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Entre commerce du sexe et utopie
L'échangisme

Actes du premier séminaire européen sur l'échangisme de Toulouse (19-20 et 21 mars 1998)





La “Planète échangiste” de Barcelone

Beatriz Karottki - Universitat Rovira Virgili Tarragona


Voici, le second rapport rendant compte de notre investigation actuellement menée auprès de la “planète échangiste” en Catalogne ; plus particulièrement centré sur la ville de Barcelone, il sera structuré comme suit

1- Le point sur l’investigation.
2- Méthodologie et questionnements épistémologiques.
3- Les boîtes, les clients, et autres expressions de la “Planète échangiste”. Extraits d’une ethnographie.
4- Les revues échangistes et le Festival de Cinéma Erotique.
5- Et le sida dans tout ça ?
a) Quelques pratiques et discours...
b) Institutions de lutte contre le sida à Barcelone ; première approche.


Dans ce rapport, il est parfois fait mention de textes ou de discours extraits de notre journal de terrain (JdT), librement traduits de l’espagnol, nous n’avons pas toujours pu rendre la nuance expressive de la langue d’origine ; ajoutons que ce rapport ne se veut en rien définitif et reste ouvert à de possibles modifications.

1- Le point sur l’investigation

Depuis le mois de Juillet de l’an passé, l’investigation de la “planète échangiste” catalane s’est effectuée à différent niveaux. D’une part, nous avons poursuivi l’observation participante dans quelques-unes des boîtes échangistes barcelonaises; d’autres part nous avons entamé la constitution d’une bibliographie minimale qui puisse nous aider à décrire et construire de manière critique nos observations, quelques entrevues ont été également réalisées, enfin, pour mieux appréhender certaines dynamiques sociales en rapport avec notre sujet d’étude, nous avons élargi nos observations à des activités autres que celles circonscrites aux seules boîtes. Nous comprenons qu’on ne peut interpréter certaines réalités sociales sans les avoir auparavant décrites, toutefois nos observations sur le terrain nous ont conduit à rester critiques devant le choix et l’usage d’un corpus conceptuel qui puisse être utile, en terme d’adéquation, à notre investigation.

Cette enquête à été dirigée initialement par une seule personne qui a partagé cette activité de recherche avec une activité professionnelle et des études de 3ème cycle en Anthropologie de la Médecine. Cette situation, venant s’adjoindre aux difficultés déjà mentionnées dans le 1er rapport, en explique la lenteur du déroulement.
Ainsi, après avoir surmonté certaines “peurs” qui nous accompagnaient au début de cette investigation, pouvant accéder et être reconnu dans le milieu échangiste comme “anthropologue” et “femme seule”, nous avons ensuite pensé qu’un couple d’investigateurs (homme-femme) pourraient apporter plus d’informations sur certaines dynamiques qui se produisent entre les personnes et les couples échangistes. Au cours de cette enquête, nous avons donc abordé la “planète échangiste” comme : “femme seule”, puis en groupe de 3/4 personnes, et en couple (homme-femme) ; les résultats et les dynamiques d’interaction sont, dans chaque cas, différents.
L’accès à la “planète échangiste” n’est pas facile pour une personne isolée. La fatigue ou l’heure tardive peuvent également demander un effort supplémentaire à l’investigateur pour s’habiller en tenue adéquate et sortir. Faire partie d’un équipe (même de 2 personnes) aide à surmonter plus facilement ces moments de “faiblesse”.
La communication entre investigateurs sur ce qu’ils sont en train d’observer et de décrire et primordiale, la confrontation des points de vue, notamment lors des situations problématiques, est particulièrement fécond, tant au niveau de l’expérience personnelle, qu’au niveau de la recherche et de la construction des hypothèses de travail.

L’observation a pris en compte d’autres réalités sociales. L’échangisme tel qu’il se pratique à Barcelone s’inscrit dans le large éventail des changements socio culturels que subit la société hispano-catalane, mutations que caractérisent aussi certains éléments définissant la modernité (croissance de l’organisation - sous forme de contrôle social - accompagné d’importants procès techniques qui réorganisent le temps et l’espace des expériences quotidiennes des individus et des groupes sociaux).
Il existe un important processus d’individuation et d’appréhension de la réalité sociale qui fragmente et atomise les connaissances que, sur cette réalité, construit le savoir scientifique et, en conséquence, toute la société.

Confrontées aux mutations socio-culturelles, les anciennes structures formelles qui sous-tendaient les expressions traditionnelles de la vie sociale évoluent rapidement vers de nouvelles formes du vivre-ensemble qui délimitent de nouvelles stratifications sociales et frontières culturelles. On assiste ainsi à un processus de mondialisation technique qui pourrait normaliser et universaliser certaines activités humaines sans produire, pour autant, des réflexions au sujet des relations de pouvoir qui sont déjà instaurés dans la vie sociale espagnole ; parmi elles les relations entre les genres et la gestion du patrimoine familial.

L’échangisme vient s’inscrire dans l’univers social précédemment décrit en tant qu’activité humaine de loisirs (1), plus ou moins institutionnalisée, et soumise au pouvoir des médias, et aux discours que, sur la sexualité et les relations de genre (2), produisent les différents agents et institutions sociales.

On peux donc facilement comprendre la difficulté qu’il y a à définir et à décrire certains des aspects inhérents à cette activité humaine; une activité tant symbolique que physique, activité que les institutions sociales - dans un premier moment par le biais du discours bio-médical - on conceptualisé historiquement comme “sexuelle”. C’est donc pour cette raison que la sexualité doit être définie à la fois historiquement et socioculturellement dans le contexte hispano-catalan.

Mais parce que la sexualité en tant que construction socio-historique n’est en rien une essence et n’en reste donc pas moins soumise à des changements induits par la dialectique sociale et par les relations de pouvoir qui se jouent dans la société, on peut penser que la sexualité n’échappe pas à ces mutations.

2- Méthodologie et questionnements épistémiologiques

D’après certains auteurs, la méthode qualitative, bien que ses résultats ne soient pas généralisables, serait à même d’apporter à l’investigation quantitative un complément d’informations signifiantes.
Quant à nous, cherchant à constituer une bibliographie sur notre sujet d’étude, nous avons entrepris une recherche d’articles. Aux entrées “sexualité” et “sida”, la plupart sont publiés dans des revues spécialisées traitant des maladies sexuellement transmissibles. Partant des résultats donnés par des approches quantitatives leurs auteurs ne pouvaient rendre compte de la complexité des attitudes, connaissances, perceptions, comportements individuels et sociaux quotidiennement présents dans la société.
En effet, cerner cette problématique n’est certainement pas si simple. C’est pour cela que le travail de terrain prend toute son importance, car il s’agit alors de prendre en compte les relations entre les individus et leurs interactions symboliques, d’observer leur construction de signification et leurs pratiques, pour mieux appréhender et décrire ce qui se passe ainsi que spécifier les limites des constructions théoriques, lesquelles se mettent en place sur la base les acquis des sciences dites “dures” qui construisent leur savoir depuis des processus de déduction qui, souvent, sont dépassés par la réalité sociale.

Ces derniers mois l’observation participante s’est poursuivi dans les locaux de “ambiente liberal” (3) ainsi que dans d’autres lieux susceptibles de rentrer dans le cadre de notre recherche ( on pense notamment au Vème Festival du Cinéma Erotique à Barcelone ), et à certains lieux publics et espaces communicationnels où on peut contacter, assez facilement, des couples et des personnes échangistes ( parcs, Internet ...).

Quelques entrevues ont également été réalisées avec des responsables et des travailleurs des “locaux d’échange” ainsi que des pratiquants/es de l’échangisme. L’approche directe à été utilisée, mais nous avons également eu recours à la médiation de personnes qui nous connaissait ( profitons en ici pour les remercier, par souci de confidentialité les noms réels ne seront pas donnés... )

Cette technique, qui vise spécialement les personnes proches des celles qui font la médiation pratique l’effet “boule de neige” : je connais quelqu’un qui me présente quelqu’un d’autre, et ainsi de suite...
Les avantages en sont évidents, comme les personnes connaissent à l’avance l’investigation, la préparation de l’entrevue peut être convenablement menée et on peut utiliser des magnétophones ou d’autres instruments pour prendre des notes directement sur les conversations, procédé qui facilite énormément la tâche de l’investigateur. Les inconvénients sont surtout liés à la gestion du temps, il peut s’écouler plusieurs semaines jusqu’à une nouvelle prise de contact, mais d’un autre coté, les contacts établis sont plus sûrs et peuvent être réitérés, le contenu informatif peut ainsi s’amplifier au cours des rendez-vous ultérieurs.

Une recherche bibliographique à été initiée pour, dans le cadre de cette ethnographie ainsi que sur les thèmes en relation avec la sexualité en général, la construction des relations de genre, etc. faire le point sur le sujet. Nous incluons également dans cette démarche la lecture et l’analyse des revues publiées par/pour les personnes concernées par la “planète échangiste”.

Le lecteur pourra se demander pourquoi, contrairement à l’ordre habituellement suivi, on aborde ici la méthodologie avant les questions d’ordre épistémologiques. Les extraits de notre journal qui vont suivre (traduits ici de l’espagnol) permettront peut-être de mieux en comprendre le pourquoi.

“Une des premières questions que je me suis posé quand j’ai voulu m’introduire dans les boîtes échangistes, était la suivante : “Quelles sont les types de relations sexuelles que je vais observer?”

