitation. Plusieurs femmes trouvaient ainsi que leurs maris ne sintéressaient quà lexcitation génitale et à lintromission immédiate alors quelles appréciaient surtout la sensualité de léveil de tout leur corps...
Ces couples mont raconté aussi que le pluralisme avait été pour eux la meilleure école déducation sexuelle. Au contact dautres partenaires, ils avaient acquis de nouvelles techniques, découvert de nouvelles variations, quils reproduisaient ensuite dans leur couple. Le pluralisme les avait aussi valorisé sur leur propre sexualité. La peur de lanormalité qui dissimule bien souvent le désir de nêtre pas comme les autres, était dépassée.
Des détails anatomiques sont ainsi mis en compétition surtout pour lhomme avec son pénis. La comparaison avec les autres hommes sur sa taille, peut par exemple, les valoriser ou les inhiber. Jai reçu dans ce sens plusieurs confidences dhommes. Tout dabord de certains qui ne peuvent pas vivre cette compétition. Dautres voulaient être rassurés sur la normalité de leur pénis.
Ce que jai senti dimportant, cest la façon dont ils se vivent. Un homme au sexe tout petit peut ainsi se sentir très bien, et faire les plus grandes conquêtes, alors quun autre se culpabilise. Cest vrai aussi pour les femmes. Elles naiment pas montrer ce qui ne leur plaît pas en elles. Là encore, cest très subjectif.
Emportés par le plaisir de létreinte, certains oublient la présence des autres participants. Une dame très timide et pas du tout exhibitionniste, me racontait que lors dune soirée chez des amis, elle avait été tout dabord affolée par le nombre de participants surtout dans lespace assez réduit des locaux, jusquà ce quelle trouve chaussure à son pied. Elle avait passé une soirée inoubliable de sensations nouvelles auprès dun inconnu.
Daprès les confidences que jai reçues, ce qui est le plus excitant, cest limprévisible. Quand on rencontre un inconnu, passé la première impression, qui doit être agréable, pour quelle soit poursuivie, la suite ne peut simaginer ; tous les facteurs très intimes rentrent alors en jeu : odeur, grain de peau...
Mais aussi tout le mystérieux de lindividu sil correspond à lautre, cest la fête ; toutes les tendances de chacun qui se complètent ou sharmonisent.
Très souvent les femmes mont avoué quelles se culpabilisaient lorsquelles prenaient du plaisir avec un autre homme que leurs maris, elles restaient souvent bloquées au niveau de lorgasme. Au dire de plusieurs, elles prenaient beaucoup de plaisir avec ces amants de rencontre, mais ne jouissaient vraiment quavec leur partenaire officiel. Dautres mont dit quelles simaginaient souvent en situation de viol. Jai reçu de nombreuses confidences dans ce sens : femmes qui ne peuvent jouir même avec leurs maris que si elles se sentent forcées.
Toute femme qui tentait déchapper à limage ancestrale de proie soumise au désir masculin se voit facilement qualifiée de dévergondée, dallumeuse, voire de nymphomane. Toute la morale de notre XIX siècle bourgeois est basé sur de tels a priori, socialement chargée de maintenir stable la famille, la femme devait être celle qui ignore le plaisir.
La femme considérée par les primitifs comme outil sexuel a gardé au cours des siècles le triste privilège de se voir attribuer comme une évidence le rôle du partenaire naturellement passif dans le domaine des choses de lamour. Ce sont les hommes qui étaient actifs. Même avec des gens dit évolués, des anecdotes amusantes nous ont été contées : Cest moi le coq, avait dit un homme furieux à sa partenaire toute contente de sa position dominante.
Plusieurs femmes mont expliqué aussi que le plaisir de plaire les avaient beaucoup valorisées. La femme qui ne se trouve pas assez belle, est réconfortée lorsquun partenaire admire une partie delle quelle naimait pas : seins trop gros, ou fesses trop larges. Ce besoin dêtre admiré, que nous avons tous, se concrétise lorsque nous plaisons particulièrement.
Certains couples de milieux favorisés nous ont raconté que pour une discrétion plus grande, ils ont préféré aller à létranger, pour tenter laventure du pluralisme.
Dans les années 1970, les pays nordiques permettaient de réaliser tous ces fantasmes. Nous avons ainsi reçu les confidences dun couple de psychologues qui ont fait un vrai pèlerinage. Après plusieurs essais où ils narrivaient pas à passer à lacte, ils eurent à Amsterdam, la chance de pouvoir aboutir.