Ma conceptualisation initiale était donc celle qui a été construite par un discours biomédical autour d’un objet central : la “sexualité humaine” ; autrement dit, j’allais observer des “relations hétérosexuelles à partenaires multiples”. Première erreur.

Parler de la “sexualité humaine” comme d’un universel est une prétention qui à du se soumettre à la critique des disciplines sociales (anthropologie (4), philosophie (5), sociologie ), lesquelles n’ont pas tant cherché à déterminer les éléments constitutifs de cet “objet d’étude” mais bien plutôt remis en cause les prétentions an-historiques de ce concept.

Il ne m’a pas été facile d’arriver à cerner la part ininterrogée de mes propres préconceptions quant à la définition de mon “objet” d’étude. Pour rendre ce concept opérant dans le cadre de notre étude on ne peut procéder à une analyse socioculturelle de la sexualité sans avoir auparavant redéfini ce concept à partir du point de vue des sciences sociales, ici l’Anthropologie de la sexualité en particulier, point de vue qui diffère notamment de ceux que proposent la médecine, la psychanalyse ou la biologie.
Dès lors, on ne peux plus concevoir la “sexualité” comme n’étant qu’une structure humaine biologique, chimique et/ou instinctive, “plaqué” sur d’autres structures organiques ou psychologiques; on ne peux plus parler, en tant qu’anthropologues socioculturels, d’évolution biologique où ontogénique de la sexualité.
Par contre, on doit rappeler que la sexualité est une construction sociale; une des formes possibles d’être dans/et voir le monde, une forme de - pouvons nous le dire ? - culture hétérogène et qu’on doit/peux apprendre par divers moyens, moyens que l’on peux décrire déconstruire et reconstruire; lesquels connaissent des limitations sociales et sont en relation complexe avec d’autres formes d’être et de voir le monde. On doit également en questionner, tant au niveau social qu’individuel, les éléments relationnels et symboliques.

“Hétérosexuel”, “homosexuel”, “bisexuel” sont des catégories conceptuelles dont j’ai rapidement du réviser le contenu. En effet, comment décrire des relations sociales et symboliques qui allaient bien au-delà de la simple relation physique telle qu’elle peut exister entre des corps sexués ?
Si véritablement la sexualité excède ce qui se laisse déduire des définitions physiobiologiques et psychologiques, comment rendre compte de cette complexité en ayant seulement recours aux concepts issus du discours biomédical, lesquels tout en pouvant être très valides sur ces derniers domaines, sont clairement inopérants pour les analyses socio-anthropologiques d’ordre qualitatif?...” (JdT, Septembre 97)
Il nous semble que la construction de nos hypothèses ne pouvait faire l’économie de ce questionnement, lequel est apparu au cours de la constitution de notre ethnographie et s’est révélé important pour la bonne conduite théorique de l’investigation-action qui à suivi.
C’est pourquoi la présente étude n’a pas uniquement axé son observation et ses interprétations sur les seules perspectives théoriques issues du concept hétérosexiste de “sexualité”. On est encore loin de pouvoir apporter un texte cohérent, mais on a pu lire des approches théoriques intéressantes d’auteurs qui proposaient d’autres concepts, tels que le "Queerness". (6)

Dans d’autres recueils ethnographiques, les personnes interrogées ne percevaient pas nécessairement leur activité - pourtant pré-définie par l’observateur- comme étant “sexuelle”. Laisser les acteurs exprimer ce que eux considèrent comme étant “sexuel” ou “non sexuel”, et où se trouvent les limites qui marquent cette sexualité, permet ainsi de mettre à jour d’autres limitations sociales symboliques et pratiques qu’établissent le discours des sciences en soumettant à un fort processus de réification (7) un “objet” qui n’est justement pas une entité objective. Ainsi, par exemple, certains échangistes différencient-ils conceptuellement dans leur relation de couple les aspects dites “physiques” de plaisir, de “jeu” du registre émotionnel et affectif, et d’autres aspects qui sont en relation avec la procréation et/ou le désir d’avoir d’enfants et crér une famille dans le sens traditionnel du terme. Néanmoins, cette fragmentation conceptuelle n’est pas présente -en cette ou autre forme- chez toutes les personnes qui pratiquent l’échangisme et, quoi que la fragmentation conceptuelle soit un des éléments qui caractérisent la perception cognitive de subjectivité des individus qui vivent dans la modernité, tel qu’elle est décrite par certains auteurs comme Giddens, on peux trouver dans les discours des échangistes différentes formes d’en parler et comprendre cette activité. D’un autre coté on sait aussi que certains groupes sociaux construisent leur identité sur la base d’orientations sexuelles déterminées mais il n’en est pas ainsi pour tous. Il ne faut pas non plus oublier ce fait dans notre approche.

Wittgenstein pensait que les acteurs eux-mêmes devraient définir les concepts qu’ils utilisent, et on se demande si vraiment ce qu’on croit être la signification d’un concept est partagé par les autres personnes et groupes sociaux qui nous entourent, on peux en effet assez vite observer que ce que recouvre le terme de “sexualité” ou d’autres concepts comme : “hétérosexuel”, “homosexuel” ou “bisexuel”, n’est pas unanimement compris et utilisés par tout le monde. La “sexualité” se prête mal à un travail scientifique de conceptualisation. Cette approche se révèle clairement insuffisante pour rendre compte de ce qui est une (parmi d’autres) forme sociale d’entendre, d’expérimenter et d’utiliser les corps et les plaisirs que ceux-ci peuvent apporter.

Comme nous commente Doty (8) :
“De Lauretis define con precision la cualidad exclusiva del “queerness” de la manera que yo quiero sugerir en mis lecturas de la cultura de masas cuando lo describe como “a la vez interactivo y resistente, simultaneamente participativo y distinto” (De Lauretis, “The Queer Theory. Lesbian and Gay Sexualities, An Introduction” Differences 3, n&Mac251; 2, 1991).
(...) El queerness en la forma en que en este libro se usa, es una cualidad relacionada con cualquier expresion que puede ser marcada como contra-, co-, o anti-heteroexitsa.
(...) En este libro existen intentos de mediacion entre el impulso por desconstruir las categorias sexuales y de generos existentes, y la sensacion de que estas categorias necesitan ser tomadas en cuenta porque representan posiciones culturales y politicas importantes.” (9)
Cette complexité requiert donc en parallèle à celles qu’ont déjà proposé d’autres sciences, le complément d’approches socioanthropologiques.

3- Les boîtes, les clients et autres expressions de la “planète échangiste”. Construction d’une ethnographie

Il y a actuellement dix boîtes (10) dans la ville de Barcelone. Certaines pourraient êtres qualifiées d’ “échangistes” ou de “fréquentation” (11). Leur distribution géographique est très variable mais elles sont généralement localisées dans les quartiers du centre de la ville (Eixamble,...).

D’accès facile, elles sont annoncées dans les revues spécialisées, certaines le sont également par le biais d’une petite revue bimensuelle qui propose attractions, lieux d’intérêt turistique, lieux “branches”, et différentes autres activités de la ville (12) à un plus large public.

L’extérieur des boîtes passe généralement inaperçu aux yeux de ceux qui ne cherchent pas à visiter ce genre de lieux; si certaines plaques mentionnent que l’on se trouve à l’entrée d’un “Club de Couples”, d’autres devantures n’indiquent rien. Parfois encore, c’est un concierge qui nous demande aimablement où nous voulons aller et qui, discrètement, nous montre le chemin.
La plupart des boîtes échangistes donnent sur la rue, mais elles peuvent aussi bien êtres situées dans des caves ou au dernier étage d’un immeuble. Un ou deux établissements ne communiquent leur adresse que par téléphone.
Dans notre premier rapport nous avons déjà abordé la question de la distribution des espaces intérieurs des boîtes. Ceux-ci se distribuent en espaces “libres” ou “publics” : où l’on accède directement quand on rentre ; un bar, une salle de séjour/espace de convivialité , une piste de danse...
En espaces de “circulation” ; les corridors qui permettent l’accès aux espaces “publics” et “privés” et les salles de bain.
En dernier lieu, on trouve des espaces plus “privés” où peuvent se dérouler les rencontres “sexuelles” ou “non sexuelles” ( selon la catégorisation des acteurs ) : pistes de danse faiblement éclairées, salles avec des lits de différentes grandeurs, jacuzzi, chambres privées,...
Quelques boîtes ont introduit dernièrement dans leur mobilier une table de billard. Ainsi, les clients - souvent des hommes seuls, mais aussi des couples ou des groupes- peuvent jouer au billard et laisser passer les heures sans avoir besoin de visiter - en aucun moment de la nuit - les espaces privés. On trouve un nombre important de gens qui, même s’ils sont des clients habituels, ne pratiquent l’échangisme qu’occasionnellement (certaines personnes nous ont avoué préférer aller dans une boîte échangiste plutôt qu’aller dans une discothèque) Ils prennent un verre en attendant, où non, que quelqu’un les invite...
Les boîtes sont habituellement peu éclairées. Les lumières y sont tamisées, dans des tonalités rouges, jaunes, ou bleu pour les espaces “publics” et deviennent de plus en plus indirectes et faibles dans les lieux où on pratique le “jeu” (13) ; on peut aussi trouver dans certaines boîtes des “chambres/coins” complètement obscurs, où l’on n’arrive pas à distinguer les visages des personnes qui s’y trouvent .