Voilà ce quils racontent :
Nous avions 43 ans tous deux, mariés depuis 22 ans, toujours très amoureux. Vie sexuelle très réussie, mais sans aucune autre expérience de part et dautre. Très complices et éveillés, nous avions senti le besoin douvrir notre couple, le désir de faire lamour avec dautres gens. Mon mari voulait que ce soit moi qui concrétise cette démarche, dit la dame, et que je choisisse le couple selon mon goût personnel. Par une brochure de spectacles achetée dans un kiosque nous avons trouvé ce que nous cherchions : un genre de club où lon propose par photos un choix très important de couples. Le choix paraissait impossible, dira-t-elle. Ce fut le patron qui fut sélectionné parce quil ressemblait beaucoup à mon mari, ajoute-t-elle, son amie plaisait beaucoup aussi Nous voulûmes rester dans la même pièce, moi surtout pour me rassurer, dit-elle. Le plus difficile fut de se déshabiller devant un inconnu. Puis elle fut étonnée de la sensualité qui se dégageait à la nouveauté dun corps nouveau.
Plaisir physique certainement, mais ce quils expriment, cest le cadeau quils se firent : en voyant mon mari jouir avec cette dame, je nai pas du tout été jalouse, au contraire, jai été très émue comme si je lui donnait toutes les dames de la terre. Je taime pour toutes les femmes que je nai pas connues chantait Prévert par la bouche de Montand.
Jai senti à travers certains couples très solides que linverse pouvait se dire...
Au dire de tous la première fois de ce passage à lacte dans le pluralisme est très importante. Un couple partage ce quil a de plus secret. Chacun donne à lautre le droit au plaisir sans lui. Cest tout un programme et un cheminement qui induit toute la suite de leur amour. Lorsquune barrière des interdits telle que celle-là saute, la porte est ensuite ouverte à plein de permissions. Ce qui ne veut pas dire quil ny a pas des allées et venues dans le sens de la régression. Nous cherchons des autorisations, des échappatoires à notre angoisse, à notre culpabilité plus ou moins sous-jacente.
Lorsque le projet du couple est défini, la règle dor est que lamour, cest avec le conjoint ; seul le plaisir est partagé. Il y a une grande différence assurent-ils entre une relation amoureuse et une relation sexuelle gratuite où mâle et femelle réalisent un phénomène hédoniste. Cela devrait conduire alors à un mécanisme sexuel autonome où il ne sagit plus damour, cest-à-dire de partage, mais dun phénomène ludique gratuit qui nengage en rien, autre chose que sa propre satisfaction.
A linverse, il nest pas négligeable de constater que ces types de relations qui veulent se dire libérées, peuvent conduire à des phénomènes émotionnels, dont le couple a à sexpliquer ensuite.
Nous avons pu entendre des témoignages de difficultés conjugales issues de lien occasionnel dont lun ou lautre des partenaires légaux sinquiétaient. Jai surtout eu les confidences des femmes de ces couples échangistes. La plupart navaient eu de relation sexuelle quavec leurs conjoints avant de se lancer dans le pluralisme. Au départ elles avaient été très réticentes car elles avaient du mal à dissocier lamour quelles avaient pour leurs maris davec le plaisir physique.
Dans lesprit des femmes, on ne fait lamour que si on est amoureuse. Là est la grande différence avec lhomme. Cest tout au moins ce quon avait induit chez les deux sexes. Dailleurs, pour cette génération, une femme libre est une putain.
Limage idéale de la mère a aussi retenu beaucoup de femmes. Que penseraient mes enfants sils savaient ? Un couple est ainsi venu me voir affolé parce que leur fils adolescent avait découvert cette sexualité un peu particulière de leurs parents. Le fils, très choqué avait accusé le père de prostituer sa mère. Il a fallu beaucoup de temps à ce couple pour rétablir la situation.
Limage de marque que chacun représente fait aussi hésiter plus dun : Les gens honorables ne font pas lamour en public.
Ces couples mont raconté que dans les premiers temps de cette recherche, les émotions étaient très fortes, au niveau de braver les interdits, puis quaprès cela devenait plus banal donc moins amusant.
Les règles très strictes que le couple sétaient faites au départ ne sont pas toujours concordantes. Parfois chacun des complices construit son projet indépendamment de lautre : lun et lautre ayant projeté des phénomènes imaginaires tout à fait différents de la corrélation. Il nest pas évident que les cas didentité des triangles semblables soient réalisables. La recherche du phénomène dégalité semble bien être une démarche perpétuelle mais que lon peut considérer comme illusoire. Nous ne pourrons jamais imaginer une rencontre de gens équipés différemment au niveau du plaisir, sans imaginer quil sagit toujours de fantasmes confrontés. Souvent ces couples cherchent ensemble des phénomènes du type ludique, plutôt que sexuel. On a peur de se faire peur, et la réassurance consiste en des retrouvailles que lon nous a souvent contées. Dans ces phénomènes déchange, en voyant sa femme reconquérir ses possibilités de séduction, très souvent cest lhomme triomphant au départ qui manifeste ensuite le plus de jalousie.
Il y a dans cette situation une forme de jeu provocateur, et souvent solitaire. La séduction est un pari par rapport à lautre. Lhomme et la femme relancés dans la compétition amoureuse redécouvrent lenvie et le besoin de plaire.
Ces couples apparemment très libérés nous ont avoué quils avaient été jaloux, parfois de détails anodins.
Ainsi, une dame furieuse me racontait quelle avait entendu son mari appeler une autre dame gamine en faisant lamour, appellation qui lui appartenait. Ainsi, ce sont souvent des détails qui peuvent paraître anodins, qui accrochent la sensibilité de lautre.
La pensée des positions ou des situations particulièrement licencieuses est une chose, mais la réalisation est tout autre. Ce passage à lacte nest jamais anodin, ni lourd de conséquence pour soi et son conjoint.
Lacceptation dun contrat de vie collective provisoire, voire dune soirée, apporte souvent à lun ou à lautre des réalités intérieures, que lon ne peut prévoir. La réussite de cette expérimentation dépend manifestement de la conjugaison affective des deux partenaires et surtout de la qualité de leur communication. Comme pour toute réunion quelle quelle soit, il y a lavant, le vécu, et laprès.
Les couples mont raconté être passés par des stades très divers. Le premier pas effectué, ils pensaient quil ny avait guère de différence entre le plaisir sexuel et celui de la table, mais cétait nier lacte amoureux : le ramener au plaisir uniquement physique. Lêtre humain na pas quun corps, un sexe. Il ne peut laisser tout le reste au vestiaire. Cest encore un faux fuyant et une grosse hypocrisie de dire quon ne fait lamour quavec son corps. Cela ressemble à la danse de nos grands-parents, où lon prônait que cétait pour le plaisir de la danse et non de la personne quon avait dans ses bras.
Ce qui est important dans lacte amoureux, cest le partage, léveil des sensations et des émotions. Comme le postulait Férenczi on peut considérer aussi bien le sommeil que lacte sexuel comme une régression à létat de vie intra-utérine. Cest ainsi que certains hommes rejetés par leurs mères dès la conception, ne peuvent pas supporter la chaleur du vagin dune femme. Des frustrés, meurtris de la petite enfance, beaucoup restent toujours des abandonniques enfants qui nont pas été importants pour quelquun, pas choyés, mal aimés. Les gens qui ne pourront jamais être adultes ne peuvent pas vraiment partager une sexualité. De plus il faut saimer soi-même pour être bien avec lautre.
Tout être même très frustré ressent, même sil sen défend, limportance dune communication vraie.
Il semble dailleurs que certains à la carapace très forte se laissent aller parfois, lorsquils font lamour, à être vraiment eux-mêmes. Très peu de temps, ils se donnent ou donnent à lautre ce quils ne peuvent pas faire dans la vie courante, et même parfois à leur conjoint qui peut leur rappeler une mauvaise relation oedipienne ou autre. La connaissance secrète de la véritable personnalité du partenaire est souvent si éloignée du visage extérieur, officiel, social, que cest une émotion extraordinaire de le découvrir. Cela pose alors problème au couple. Où est la limite, jusquoù ? Cest affaire de seuil personnel, cest là que chacun doit se situer par rapport à ses exigences personnelles et ses exigences de couple.