La porte d’accès est toujours fermée. Ce qui oblige les visiteurs à sonner et à attendre qu’on leur ouvre (le propriétaire ou un/e personne chargée de l’accueil du public.
Ce procédé permet au personnel d’opérer un contrôle quant à la clientèle. (14)

De cette manière on connaît l’arrivée de nouveaux clients et on peut leur faire visiter les lieux ; le public habituel est bien connu par les employés et propriétaires (15) (on se côtoie souvent en demandant des nouvelles de la famille, du travail,...)
Souvent, les clients ne limitent pas leur sortie à une seule boîte mais parcourent en une seule nuit tout un circuit (normalement toujours le même) pour retrouver d’anciens partenaires, ou en rencontrer de nouveaux mais aussi pour changer de lieu, ou pour l’ouverture d’une nouvelle boîte.
Cette dernière donnée est intéressante : s’il n’existe pas d’associations regroupant tous les propriétaires des boîtes échangistes de la ville de Barcelone, on peux, par contre, affirmer que certains de ces propriétaires sont plus liés entre eux que d’autres, formant ainsi une sorte de groupe informel en rapport de connaissances. (16) Une des raisons (mais peut être aussi une conséquence) est du à cette sorte de pèlerinage qu’effectuent les clients habituels.
Il est également intéressant de constater que certains des nouveaux lieux ont été ouverts par d’anciens employés d’autres boîtes qui existaient auparavant (17) et qui ont fermées par des différentes raisons.
Nous n’avons n’a pas encore pu visiter de manière exhaustive toutes les boîtes qui se trouvent à Barcelone, mais on a pu observer que quelques-unes ont des saunas, jacuzzi et autres offres spéciales pour leur public. (18) L’éventail des prestations semble être large.
Tous les boîtes organisent régulièrement des fêtes où sont invités clients et autres visiteurs. Certaines de ces fêtes sont aussi organisées par les revues spécialisés.

Bien que l’on puisse affirmer que le nombre des boîtes a triplé dans les cinq dernières années dans la ville de Barcelone, nous n’avons pu établir exactement quelle à été la première boîte échangiste ni quand elle a été ouverte. (19) Par contre, nos informations signalent que les premières boîtes sont apparues à la fin des années 70, début 80, quand l’Espagne vivait, quelques années après la mort de Franco, une transition politique et sociale vers un état démocratique plus libéral notamment quant aux moeurs.
Dans beaucoup de boîtes l’entrée est gratuite, aux dires des propriétaires se sont alors les boissons qui font vivre le “commerce”. Le prix des consommations oscille entre 1500 et 2000 pts et on demande souvent aux clients qui veulent aller dans les salles intérieures de prendre des boissons supplémentaires . D’autres boîtes font payer une entrée et un “plus” pour chaque mouvement intérieur.
Un nuit normale dans les boîtes à entrée gratuite peux coûter, pour un couple échangiste, de 6000 à 10000 pts. La fréquence des visites est variable, d’une fois par mois à 2 ou 3 fois par semaine (lors d’un entretien, une femme que son ami amenait dans ces boîtes 2 à 3 fois par semaine qualifiait ces visites “d’étouffantes”).
Mais les rencontres échangistes peuvent se faire aussi par l’intermédiaire des revues du milieu, où l’annonce est souvent accompagnée d’une photo qui montre, généralement, des attributs féminins (seins, pose suggestive en tenue légère ou bien nu ...) ou masculins (très souvent le pénis en érection) sans montrer les visages.
Depuis le début de notre investigation (7 mois) deux boîtes ont fermées et deux autres se sont ouvertes. Si on en demande la raison aux personnes du milieu, les réponses restent vagues : “il y a deux raisons principales qui font qu’une boîte ferme, la drogue (coke ou autre) et les prostitué/es...” (JdT, Janvier 98).
Dans l’état de l’enquête il est difficile de savoir exactement quelles réalités ces déclarations désignent mais nous savons que parmi ces raisons il faut aussi compter les conflits qui opposent les différents associés/propriétaires d’une ou plusieurs boîte/s.

Quelques caractéristiques de la planète échangiste et les clients :

Un de ces propriétaires voudrait prochainement ouvrir une nouveau local sur le modèle des boîtes françaises.

“Une sorte de discothèque, comme en France : où les gens puissent danser, et faire la fête comme là-bas... Mais je ne sais pas si ça marchera. Les choses sont différentes ici : les gens, et surtout les femmes, ne s’habillent pas spécialement pour venir, ils vont assez vite au lit, ils ne “jouent” pas facilement dans les autres lieux, sauf, peut-être sur la “piste de danse” (20)
Tu as vu la piste de danse ? (ici, il s’agit de la piste de danse située dans l’espace le plus “public” de la boîte en question ; l’autre “piste de danse” est dans un autre espace plus “privé”. On observe que les deux “pistes” ont le même nom mais que les usages et références y sont bien différents.) Bon, il y a peu des personnes qui restent ic ; peut-être plus sur la piste de dedans...” (JdT, Mars 98) (21)

Les boîtes échangistes à Barcelone présentent certaines caractéristiques différentes de celles qu’on a pu observer en France; à Barcelone elles sont plus dirigées vers les “jeux” pratiqués sur des lits que vers l’exhibition des corps et des vêtements offerts aux regards pendant qu’on danse ou qu’on se promène ; les boîtes sont moins éclairées et de dimensions plus réduites ; elles semblent plus “intimes”... Il serait intéressant d’approfondir les raisons sociales, culturelles et, peut être, historiques de ces différences.

Quelques couples préfèrent aller sur les “pistes de danse” (“chambres obscures”) :
“Eso da mucho morbo... Estar de pie y que alguien alargue la mano y te acaricie el culo y las piernas... Te aplaste contra la pared y te folle mientras otro te masturba...” (22) (JdT, Fevrier 98)

Ces jeux peuvent se réaliser entre deux personnes (homme-femme) d’un même couple qui n’aura aucune relation physique avec d’autres personnes ; entre deux ou plusieurs couples où l’homme d’un des couples caresse la femme de l’autre ou bien les attouchements se font entre les deux femmes ou entre la femme et l’homme de couples différents (plus rarement entre deux hommes).

On peux aussi “inviter” un homme qui se trouve seul dans le boîte.
“Me decía qué tenía que hacer y yo me acercaba y acariciaba al hombre ; no me gusta el contacto con las mujeres... Aunque una vez...Bueno, una vez con los dos...” (23) (JdT, Juin 97)

Les situations peuvent mener (mais non exclusivement) à la constitution d’un trio composé d’une femme et de deux hommes où se produit, entre autres pratiques, la pénétration vaginale et/ou anale (plus rare), incluant l’éventuelle présence d’une 4ème personne pouvant simplement assister à la scène.

Le milieu échangiste a connaissance du projet commercial visant à transformer la plage naturiste du Torn (située à Hospitalet, Tarragone) en un site naturiste-échangiste “Ça fait pas mal de temps qu’on parle de ça, mais pour le moment on ne sait rien...”
(un propriétaire). On peut relever à ce sujet que les habitants d’Hospitalet et des villages avoisinants le site, s’ils ignorent l’existence du milieu échangiste, connaissent “depuis toujours la plage naturiste”.

Les pratiques échangistes restent, d’ailleurs, assez méconnues en Espagne. On n’en parle pas ouvertement, quoi qu’ai pu en dire certaines revues dites “féminines” ou certains programmes de télévision (un des propriétaires barcelonais a été invité dans un programme télévisé - El Pelicano de Antena 3 - pour parler de sa boîte), et beaucoup de gens ignorent tout à ce sujet; cette méconnaissance affecte par ailleurs les institutions sanitaires et autres associations qui luttent contre le sida.
On ne peut établir un profil type de l’échangiste, on rencontre des personnes issus de différents milieux professionnels : fonctionnaires, avocats, chefs d’entreprise, médecins... (nous n’avons pas réalisé sur cette question d’étude systématique) qui pratiquent aussi bien dans les boîtes qu’en dehors en répondant aux annonces publiées dans les revues.
Ces personnes sont issues d’un milieu économique et social moyen, moyen/élevé. Les coûts élevés des frais ne permettent pas d’être reconnu comme échangiste si on ne dispose pas de moyens économiques suffisants pour pouvoir visiter les différents lieux avec une certaine fréquence.
Les couples (un couple; deux couples) ; les trios ; les groupes ont un libre accès à toutes les installations, les hommes seuls ne l’ont pas et peuvent passer toute une nuit assis au bar sans être sollicités. Les propriétaires et les barmans des boîtes, s’ils sont habilités à jouer les entremetteurs, peuvent favoriser les rencontres, ils choisissent alors un homme, ou un couple bien connu du milieu.

Les femmes seules sont très rares et trouvent assez vite un/des compagnon/s au bar. (24)

Il faut ici faire mention de la prostitution ; personne dans le milieu ne veut assimiler l’ échangisme à une sorte de prostitution non rétribuée, et on interdit l’accès de certaines boîtes à “ces femmes”. Toutefois elles sont souvent évoquées comme pouvant être présentes dans les “jeux” lorsque sont impliqués des couples qu’on ne connaît pas ou qu’on ne dispose pas d’informations sur ses partenaires (un homme seul peux alors avoir payé une prostituée pour pouvoir accéder à d’autres femmes/couples échangistes); ou encore dans le cas où la femme montrent une certaine indépendance vis à vis l’homme que l’accompagne...

Les limites entre échangisme et prostitution, bien que conceptuellement établies, ne sont pas, dans la pratique, clairement définies. Il serait intéressant d’établir un dialogue avec quelques unes de ces professionnelles pour déterminer les possibles transformations et perceptions que l’apparition de l’échangisme a produit sur cette activité qui, en Espagne, semble connaître actuellement une rapide évolution. (25)
Même si certaines de ces boîtes existent depuis déjà plusieurs années, le grand public connaît peu l’échangisme. C’est donc, le plus souvent, par l’intermédiaire d’un ami (dans le cas des hommes), ou de leur conjoint (dans le cas de presque toutes les femmes interviewées) que les personnes sont amenées à pratiquer l’échangisme et à fréquenter pour la première fois le “milieu”. (26)

Parmi les raisons invoquées pour expliquer l’apparition de ces boîtes nous avons relevés :

- l’attrait d’une certaine libéralité des moeurs sexuelles, allant souvent de pair avec une sorte de “philosophie de vie” qui s’alimente auprès de certaines utopies : “En muchos casos... Bueno, en todas las parejas que conocimos por las revistas, encontramos personas que practicaban el naturismo; no iban a otras playas. Practicar el “juego” es como una filosofía de vida para muchas parejas liberales...” (27) (JdT, Février 98)

- l’apparition du “morbo”: “Cuando la conocí me confio que una de las fantasias sexuales que la excitaban era que la follasen en publico. Yo le dije que lo había hecho... Así entramos en el ambiente...” (28) (JdT, Décembre 97)

- la mise en place de nouvelles formes de convivialité entre les membres d’un couple; une envie de “copinage”: “Participar en el ambiente con tu pareja es estar más cerca de ella. Participas con ella de algo que es muy íntimo ; es como tener un colega con el cual todos los secretos se comparten ; los secretos y los deseos más íntimos...” (29) (JdT , Février 98)

Signalons encore, parmi les raisons invoquées, les “problèmes sexuels”. Dans ce sens et à titre d’exemple, voici un extrait d’un article publié par la revue El País semanal sous le titre “Addictions, les nouvelles et dangereuses obsessions”. (30) Parmi ces adhésions on trouve “l’obsession du sexe”, les excès sexuels et leurs corollaires (selon un spécialiste, un psychologue : le voyeurisme et le sadomasochisme), autrement dit des expressions sexuelles pathologiques “anormales”. On relate ainsi dans cet article l’histoire d’une femme qui doit partager les désirs de son mari et pratiquer l’échangisme pour pouvoir rester à ses côtés :
“Todo ese tiempo, María se presto a las apetencias de su marido porque consideraba que era la unica forma de mantener su pareja. Cuando yo me negaba, el estaba irritable, enfadado, desagradable conmigo. Cuando hacia lo que me pedia, me hacia mucho mas caso, estaba feliz.” (31)
Quelques unes des femmes interrogées nous ont donné une explication similaire.

En résumé nous pouvons dire que pour certains, la pratique de l’échangisme est perçu comme un “jeu de couple” qui peux se faire entre amis autour de la notion de plaisir et auquel participent les corps et l’imaginaire. Pour d’autres, cette activité est perçue comme une sorte d’addiction/dépendance au/du “sexe” ; des cas où “toute la vie est construite autour cette activité : la sexualité”.
Au travers d’un bon nombre de réponses on perçoit le désir, plus ou moins clairement exprimé, de transgresser ou transformer certaines formes de relations sociales.

Comme nous l’avons précédemment dit, les personnes qui pratiquent l’échangisme peuvent le faire dans les boîtes ou par l’intermédiaire des annonces que diffusent les revues, mais aussi dans des appartements qui, n’étant pas de boîtes commerciales, cherchent leur clientè parmi le public des lieux échangistes traditionnels au travers de ces lieux et offrent leurs services dans des ambiances définies comme “plus privées et excitantes” (32)

La pratique de l’échangisme semble réclamer l’apprentissage de codes de communication. En dehors des boîtes, les approches se font comme dans n’importe quelle autre situation sociale de prise de contact : on se donne rendez-vous dans un lieu plus ou moins public et “on regarde si on se plaît” ; si tel est le cas on va chez les uns ou chez les autres, ou bien dans une des boîtes échangiste. Si “on ne se plaît pas” on se sépare tranquillement, il semble en effet important que les personnes se plaisent tant du point de vue physique que de l’intellect, autrement on ne poursuit pas les approches. Comme le racontait une de nos informatrices :
“Algunas veces hemos quedado con otras parejas a través del anuncio que pusimos en la revista, pero no hicimos nada más porque (...) no les gusto ; es muy raro que lleguemos a practicar el intercambio con otra pareja de entrada ; normalmente nos despedimos sin haber hecho nada.” (33) (JdT, Mars 98)
Des situations semblables peuvent aussi bien se produire lors de la prise de contact, au travers des annonces, entre deux personnes.
Dans les boîtes ces situations varient légèrement. Certains couples vont dans les boîtes pour y “jouer” seuls (34) , mais on peut aussi y rejoindre d’autres couples ou des personnes seules (généralement des hommes) pour “jouer” avec eux. Dans ce cas, les approches sont un peu différentes : dans la “salle de danse” obscure (on pense ici aux “chambres noires” décrites par Guasch dans son livre “La sociedad rosa”) il suffit de s’approcher et de caresser une des personnes de l’autre couple. Normalement les contacts se font entre homme-femme ou bien femme-femme ; presque jamais entre homme-homme (ce qui ne veux pas dire qu’il n’y en ait pas; simplement ils sont plus rares, et surtout plus difficilement reconnus par les pratiquants).

Parmi nos informateurs on a trouvé quelques hommes qui reconnaissent ouvertement avoir eu des relations “sexuelles” (pénétrations anales, fellations, caresses génitales) avec d’autres hommes pendant ces jeux, sans, pour autant, se considérer comme homosexuels. La même réaction se produit entre les femmes ; quoiqu’on évoque plus ouvertement, dans le milieu échangiste, une “essence bisexuelle” des femmes.
Pour cette raison, la catégorisation des hommes et femmes échangistes comme étant des “homo”, “hétéro” ou “bi” sexuels/les n’est pas opérationnelle dans le cadre de notre recherche; elle ne peut rendre compte que de manière partielle de la complexité des relations qui s’établissent entre les personnes qui pratiquent ces jeux sexuels.

La prise de contact entre les personnes peuvent aussi s’établir au travers du dialogue. On parle/négocie, on se connaît, et plus tard on “joue”.
Dans le milieu, dans le cas d’une approche non verbale, on se met à côté d’un couple ou d’un groupe de personnes qui “jouent”, et, en les touchant légèrement, on peut savoir si l’on est admis ou non à participer, si l’on est accepté, on permet que les caresses continuent à se produire ; si on ne l’est pas on prend la main du nouveau venu et on la retire. Le code est clair et compris par tous.

Bien que les contacts se produisent sur la piste de danse et autres espaces des boîtes, beaucoup des jeux sexuels se font, de préférence sur les lits. On observe souvent que certains couples arrivent dans le boîte, se déshabillent et, avec un linge autour du corps, s’en vont dans les espaces où se trouvent ceux-ci. Pour le “jeu”, les lits sont souvent préférés à la piste de danse (avis souvent exprimé par nos informateurs ).
Cette observation ne se rencontre pas dans le milieu français, par exemple. Il faudrait approfondir un peu plus nos investigations sur le pourquoi de la préférence de cette expression (s’ il y en a), surtout quant on sait que les échangistes connaissent bien le milieu français et vont souvent au Cap d’Agde.
A ce sujet, certains propriétaires nous ont aussi fait part de la difficulté qu’ils ont d’ “activer” certains espaces, autres que les lits et les pistes de danse, pour les transformer en “espaces de jeux”.

La manière de s’habiller dans le milieu espagnol diffère également de celle qu’on a pu observer en France : pour autant qu’elles soient bien habillées (il s’agit d’une perception assez large) les femmes peuvent porter n’importe quels vêtements : jupes courtes avec body, vêtements longs, pantalons... On n’accorde pas d’attention spécifique à cette question. Par ailleurs, l’éclairage est souvent si faible qu’on n’arrive pas à voir qui on a devant soi et comment il est habillé.

Par contre, il est essentiel de ne pas porter de vêtements difficiles à ôter si on veux “jouer” en dehors des espaces où on se promène nu, par exemple, sur la piste de danse, il faut alors de préférence porter des jupes courtes et éviter de mettre des sous-vêtements, etc.
Les femmes ne s’épilent pas nécessairement le pubis ; quelques hommes s’épilent complètement les organes génitaux .

Si bien que si les échangistes vont dans les boîtes “pour voir et être vu” il est évident que les éléments et les attentes qui composent ce “voir et être vu” sont différents de ceux que l’on trouvent en France ou ailleurs.

Un autre élément symbolique important est le poids du “consentement” que les deux membres du couple doivent donner sur le choix des autres couples ou hommes/femmes seuls/es avec qui on veux avoir des rapports. Entre les échangistes ces choix se font, si l’on en croit le discours, de manière consensuelle entre l’homme et la femme mais, dans la pratique, très souvent c’est l’homme qui choisit “qui” et “comment” on doit approcher. Si jamais la femme choisit seule, elle risque d’entrer en conflit avec son partenaire :

“Tuvímos “bronca” varias veces ; en todas fue porque yo me fui sola por el local, por mi cuenta ; estaba enfadada con él y sabía que eso le iba a molestar. No le sentò nada bien ; se enfado mucho, y algunos tambien se extranaron de verme sola...” (35) (JdT, Février 98)

La réciproque semble beaucoup moins fréquente.