Une dame me racontait quainsi elle sétait donnée une première limite : si un homme me plaît vraiment, disait-elle à son mari, je ne ferai plus lamour avec lui. Bien sûr, cela sest produit. Elle en avait parlé et son mari très sûr de lui lavait encouragé à continuer cette relation, très épanouissante pour elle. Son récit laissait transparaître quelle avait eu une toquade pour cet homme. Mais cet engouement passager navait en rien altéré la relation profonde quelle avait avec son mari. Ce couple profondément amoureux et complice est allé plus loin dans leur projet amoureux. Ils mont raconté quils se faisaient des défis, se donnant par exemple, deux heures pour draguer chacun, de leur côté, puis ensuite joyeux et excités, ils se retrouvaient. Ce couple sest senti assez solide pour aller plus loin. Ils pensaient que chacun pouvait se faire plaisir de son côté, que la communication affective quils avaient entre eux était plus importante que la fidélité physique. Il y a plusieurs années que ce couple vit ainsi amoureux et complice : mais les choses se sont faites très progressivement, chacun prenant de lassurance dans lamour de lautre.
Ils mont expliqué ce quest la complicité vraie : cest pour eux quelque chose de très exigeant. Ils ne font lamour avec dautres personnes que lorsquils se sont retrouvés entre eux, pas forcément physiquement. Dailleurs, lautre est toujours présent en eux. Cest ce qui gêne parfois leurs amis qui le sentent, mont-ils dit en riant. Ils vivent une sexualité très ouverte où chaque partenaire est sûr de son identité et fait confiance à lautre. Pour eux, il existe des possibilités nouvelles de relations subsidiaires. Sils ont des rapports extra-conjugaux, cest sur la base de leur propre relation intérieure, cest-à-dire parce quils ont éprouvé la maturité de lamour, quils ont une confiance réelle, quils sont capables dexpansion personnelle, damour et de plaisir avec les autres, et capables aussi de réinvestir cet amour et ce plaisir dans leur propre couple sans jalousie.
Le difficile est là. Que peut-on donner à lautre qui nest pas son conjoint sans léser ce dernier ? Tout cela est affaire de seuil personnel. Le plus important, cest de se sentir unique et le préféré. Cest la situation de moins ou dexclusion qui est insupportable.
La jalousie est un sentiment fort, cest davantage une réaction quun sentiment, une réaction provoquée par la crainte dune perte de propriété. La relation triangulaire que lenfant a déjà vécu avec ses parents, tend à réapparaître toutes les fois que se présente une situation réelle ou redoutée de structure similaire de rivalité ou denvie. La jalousie tire son origine dans une confusion de soi et dautrui. On prête ou on ne prête pas. En général, on tente de prêter à qui on fait confiance, ceci est vrai dans le domaine du pluralisme, autant pour lhomme que pour la femme, et le jeu et les règles du jeu sont souvent réciproques. Cependant ces couples sont très paradoxaux. Ils ont du mal à accepter la complicité avec quelquun dautre que leur conjoint, mais lacte amoureux est une complicité, déjà une communication corporelle très importante. Chacun essaie de trouver son seuil. Jai reçu ainsi les confidences dun homme qui mexpliquait sêtre trouvé devant un dilemme quand une partenaire lui avait demandé de faire lamour dans la baignoire. Il avait refusé car cétait une situation dont raffolait sa femme. Cela aurait été la tromper ajoutait-il.
Dans la vie courante, la propriété de lun par rapport à lautre, prend une importance considérable. Déjà au Moyen Age, au cours des rites du mariage, lépoux posait publiquement le pied sur celui de son épouse avant de la déflorer, ce qui signifiait que désormais, elle était sa possession.
De tous temps, linfidélité physique est ressentie comme une incompétence, avec tous les troubles de sa propre identité.
Cest le regard de lautre apprécié subjectivement qui conduit à ces angoisses.
Lenfant a manifestement peur de lautre représentant, ou sa mère ou son père, quil ne peut conquérir malgré un équipement organique quil considère comme possibilités de conquête. Quil sagisse par exemple de seins naissants de la fille ou des érections matinales du garçon. Tout cela est accentué par le quand dira-t-on. Le cocufiage fait la risée de tous. Ce phénomène a fait le bonheur de nombreux littérateurs à travers les siècles. Ajoutons que dans le mécanisme du trouble, cest beaucoup plus lautre, que le sujet qui est connu comme incompétent.
Jai un instinct possessif, je suis jaloux, me confiait un mari, mais en même temps, je suis politiquement et foncièrement engagé pour la libération de la femme. Accorder à ma femme la liberté sexuelle que je prône, est pour moi très difficile. Il me raconta comment voulant surmonter cette difficulté, il avait vécu une expérience atroce : il sétait trouvé bloqué avec lautre dame tant il guettait sa femme. Il navait pu supporter de lentendre jouir dans les bras de lautre homme. Dautant plus, que sa femme, très réticente, sétait laissée convaincre et avait dit : tu las voulu, tu las eu.