“On reprend la conversation...
“Hier on s’est retrouvé au lit sans l’avoir prévu et aujourd’hui on se retrouve avec une journaliste de Penthouse et une chercheuse européenne... On ne s’ennuie pas ici”
Le jeune reprend aussitôt le fil .
“Et comment ça s’est passé hier ?” (Anthropologue)
“Bon, je suis reparti à 7 heures du matin, tu vois ? Elle, par contre, est parti plus tôt”
Il montre sa copine...
“Oui, j’ai vu qu’elle s’en est allé très vite... Je lui ai demandé si tout allait bien mais elle n’a même pas répondu ; elle s’habillait presque en cours de route et je me suis dépêché pour lui ouvrir la porte...”
C’est (...) qui parle. Toujours vigilant, derrière son bar de ce qui se passe autour de lui ; il a bien vu qu’elle avait pris peur...

“En fait, au début ça allait bien, mais quand on a fini et je me suis levée, et j’ai pris peur... Il faut digérer tout ça et puis il était là : encore au lit...
Je voulais sortir, m’en aller. Voilà.
Je me suis habillée et je suis parti en courant dans la rue ; je suis allée directement à la maison. Je n’ai pas dormi...
C’est aujourd’hui, quand lui est revenu, qu’on a parlé de tout : nos impressions, l’envie de revenir, les expériences...
On est revenu pour faire du sexe.”
(...)
“On a parlé de ça après. C’est quelque chose qu’on a entrepris à deux, on a décidé qu’on ne peut pas abandonner l’autre à ses peurs. D’ailleurs, il faut rester ensemble ; on doit montrer qu’on est ensemble ; que je suis avec elle...” (JdT, Juillet 1997)

Cette transcription met en évidence quelques éléments intéressants, elle rend compte des difficultés que peuvent rencontrer, lors de leurs premiers contacts avec le milieu échangiste, les “nouveaux venus/es” (36) on voit bien que certaines de ces difficultés semblent être connues à l’intérieur du milieu lequel tend à les solutionner en proposant aux couples nouvellement arrivés une sorte d’entente qui leur permet de se sentir “copains” et protégés si jamais les choses ne se déroulent pas comme ils l’avaient prévu.

Se met ainsi en place une sorte de surveillance de l’espace et de certaines situations qui peuvent se dérouler, gardant certaines pré-supossés dans les comportements entre couples que les propriétaires, travailleurs, et couples plus “vieux” apprennent aux nouveaux venus (très souvent quant on parle au bar).
Cette situation montre bien les limites de ces conventions ; elles n’étaient pas claires pour le jeune couple, si bien que quand la femme est sortie en courant, on n’a pas cru nécessaire de dire à son compagnon qu’elle était partie ; la solidarité n’a pas fonctionné. Mais l’homme n’en à pas été pour autant mal vu. C’est seulement le barman qui, un jour après, lui commente la situation (ceci est peut-être induit par la présence de l’anthropologue ).

Par nos conversations avec quelques personnes du milieu échangiste, on a pu connaître l’existence d’un parc public à Montjuic où, partagé avec d’autres expressions de relations socio-sexuelles (gay, prostitué/es,...), on peux aussi faire des rencontres échangistes spontanées. Pour autant, cette forme de rencontre semble être minoritaire.

Enfin, les voies inter-communicatives d’Internet constituent une des dernière formes de rencontre échangiste. Bien qu’il n’existe pas en Espagne de Minitel Rose, on peux trouver des serveurs qui offrent des informations sur des boîtes et autres expressions échangistes ; également des espaces de discussion et de rencontre où on peux prendre rendez-vous avec les personnes intéressées.
Ces espaces n’ont pu être totalement explorés, c’est pourquoi nos informations restent, sur ce point, lacunaires, posons toutefois que ces formes d’expressions connaissent un important développement.

4- Les revues échangiste et le festival de cinéma érotique :


Le milieu échangiste dispose aussi de certaines revues (37) qui véhiculent des informations à son sujet. En Espagne, quelques unes de ces revues sont éditées par Zona 10.

Josep Cera, directeur de cette editoriale, dans un entretien publié en Mars 96, déclarait que les objectifs de sa maison d’édition était de (38) : “témoigner sur les thèmes les plus variés de la sexualité et de l’érotisme et rendre possible le contact et les relations entre les personnes qui ont des goûts semblables”.
Selon cet article, la revue qui a le plus de succès est Gente Libre. Avec un tirage de quelques 40.000 exemplaires, elle est apparu sur le marché il y a déjà 13 ans.
Il serait intéressant de se livrer à une analyse plus approfondie du déroulement historique de cette revue pour pouvoir comprendre et reconstruire les transformations que se sont produites dans ses contenus; reflets de l’intérêt d’un public et des messages qui circulaient dans la société pendant ces dernières années.
Les éditeurs de cette revue organisent aussi des rencontres entre couples et personnes seules. Ces rencontres ont lieu chaque année, depuis neuf ans, à l’Hôtel Rivera Playa Club d’Almeria où on fête trois jours d’orgies collectives, échanges entre couples, triangles et autres relations socio-sexuelles (39). Cette manifestation réunit chaque année plus d’adeptes.

Pour le directeur de cette publication la “libération de la femme, qui assume désormais une plus grande part dans la prise des décisions permet de comprendre l’évolution des pratiques sexuelles dans les relations entre couples. Il est plus facile et gratifiant d’assumer les propres fantaisies du couple que d’avoir des relations clandestines, très souvent liées à la prostitution, surtout en ce qui concerne les hommes “.
“Une autre donnée significative est la demande croissante des relations entre femmes. Peut être par le double besoin d’une plus grande affectivité chez les femmes et par l’acceptation chez l’homme (dans les cas des hommes mariés) d’une infidélité sexuelle qui ne met pas en danger leur masculinité, et par contre, introduit un ingrédient d’excitation malsaine.” (40)

Il nous parait intéressant de transcrire ces paroles pour montrer la construction d’un discours traduisant un certain imaginaire symbolique autour de l’échangisme. Le grand thème en est la libération de la femme, idéal poursuivi par les revendications féministes et qui est ici repris et adapté aux caractéristiques du milieu échangiste. C’est donc à partir d’une reconsidération du statut de la femme que le milieu légitime donc son discours : “Il vaut mieux pratiquer l’échangisme qu’être infidèle à son épouse”, “dans le “jeu”, les femmes jouissent plus que les hommes “..

Il est important de relever que ce “jeu” va souvent à l’encontre de la construction idéale de la “sexualité monogame et romantique” au travers de laquelle les femmes se sont socialisées.

Assistons-nous ici à une - nouvelle - construction des relations entre les genres ? ou bien, s’agit t’il d’une des expressions qu’adoptent les changements sociaux caractérisant la modernité ? Assiste-t-on vraiment à une “libération” de la femme ?
D’autre part, on donne de l’importance à la construction d’un idéal de couple monogame où la fidélité puisse être garanti, et comment le faire si ce n’est en créant une nouvelle forme de relation socio-sexuelle - un jeu - qui protège des infidélités conjugales et propose une nouvelle sorte de “copinage” entre l’homme et la femme ?

Ce dernier point nous amène à réfléchir aux questions qui affectent cette fidélité. Quelle est la base imaginaire qui sous-tend cette forme de relation sociale : la confiance ? l’amour ? la “sexualité” ? quels sont les éléments qui composent chacun de ces concepts ?

La prostitution ne semble pas être, dans le milieu échangiste, une solution socialement acceptable ; elle est marginalisé face à l’idéal échangiste qui se définit comme “facile et gratifiant” puisqu’il assume les fantaisies qui, finalement, font partie des besoins “normaux” des couples ( à ce propos souvenons nous de ce qui disait le psychiatre dans l’article de El País ...)

Enfin, on normalise les relations “sexuelles” entre femmes, puisqu’il semble exister un désir “naturel” d’affectivité entre elles (il serait intéressant de rapprocher ces propos de ceux qui, dans les dernières années du siècle passé et le début de ce siècle, ont été exprimés sur la féminité et la masculinité). N’allons pas plus loin. Rappelons simplement que ce discours véhicule une légitimation des pratiques échangistes sur la base de certains idéaux sociaux qui ont encore aujourd’hui une importante valeur symbolique.

Si l’on distingue ces revues en fonction de leur contenu on trouve, en premier lieu, celles qui présentent seulement des annonces de particuliers (couples, personnes seuls/es) qui aimeraient rentrer en contact avec d’autres couples, personnes seuls/es, ou groupes d’hommes et/ou femmes pour organiser des échanges entre couples, trios, ou autres fantaisies. Les annonces de ces revues sont le plus souvent illustrées par des photos montrant les parties génitales de l’annonceur, ou la personne en question “jouant” avec quelqu’un d’autre (les visages restent toujours cachés), et accompagnées d’un court texte de présentation (fantaisies, souhaits, désirs ...). On y trouve également des narrations courtes qui relatent des rencontres faites par certains lecteurs. Tout ceci s’accompagne aussi d’une ou plusieurs photos.

Le deuxième type de revue propose des articles plus longs décrivant des rencontres entre échangistes et personnes du milieu. Ils ont pour fonction d’aider les lecteurs à intégrer certaines codes de communication et de comportement nécessaires pour être reconnu dans le milieu, à gérer “l’offre” et la “demande” en étant “morboso y liberal”. Il s’agit là d’un des éléments qui, le plus ouvertement, participe à la construction d’un certain discours imaginaire et symbolique sur l’échangisme.

Dans ces deux types de revues on peux trouver des informations sur les boîtes échangistes qui se trouvent sur le territoire espagnol (dans le milieu échangiste, les personnes font souvent beaucoup de kilomètres pour pouvoir accéder à une boîte ou rencontrer d’autres partenaires) ; on y trouve aussi des annonces sur des produits qu’on peux acheter dans les sex-shops : vidéos et autres gadgets.

Le Festival du Cinéma Erotique (septembre 1997), qui a lieu à Barcelone depuis cinq ans permet d’observer la construction et la transmission des images et des messages que produisent les agents commerciaux du sexe, de la sexualité et de l’érotisme. L’an passé on a pu assister au Vème Festival dans El Pueblo Espagnol, une enceinte fermée qui se trouve à Montjuic (un des espaces de loisirs de la ville ). On y trouve des musées, des jardins publics, un parc d’attraction, quelques bâtiments sportifs construits à l’occasion des Jeux Olympiques de 1992, etc...

Nous nous y sommes rendus un samedi matin. Il y avait foule et nous avons du attendre près de trois heures avant de pouvoir entrer. Nous avons ainsi pu observer ceux qui attendait avec nous. La majorité de la population était masculine (près de 80-90% de ceux qui étaient là) ; seuls, accompagnés d’un autre homme ou en petits groupes ils avaient entre 20 et 50 ans et composaient une “masse” assez hétérogène. Nous avons aussi vu quelques couples (très peu) ; l’affluence était si grande que les organisateurs du Festival ont sérieusement envisagés de fermer les portes vers midi (alors que les horaires indiqués prévoyaient une ouverture jusqu’au soir).

A l’intérieur, les stands des maisons d’édition cinématographiques se répartissaient sur trois étages accessibles aux visiteurs. A chaque fois qu’un show érotique était proposé, la foule se massait devant le stand dont l’accès était ainsi rendu difficile.

Quelques sex-shops étaient aussi présents sur le Festival ; ce sont les seuls lieux où nous avons trouvé préservatifs et informations sur le sida. Nous avons cherché avec attention parmi les stands, exhibitions et projections une possible information sur le sida, la propagation du VIH et sa compatibilité avec certaines pratiques sexuelles, ou sur les moyens de préventions adéquats ; mais nous n’avons presque presque rien trouvé à ce sujet.
La possibilité de contagion par le VIH et conséquemment l’existence du sida (mais aussi des autres maladies) sont des sujets quasiment occultés par le commerce du sexe. Un des nos interlocuteurs nous à ainsi relaté qu’une des actrices qui lors de son show choisissait pour “jouer” (follar) des hommes parmi le public, n’avait à aucun moment demandé ou posé de préservatifs ; ses partenaires, par ailleurs, n’en faisait pas non plus la demande.

Ici, nous abordons des considérations qui touchent les pratiques des échangistes et la prévention des MST (maladies sexuellement transmissibles) au nombre desquelles il faut compter le sida.

5- Et le sida dans tout ça ?

C’est maintenant en termes d’investigation/action qu’il nous faut évoquer notre recherche, en effet, dans le cadre de notre contrat avec l’association “Les Traboules” il était prévu, entre autres choses, qu’il nous fallait proposer aux responsables des clubs, locaux, et autres expressions de la “planète échangiste” catalane, une collaboration pour promouvoir la lutte contre le sida dans ce milieu.

Etait également inclus dans cette démarche l’organisation de rencontres entre les investigateurs français et ces responsables.

Il nous a donc fallu, d’un coté, construire une ethnographie et mettre en place une série d’hypothèses de travail à partir desquelles donner sens à notre description et à notre interprétation explicative du phénomène. De l’autre coté, il a fallu aussi négocier une série de points avec quelques-uns des acteurs choisis de notre ethnographie pour favoriser une action de lutte contre le sida dans le milieu échangiste.

Nous n’entrerons pas dans le détail de la démarche, toutefois, il semble intéressant ici d’en évoquer les grandes lignes afin de permettre au lecteur une meilleure compréhension de la façon dont, au cours de ces quelques mois de travail nous avons construit et mené à bien notre projet.
C’est en France qu’on eu lieu nos premiers contacts avec la “planète échangiste”, il nous fallait désormais transposer notre expérience dans le contexte catalan. Notre premier objectif était donc de connaître le milieu échangiste et ses caractéristiques sur la ville de Barcelone. Entre-temps nous avions pris connaissance des informations que l’investigation de l’équipe française avait jusqu’à présent rassemblées.

Pour pouvoir nommer et décrire notre objet d’investigation nous nous sommes dotés des outils conceptuels alors à notre disposition, sachant bien que nous faisions appel là des préjugés. (41) Rester critiques quant à notre propre discours et à ses possibles conséquences a été un impératif qu’il nous a paru important de maintenir.
Il nous fallait aussi proposer aux responsables une collaboration en ce qui concerne la lutte contre le sida, cet objectif requérais de notre part une approche du milieu : connaissances des dynamiques entre les gens, caractéristiques de la “planète échangiste” et de ses visiteurs, etc...

Toutefois notre démarche, tant du point vue de l’observation que de l’investigation proprement dite était déjà en partie conditionnée par la prise en compte des résultats antérieurs et par la volonté préalable de promouvoir, au sein de la “planète échangiste”, certains changements dans les conditions et les dynamiques vis à vis de la prévention du sida. Il fallait pour cela restituer aux principaux intéressés leur dimension d’acteur.
Cette approche suppose un apport théorique différent de celui que requérais la construction de notre ethnographie ; il est en effet question ici de l’implication directe de l’investigateur et de sa visibilité, il est alors non seulement un chercheur, mais aussi un négociateur, nous partageons ici le point de vue de Martin (42) “qui perçoit les investigation-action comme des espaces privilégiés de manifestation et de négociation entre diverses logiques”.

Dans le cadre de notre investigation, nos premières actions ont été réalisé lors d’un week-end du mois d’Août 1997 au Cap d’Adge avec l’équipe française. Se rendre visible auprès du public concerné, promouvoir l’usage du préservatif et la possibilité de parler du VIH et du sida, lesquels affectent toute la société et, en conséquence, aussi la “planète échangiste” ; tout ceci dans un cadre qui n’était pas, disons le clairement, trop usuel : la plage naturiste, les lieux échangiste... ; ces expérience nous ont dotés d’une bonne préparation, qui, par la suite à facilité notre propre travail.
En Espagne, comme en France, il nous fallait prendre contact avec le milieu échangiste et entamer un dialogue devant aboutir à la mise en place d’actions de lutte contre le sida.

Dans le milieu échangiste espagnol tout restait (et reste) à faire, le problème du sida y est présent, comme ailleurs, mais on n’en parle pas ouvertement ; en niant l’existence du sida et le risque de contagion par le VIH, on augmente ainsi la vulnérabilité des personnes qui pratiquent l’échangisme.
Notre approche préalable du contexte échangiste français nous à permis de déconstruire certaines de nos peurs et de nos préjugés quant aux tâches que le contrat d’investigation prévoyait dans notre propre contexte d’action.

C’est donc à partir d’un autre niveau de réflexion que nous avons initié notre démarche ; d’une part nous avons pris note des observations effectuées dans le milieu ainsi que de nos conversations avec les personnes qui pratiquaient l’échangisme, mais il ne nous fallait pas nous limiter à un “simple” travail d’analyse visant à mettre à jour les structures profondes de signification, il s’agissait

bien plutôt d’essayer de comprendre la logique des discours pour pouvoir, non seulement se mettre à l’écoute, mais encore négocier avec une certaine réalité. La différence était qualitativement importante, et ce d’autant plus que notre action ne se limitait pas à offrir une information en direction du VIH et le sida en laissant des préservatifs, mais devait bien instaurer une relation dialectique horizontale, une négociation, avec nos divers interlocuteurs.

Le dialogue est l’instrument privilégié de l’investigation-action. Nous ne disposons d’autres ressources que la capacité à promouvoir par le discours un certain intérêt chez nos interlocuteurs. (43) Dans ce but, nous avons choisi les responsables de certains locaux. Avant tout, ce sont eux qui peuvent entreprendre efficacement et sur le long terme une action de lutte contre le sida au sein du milieu échangiste.

Connaissant bien les conditions de transmission du VIH, nous savons que toutes les activités humaines qui mettent en contact direct le sang et/ou les fluides corporels d’une personne avec le sang et/ou les fluides corporels d’une personne contaminé, par l’intermédiaire d’un instrument, comme une seringue, ou par l’intermédiaire d’une activité humaine, l’activité sexuelle entre autres, peuvent faciliter la transmission du VIH. L’objectivité de ce discours scientifique fournit la base indispensable qui doit guider toute action de prévention.

Le concept de sexualité peut être entendu de manière restreinte, ainsi, certains séparent ils conceptuellement une activité physique de loisir - un “jeu”- que vise à offrir et recevoir un certain plaisir, de la relation affective qui, elle même, peut être définie de diverses manières par ces mêmes personnes.

D’autres, en revanche ne dissocient pas l’”acte sexuel” et “l’amour”, faisant ainsi référence à un idéal d’amour romantique monogame - quoique pouvant également dans certains cas être défini comme “libéral” - et hétérosexuel.
Toutes ces expressions de la “sexualité” sont souvent localisées dans les zones génitales des hommes et des femmes, et l”’acte sexuel” par excellence est très souvent la “pénétration”.

Les relations de genre jouent un rôle non négligeable dans la configurations de certaines représentations sur la “sexualité” qui circulent dans le milieu échangiste. Comment sont perçus les femmes et les hommes ; quelles sont les relations possibles entre ces deux genres ; où se situent les genres “ambigus”...