La tromperie du mari malin ou de la dame adroite nous ont paru rare dans cet échantillonnage. Ainsi, nous avons pu constater que par rapport à ces phénomènes collectifs, très peu de rencontres individuelles et secrètes avaient existé.
Il sagit donc, bien dun phénomène de fête, certes bien particulière, mais dont la complicité est toujours présente. Il semble toutefois à travers nos expériences quil y ait tout un cheminement entre le besoin et la réalisation du désir. Par exemple, si lorganisme signale quil est déshydraté, tous les mécanismes du désir interviennent et impliquent un choix possible. Jai soif, je désire telle boisson : mais la réalité du moment me conduit à me satisfaire de ce que je peux trouver ou négocier compte tenue de mes possibilités déchanges avec les éléments naturels comme, et surtout avec les autres.
Il en est ainsi, aussi de la sexualité. Je rêve dun acteur de cinéma par exemple, mais je me contente dune adaptation à un ou à une autre. Beaucoup rêvent ainsi en faisant lamour à une tierce personne.
La polyvalence et lambiguïté du désir conduisent dans le cadre du pluralisme à des choix quelquefois très paradoxaux. Par exemple, un monsieur qui vit et qui aime une femme très maigre dit que dans lexercice de la sexualité de groupe, il se précipite sur les dames bien en chair.
Dans lesprit de beaucoup de gens, les personnes qui pratiquent la sexualité de groupe seraient perçues comme des champions de lamour. On fabule toujours sur ce qui tente et fait peur... Mais champion, quest-ce que cela veut dire ? Certains lattribuent au nombre de partenaires avec qui ils ont pu faire lamour dans une soirée. Daprès ce que jai pu constater, une minorité cherche non le score, mais la qualité de la relation.
Certaines femmes aiment aussi faire lamour avec plusieurs hommes en même temps, ou à un rythme qui ferait penser à celui de la prostituée. Cest ainsi quun couple parisien louait un petit studio en plus de leur domicile, pour ces soirées partouzes. Lhôtesse faisait même un petit bénéfice en faisant payer les hommes célibataires. Elle avait même trouvé un étalon noir ou les femmes les unes après les autres venaient sempaler sur ce phallus géant. Cet esprit un peu dégradant delles-mêmes, de femme objet, les déculpabilisaient peut-être.
Des maris aiment aussi voir leurs femmes dans cette situation, ce côté de femme putain excite une certaine catégorie dhommes. Plusieurs femmes mont raconté avoir été choquées pendant lacte amoureux de la vulgarité du langage de messieurs apparemment très bien élevés. Ces hommes pour sexciter ont besoin davilir la femme, de la traiter de salope et de putain. Dans ce cadre de soirées collectives, il apparaît quun code relativement informel interdit tout langage amoureux entre partenaires occasionnels. Une dame me relatait quelle était furieuse quun homme autre que son mari lappelle chérie en faisant lamour. Elle trouvait cela tout à fait déplacé.
Cette situation exceptionnelle de sexualité collective libère des pulsions verbales qui sont dans la vie quotidienne parfaitement contrôlées. Il semble que les histoires grivoises si fréquentes dans les réunions dhommes nont pas droit de cité dans ce type de rassemblement. La sexualité est plus franche et na pas besoin dalibis.
Depuis que je fréquente ces rencontres multiples, me racontait un monsieur, je nai plus du tout la même façon de voir les dames : avant je fantasmais de suite devant un corsage un peu trop échancré ou une jupe trop fendue, ce côté de la femme objet mintéresse beaucoup moins, par contre, jai découvert une possibilité de léquilibre de léchange ; et remis en place des notions acquises de domination virile.
Habituellement le langage amoureux est très faible ; la communication verbale est très rare ; dabord parce quon ne nous a pas habitué à communiquer à ce niveau, puis surtout parce quon a peur de communiquer à lautre ses désirs. Beaucoup de couples légitimes souffrent de ce non dit. Un grand malaise vient souvent de la confusion de son désir propre avec celui de lautre. Un monsieur très étonné mexpliquait quil avait tout acheté à sa femme pour lexciter : des livres érotiques, des vêtements sexy ; il était surpris que cela la laisse froide. Ce fut difficile de lui faire comprendre que sa femme navait pas forcément les mêmes désirs que lui.