Au vu des résultats des diverses campagnes contre le sida menées jusqu’à présent, nous savons aujourd’hui que la simple information, en supposant qu’elle cible correctement la population qu’on veux informer, n’est pas capable, par elle même, de modifier les comportements. C’est pour cette raison qu’il faut travailler avec des groupes plus restreints avec lesquels mettre en place des stratégies d’action.
Pour ce faire, il est important d’en bien connaître le langage et les réalités matérielles et idéologiques.

a) Quelques pratiques et discours

Bien que, comme nous l’on affirmé pratiquants et responsables des locaux, “le véritable échange” (44) n’a que très rarement lieu et que, lorsqu’il est pratiqué “on utilise presque toujours des préservatifs”. Les “pratiques sexuelles” du milieu échangiste barcelonais sont majoritairement vulnérables au risque de contagion de VIH. Certains “jeux” (cunnilingus, fellations) sont le plus souvent pratiqués sans protection. On ne peut, en aucun cas, prétendre que le milieu échangiste soit à l’abri de tout risque de contamination.
La prise en compte du sida comme risque potentiel est quasiment nulle dans le milieu échangiste barcelonais. Mis à part un poster avec des préservatifs nous n’avons jamais trouvé, dans aucun des lieux, une quelconque expression visant à sensibiliser le public à ce problème.
Voici un des discours que nous avons recueilli à propos du VIH-sida :

“L. me présente à un des hommes seuls qui vient d’arriver :
“Elle vient faire de la prévention sida...”
“Ah! c’est très intéressant... Je m’achète toujours un paquet de préservatifs, tu vois ?”
Il me montre un petit paquet. On parle de différents sujets.
Un peu plus tard il me demande si je veux aller dans les endroits “chauds”. Je les connais déjà mais j’accepte quand même.
A l’intérieur il me demande par trois fois si je ne veux pas participer aux “jeux” qui se déroulent (je sens que c’est une provocation, une sorte d’épreuve).
Trois fois je lui réponds que non.
J’aperçois un jeune couple avec qui j’avais parlé auparavant sur un grand matelas avec deux hommes. On entend les soupirs réguliers de la jeune femme... En m’approchant je vois qu’elle se laisse caresser et lécher le pubis, l’anus... Il y a qu’un mec qui porte un préservatif sur son pénis.

Mon accompagnant me demande si je veux m’asseoir (il essaie de voir si je ne veux - même comme ça - changer d’idée et participer)
“Si ça te dérange tu le dis, eh ?”
“Pour le moment ça va. J’ai bien dit que je ne suis pas ici pour jouer” (anthropologue)
“Oui, mais tu peux toujours changer d’idée, non ?”
(...)
Après un moment on retourne près des matelas. On s’assied sur un fauteuil devant un couple qui se caresse sur le petit matelas.
On reprend la conversation:
“Et alors, tu mets toujours le préservatif ?”
“Oui. Tu as bien vu que j’en ai sur moi...”
“Aussi quand on te fait une fellation ?”
“Non. Là j’avoue que pas toujours...”
“Et quand tu fais un cunnilingus ?”
“Je ne le fait pas souvent, seulement à celles que je connais bien. Très peu souvent...”
“?...”
“Oui, je les connaît bien ; ça fait sept ans que je pratique l’échangisme. Je ne viens pas trop souvent ; normalement une fois par mois...
Bon, ce mois ci plus souvent : je suis resté seul et...”
“Tu crois vraiment que tu es protégé ?”
C’est vrai que j’ai aussi peur. Un jour, peut-être, j’aurai une mauvaise surprise...” (JdT Juillet 97)

On peut relever dans cet extrait certaines contradictions importantes, mais celle qui nous intéresse le plus dans le cas présent est, sans doute, le fait de ne pas considérer, d’une part, le cunnilingus comme une pratique à risque (on utilise le préservatif seulement quand on “pénètre”), et de l’autre la perception de l’espace échangiste et de leurs clients habituels comme “non exposés” au risque de contagion du VIH. En d’autres mots “on a confiance et on se sent en sécurité”.
Ce dernier point devrait être analysé ; quels sont les éléments qui construisent cet illusoire espace de confiance et de sûreté, où le ViH-sida n’existent pas.
D’autres personnes proposent le test de dépistage de VIH comme pratique de prévention:
“Oui. Bon. On devrait tous nous faire le test... Remarque, ça serait facile pour moi, je suis directeur d’un laboratoire...
Mais j’ai peur de le faire ; on ne sait pas qu’est ce qui peux sortir... D’un autre côté je pense que... dans nos pratiques sexuelles avec les autres... En réalité on n’est sûr de rien ; on ne connaît rien”
(JdT, Août 97)

Dans les locaux on peux acheter des préservatifs (45) et celle-ci est la seule proposition faite par certains responsables en ce qui concerne la lutte contre le sida “pour ceux qui ne les amènent pas ils peuvent les acheter aux distributeurs de cigarettes (ils sont difficiles a repérer parmi les différentes marques de tabac) ou venir les chercher chez nous”.
Notre arrivée, en tant qu’investigateurs impliqués dans une recherche-action a été généralement bien perçue par les responsables. Bien que leur première écoute ne soit pas exempte d’une certaine méfiance, méfiance par ailleurs facilement compréhensible, une fois exposé le pourquoi de notre visite nous sommes parvenus à créer des espaces de communication très intéressants, où chacun expose ses propres points de vue sur le sujet.

Ils acceptent par ailleurs volontiers le dépôt des brochures “Couples contre le Sida” dans leurs locaux et se montrent disposés à collaborer. Mais il faudra toutefois rester attentif au suivi de ce type d’action.

b) Institutions de lutte contre le sida à Barcelone. Première approche

Au stade actuel, nous ne pouvons à ce propos que rendre compte de la phase initiale de notre action, ainsi, nous avons entamé un dialogue avec les différentes personnes et associations impliquées dans la lutte contre le sida et la formation des professionnels dans cet espace de prévention.
Quelques-unes de ces personnes nous ont confirmé que le sida, dans ses chiffres épidémiologiques, progresse dans tous les milieux sociaux mais reste assez peu repérable dans la souche de population correspondant à la classe moyenne/élevée.

Le pourcentage le plus important de séropositifs en Espagne correspond aux toxicomanes qui utilisent la voie parentérale (65% de la population séropositive).

Le groupe des hétérosexuels représente 14% de ce même pourcentage, mais ce dernier chiffre semble devoir augmenter. (46)

Les institutions socio-sanitaires témoignent d’une volonté de poursuivre et d’élargir la lutte contre le VIH-Sida vers le groupe “hétérosexuel”. Ainsi, peut-on lire régulièrement dans les journaux et revues des articles à ce sujet. (47)

En même temps sont également présents dans la presse des articles, toujours en relation avec le sida, les récents progrès de la médecine, on signale ainsi la prolongation de l’état de “séropositivité asymptomatique” chez les personnes “affectées” ; on publie sur les nouveaux traitements et les solutions à “court terme”: vaccins, traitements “miracle”... Le sida commence à être perçu par certains secteurs de la société espagnole comme une “maladie chronique”. Il n’est donc pas étrange de retrouver toutes ces informations ré-formulées par les différents acteurs et expressions de la vie sociale et, bien sûr, par la “planète échangiste”.

A Barcelone, les instances de lutte contre le sida sont organisées en deux grands espaces :
- les instances institutionnelles : le Servei de Sanitat doté d’un programme sida, différents autres services sanitaires, des hôpitaux.
- les différentes ONG et associations regroupées au sein d’une Fédération qui semble être assez active et revendicatrice. (48) Nous n’avons pu encore prendre contact avec eux.
Nous avons, par contre, établi de bons contacts avec Sida-Estudi, un Centre d’Information et Documentation (ONG) qui met à la disposition du public toute l’information disponible autour de la question du sida. Ils participent également aux rencontres des groupes de prévention et planifient diverses activités. Ainsi, en 89, ils ont réuni quelques-uns des responsables des locaux de rencontre Gay à Barcelone pour mettre en place, avec eux, une campagne de “safer sex”. Malheureusement les personnes qui ont pris part à cette action ne sont plus dans l’association. Les intervenants de Sida-Estudi ne connaissait pas l’existence des “locales de ambiente heterosexual” barcelonais, mais ils nous ont témoigné de leur intérêt et se sont déclarés prêts à collaborer avec le réseau français.

C’est à partir de la prise en compte de ces données que devra continuer notre recherche-action.


Notes

(1) Sur les aspects ludiques qu’adoptent certaines formes d’expressions sexuelles on peux lire en espagnol : Guasch. O., La sociedad rosa, Barcelona, Anagrama, 1991.
Minoría social y sexo disidente: de la práctica sexual a la subcultura, Inédit, 1997.
Debate Feminista dans son volume 16 Raras rarezas, México, diciembre, 1997.

(2) A ce sujet on peux lire :
Evans-Pritchard. E. E.,La relacion hombre-mujer entre los azande, Barcelona, Crítica-Grijalbo, 1978.
Mead. M., Masculino y femenino, Madrid, Minerva, 1994.
Molina Petit. C., Dialéctica feminista de la Ilustracion, Barcelona, Anthropos, 1994.
Moore. H.L., Antropología y feminismo, Madrid, Cátedra-feminismos, 1991.
Sanfeliú. L., Juego de damas. Aproximacion historica al homoerotismo femenino, Málaga, Atenea, 1996.