Certains témoignages féminins que jai reçu, sont très sévères sur la sexualité des hommes. Plusieurs femmes pensaient que les couples qui osent se risquer dans la sexualité de groupe sont les plus évolués. Il nen est rien, semblerait-il. Cette démarche un peu particulière ne correspondrait pas forcément avec une sexualité débordante ni avec des pratiques particulières de lacte amoureux. Jai reçu seulement deux confidences dans ce sens : tout dabord, dune dame ahurie parce quun homme lui avait demandé duriner dans sa bouche. Le premier émoi passé, elle sétait exécuté, un peu inquiète de la suite des événements Une autre sétait vue invitée aux services dun chien pour lui faire un cunnilingus.
Un groupe réuni de plusieurs femmes pratiquant la sexualité de groupe avec leurs maris, mont expliqué comment elles classaient leurs partenaires :
- ceux qui peuvent rester en érection autant quelles le désirent, un peu comme un godemichet, ce ne sont pas forcément, mont elles dit les plus agréables.
- ceux qui sont très sensuels, et compensent ainsi une virilité plus faible.
- ceux qui se font lamour tout seul ; confondant leur plaisir avec celui de leur partenaire.
A ces trois catégories dhommes sajouteraient les plus mal vécus par elles : les éjaculateurs précoces, qui en plus ne savent rien faire pour compenser.
Plusieurs femmes mont expliqué quelles sentent très fort les dispositions de lhomme à leurs égards; lérection de celui-ci en est la première preuve ; cest un grand pouvoir pour la femme que dériger un phallus, de voir concrétiser le désir quelles suscitent. Elles mont dit aussi, sentir la façon dont lhomme percevait la femme. Cette sexualité collective ne serait pas réservée aux hommes qui sont parfaitement à laise avec les femmes, bien au contraire. Si elles ont rencontré avec ces couples légitimes peu dhommes qui les considèrent comme des objets sexuels, elles rencontrent parfois des hommes qui ont très peur des femmes, souvent à lorigine par problème maternel ; elles reconnaissent, mont-elles dit, en faisant lamour, les relations quils ont eues avec leurs mères. Certaines à ce moment-là, croient à la magie de lacte amoureux, qui pourrait compenser et pourquoi pas guérir...
Ces témoignages si durs ne sont pas la majorité. Par contre beaucoup ont insisté sur la communication profonde, sur lémoi et léveil sensuel que leur avait révélé cette sexualité multiple. La plupart des femmes que jai rencontrées, appréciaient davantage dans une soirée une seule relation réussie à une multitude de contacts.
Autant lhomme que la femme souhaitent avant tout être reconnus pour eux-mêmes, non comme un objet sexuel. Pourtant une catégorie de couples bien précise apprécient ces débordements physiques, où ils peuvent se laisser aller à faire des incongruités, me racontait un monsieur très guindé ; ainsi il cherchait des partenaires différentes pour chaque rencontre où lanonymat lui permettrait une plus grande liberté.
La réussite de la rencontre dépend des deux partenaires du couple institué ; tous en sont persuadés. Elle est due surtout à labandon dans lacte amoureux, mais cela ne se commande pas. Même avec un même partenaire, chaque fois est différente et unique. Cest vrai tout autant avec le conjoint quavec un partenaire occasionnel. Létat dâme de chacun est très variable et les deux réunis encore plus. Cest pour cela que lacte amoureux est parfois une fête très violente, un acte banal ou même parfois déplaisant. Cet abandon très important peut faire que chacun se donne à lautre, se laisse aller sans limite ce qui est très rare.
De nos jours, nayant plus dinterdits, pour les deux sexes la sexualité est devenue un acte banal, un plaisir innocent entre le jogging et la télévision, une performance. Dans son livre récent, La tyrannie du plaisir, Jean Claude Guillemaut explique : la sexualité contemporaine a fait de lautre un simple vis à vis, un outil masturbatoire et susceptible dévaluation. Le sexe est devenu un marché capitaliste, dit-il aussi, alors quau départ cétait une libération, nos démocraties fondées sur la liberté et lindividualisme sont devenues plus répressives et tyranniques y compris en matière de sexe. Entre une morale de la culpabilité et un immoralisme coupable, il reste à inventer, suggère-t-il, une éthique de lamour et de la responsabilité, surtout au temps du sida.