(3) On reprend ici la terminologie par laquelle le public échangiste désigne ce genre de locaux.

(4) Puleo. A. H., Dialéctica de la sexualidad. Género y sexo en la filosofía contemporánea, Madrid, Cátedra- feminismos, 1992.

(5) Valcárcel. A., Sexo y filosofía. Sobre “mujer” y “poder”, Barcelona, Anthropos, 1994.

(6) A ce sujet signalons le grand intérêt de l’article de Doty, A., “¿Qué es lo que más procure el Queerness ?” paru dans la revue Debate Feminista, Vol 16 ; 8, 98-111.

(7) Processus de réification tel qu’il est compris par Berger. P.L. ; Luckmann. T.,
La construccion social de la realidad, Barcelona, Amorrotu, 1986.

(8) Doty. A., Op. Cit. (105-107)

(9) “De Lauretis définit avec précision la qualité exclusive du queerness , comme j’aimerais le suggérer dans mes lectures de la culture de masse, “à la fois interactif et résistant, simultanément participant et différent” (De Lauretis, “Queer Theory”)
(...) Le queerness dans la forme où on l’utilise dans ce livre est une qualité mise en relation avec n’importe quelle expression qui peux être défini comme contre-, no-, ou anti-hétérosexiste.
(...) Dans ce livre coexistent des essais de médiation entre l’impulsion de dé-construction des catégories sexuelles et de genres existantes, et la sensation de que ces catégories doivent être prises en compte parce qu’ elles représentent des positions culturelles et politiques importantes.”

(10)La Caraba, Amistad, Body’s, Limousine, Blau Nit, Ire, Kira, Patty, El Niu, Ruben’s.

(11) Concept lié aux lieux où on peux s’y rendre -”fréquenter “- avec des prostituées qu’on a payé à l’avance ailleurs. Certains hommes font ainsi pour pouvoir rentrer dans les locaux d’échange accompagnés d’une femme, ce qui leur peremet de se présenter comme étant un couple. Dans le milieu échangiste on tend à bien vouloir délimiter ces deux activités, mais les limites restent très floues: ils existent beaucoup des locaux “mixtes” (où l’on accepte -ouvertement ou non- prostitué/es et échangistes). La définition est souvent donnée par les usagers des locaux, mais aussi par certains propriétaires qui, pour des raisons de prestige situe plus volontiers leurs établissements dans le groupe “échangiste”. Nous n’avons pas pu établir de classification définitive à ce sujet

(12) Nous avons déjà évoqué, dans notre premier rapport, La Guía del Ocio de Barcelona.

(13) “jugar”, “practicar el juego” (jouer, pratiquer le jeu) sont les termes que la plupart des gens évoluant dans le milieu de l’échangisme emploient.

(14) Certains locaux disposent de caméras leur permettant de visualiser de l’intérieur les personnes qui sonnent à l’entrée.

(15) Il est assez courant que la même personne soit à la fois propriétaire et barman/personne chargée del’accueil du public dans son propre local.

(16) Ajoutons que les propriétaires ne pratiquent généralement pas l’échangisme dans leurs établissements, pour ce faire ils se rendent de préférence dans les boîtes tenues par ce groupe d’amis ou de connaissances.

(17) Sur la ville de Barcelone nous avons relevés plusieurs cas, ainsi, dans les annonces publiés par une revue de contacts échangistes on peux lire : “Hola parejas, soy María Jesús, ya no me encontraréis en Aire. Os espero en mi nuevo local...” (Salut les couples, je suis M.J., vous ne me trouverez plus à Aire. Je vous attend dans mon nouveau local...)

(18) Nous avons ainsi pu visiter, dans certaines boîtes, des salles de jeu, un restaurant “coquin”(vaisselle de luxe, miroirs sur les murs et le plafond,...) et même une chambre pleine de peluches...

(19) Deux boîtes revendiquent le titre de “premier local échangiste”. Parmi les personnes interviewés personne n’a pu dire quel était “véritablement” le premier.

(20) Un chambre obscure semblable, en apparence et par la dynamique que s’y déroule, à certaines “chambres noires” que l’on trouvent dans les lieux fréquentés par les homosexuels masculins.

(21) JdT : Journal de Terrain.

(22) C’est bandant d’être debout et que quelqu’un que tu ne connait pas tende sa main et te caresse le cul et les jambes... qu’on te pousse contre le mur , qu’on te baise pendant qu’un autre te masturbe...”

(23) “...Il me disait ce que je devais faire et je le faisait. Je m’approchait et je caressait l’homme, le contact avec les femmes ne me plais pas... Quoi qu’une fois... Bon j’ai eu une relation avec un couple, et j’étais avec les deux...”

(24) Le discours “mythifie” souvent ces femmes, elles sont souvent décrites comme étant “spéciales”, différentes des femmes qui sont accompagnées: “incontrôlables”, “chaudes”, “sexuellement inépuisables”, “étranges”, “malsaines”,...

(25) Information extraite d’un cours donné par Rosario Otegui, doyenne de l’Université Complutense de Madrid ; Faculté de Sociologie et Politique, et aussi de la Thèse Doctorale lue à l’Université Rovira i Virgili de Tarragone par de Paula Madeiros. R., Aquí te pillo, aquí te mato, inédit, Déc 1996.

(26) Nous avons souvent traduit “planète échangiste” par “milieu” ou “ambiente libéral” reprenant ainsi les termes mêmes utilisés par les échangistes catalans.

(27) “Dans beaucoup de cas... Bon, tous les couples qu’on a connu par les revues pratiquaient le naturisme ; ils n’allaient pas sur d’autres plages. Faire ce “jeu” est une sorte de “philosophie de vie” pour beaucoup des couples libérés...”

(28) “Quand je l’ai connue, elle m’a confié qu’une des fantaisies sexuelles qui l’excitait était qu’on la pénètre en public. Je lui ai dit que je l’avais fait. Ça nous a mis de suite dans l’ambiance...”

(29) “Etre dans l’ambiance, ça veut dire être plus proche de ton conjoint On participe à quelque chose de très intime ; c’est comme d’avoir un confident avec qui tous les secrets se partagent ; les secrets et les désirs les plus cachés...”

(30) Toro. V., El País semanal, n° 1119, 81-82, mars 1998.

(31) ”Pendant tout ce temps, Maria se prêta aux désirs de son mari parce qu’elle considérait que c’est l’unique moyen de maintenir son couple. “Quand je ne voulais pas, il était irrité, fâché, désagréable avec moi. Quand je faisais ce qu’il voulait il faisait plus attention à moi, il était heureux.”

(32) Extrait du journal de terrain. Nous parlions avec un propriétaire et quelques clients d’une des boîtes visitées.

(33) “Parfois on a eu des rendez-vous avec d’autres couples par le biais de l’annonce qu’on avait mis dans la revue, mais on n’a rien fait parce que (...) ça n’à pas marché; c’est très rare qu’on arrive à pratiquer l’échangisme avec un autre couple d’emblée, le plus souvent on se sépare sans avoir rien fait..” (JdT, mars, 98)

(34) Appréciant dans ce cas “le désir que l’exhibitionnisme produit chez les autres” ou le “l’excitation malsaine” qui se produit dans le couple du fait d’être dans un lieu public.

(35) “On s’est disputé plusieurs fois; à chaque fois c’était parce que j’étais allée dans le local de mon côté ; j’étais fâchée contre lui et je savais qu’en faisant ça j’allais le déranger. Ça ne lui a pas plu du tout ; après il était très fâché, et quelques-uns se sont aussi demandé pourquoi j’étais seule...”

(36) Difficultés rencontrés le plus souvent par les femmes.

(37) Contactar, Las cartas privadas de..., Los contactos íntimos de Lib, Relatos de Alejandra Gracía, Gente libre, ...

(38) Entretien publié par la revue dominicale du quotidien Avui le 10 mars 1996, p. 26.-27.

(39) Concept, tel qui est défini par Guasch.

(40) Extrait de l’article précédemment cité.

(41) Ce terme ne comprend ici rien de péjoratif, il recouvre simplement la verbalisation des opinions préconçues qu’on a sur le milieu échangiste et sur la sexualité en général, opinions souvent imposées par le milieu social, l’époque, l’éducation...

(42) Extrait du rapport final dirigé par Welzer-Lang. D., “La planète échangiste : 18 mois d’observations ethnographiques”, 1994.

(43) Un intérêt qui, tout en allant de pair avec un certain souci sanitaire, peux également être commercial, les propriétaires cherchent à donner une bonne image de leurs établissements.

(44) “El “verdadero intercambio” ou “intercambio real” correspond à l’échange des partenaires entre deux couples. On l’observe rarement et dans la majorité des cas on négocie à l’avance, entre les partenaires, l’usage du préservatif.

(45) Ils coûtent entre 500 et 600 pts le paquet de trois ou quatre ; les responsables doivent les acheter pour 19-21 pts la pièce. C’est un prix qui peux être perçu comme cher par les propriétaires qui finalement se désintéressent de la question: “Ceux qui souhaitent en avoir les amènent avec eux”.

(46) SEISIDA. Vol 8. 1997; 491-508

(47) Voir El País 29.10.1997: 24

(48) Ces derniers mois ils ont ainsi publiquement exprimé leur déception aux autorités politiques quant à l’insuffisance des actions de lutte contre le Sida mises en place par l’Administration de la Generalitat, mais aussi quant à la création d’un Projet de Loi concernant les couples homosexuels. Le débat reste ouvert et se poursuit par voie de presse.


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