La prévention sida
Résumé des débats
Jean Lahoussine, responsable de lassociation Couples contre le sida Méditerranée (Cap dAdge, Hérault, Languedoc-Rousillon) :
CCS Méditerranée fait de la prévention auprès des populations multipartenaires quelles soient échangistes ou pas, auprès des populations fréquentant les établissements dits non conformistes ou échangistes. En relation avec le partenariat des établissements, il organise des actions communes de prévention généraliste.
Ce travail est de recenser tous les établissements, les lieux de rencontres et de continuer la mise en place de programme. Dans ce programme que lon appelle programme de visite il y a deux façons de mettre en place la prévention : les responsables détablissements achètent les préservatifs et distribuent les brochures que nous leur fournissons ou bien ils mettent en place des distributeurs de préservatifs, installent des douches accessibles aux hommes et aux femmes.
Le développement des lieux de rencontres est important, les pouvoirs publics renforcent des dispositifs de répression et suppriment des subventions accordées par la DDASS (Direction Départementale de lAction Sanitaire et Sociale) au motif invoqué de la chasse à la pédophilie...
Daniel Welzer-Lang :
Il faut accepter et faire accepter une prévention généraliste, auprès de toute la population.
Patrick Baudry, professeur de Sociologie à lUniversité de Bordeaux :
En France, le sida a pu se traiter sur un versant essentiellement technique ou technicien, sans société ou hors société.
Dans une analyse plus globale de la société de modernité, il sagissait dune gestion technique du sexuel, sur un versant individuel, sans société.
Dans cette approche, cette illusion technicienne apparaît la croyance que ce sont les techniques qui produisent la société alors quen fait les techniques sont reprises par une société, elles ne suffisent jamais à produire une société. Par contre elles sont toujours portées au delà de leur apparence de moralité par des discours qui sont implicites et au fond ce qui gagne cest une technologie : une sorte de technologisation du social.
Le préservatif, cest une technique mais ce nest pas parce que nous savons que cest une véritable nécessité et que cette technique doit sutiliser, simposer jusque dans notre relation la plus intime au corps de lautre et au sien, que nous sommes tout de suite convaincus de son utilité. Le préservatif cest le lieu très concret dune renégociation possible des rapports hommes-femmes et peut-être et surtout en préalable une sorte de lieu de renégociation des rapports hommes-hommes ; du rapport que chaque homme entretient à lidée du masculin. Si lon traite uniquement le sida comme un instrument de régulation de marginalité appareillée lon rate toute loccasion fournie hélas par cette maladie de réfléchir aux rapports sociaux, aux relations hommes-femmes.
Dans la question, lun des buts de lassociation CCS est de favoriser lémergence dun discours collectif ?, limportant est que autour du sida une réflexion sociale et nécessairement politique sur ce que nous faisons de la sexualité dans une société et pas simplement de la relation de lun avec lautre, sinstaure.
Oscar Guasch :
Le sida a eu un procès de particularisation, cest-à-dire quil ne concernait que certains groupes sociaux; cest un procès comme dit Michel Pollack où on confond le risque médical avec le risque social.
Daniel Welzer-Lang :
La prévention sida nindividualise pas les questions sociales. Pour les prostituées, les toxicomanes, les gays lÉtat a favorisé la mise en collectifs et en réseaux mais dès quil sest agit de parler des hétérosexuels multipartenaires, voir des clients de prostituées, des personnes qui ne sont plus catégorisées comme spécifiques mais qui appartiennent à la population générale, on a des blocages.
LÉtat a eu une attitude très pragmatique pour pouvoir mobiliser des groupes sociaux en les constituant comme entité collective lorsque cela nétait pas fait et puis comme il a pu se comporter différemment par rapports à dautres groupes.
On pouvait faire émerger un discours collectif en milieu échangiste sur la prévention sida mais en même temps parce que la prévention sida nest pas en dehors du temps et de lespace sur lensemble du mode de vie échangiste. Or, un des obstacles à la diffusion de la prévention cest la peur de visibilité des hétéro multipartenaires.
Est-ce que les hétéro multipartenaires ont peur dêtre définis comme un groupe à risque par rapport au sida gênant par là même cette tentative dun discours collectif.
Jean Lahoussine :
Les gens qui fréquentent les boites échangistes sont monsieur tout le monde, ils ne veulent pas être visualisés non pas par rapport à la société mais par rapport à leurs enfants.
Laction que nous menons concerne la prévention, la diffusion des informations sur les maladies sexuellement transmissibles. Pour un travail plus social, nous orientons les personnes auprès de différents partenaires.
Intervenant :
Est-ce que le risque du sida a été chiffré chez les couples échangistes ?
Fred.P :
La seule étude (Loisirs 2000) qui a été faite sérieusement dans le Sud de la France (sur 2000 couples échangistes) a révélé 0 couple séropositif. Peut-être quen milieu échangiste on parle moins de séropositivé contrairement au milieu gay.
Volontaire à AIDS Provence et bénévole au CCS :
Il y a des personnes multipartenaires qui ont le sida et qui fréquentent des lieux échangistes. Les personnes nannoncent pas leur séropositivité.
40 % des personnes connaissent leur séropositivé au moment où la maladie se déclare.
Oscar Guasch :
Il ne faut pas stigmatiser une conduite sociale. Il faut faire de la prévention dans tous les milieux sociaux.
Daniel Welzer-Lang :
Il ny a jamais eu denquête statistique sur le milieu échangiste. La raison fort simple est que lon a jamais pris en compte la population hétérosexuelle au niveau des statistiques. Par contre on sait que 47 % des hommes entre 35-50 ans qui développent le sida apprennent en même temps quils développent le sida quils sont séropositifs.
La statistique serait combien déchangistes ont fait faire des tests.
Franck Marcé, sida info-services :
Ce qui est important en matière de prévention des maladies sexuellement transmissibles cest quil puisse apparaître un discours individuel : que chaque individu puisse parler de ce quil vit, de ce quil craint ou de ce quil désire. A travers ce discours individuel qui sélabore au sein dun groupe constitué ou dune collectivité, chacun peut évaluer les risques et trouver les moyens de se protéger.
Un discours constitué qui dit léchangisme cest ça et cest pas ça, le sida cest ailleurs ne permet pas à quelquun de dire : voilà ce que je crains voilà dans ma pratique ce qui sest passé un homme a utilisé le même préservatif pour pénétrer deux femmes ; si quelquun peut exprimer cela on peut alors parler vraiment de prévention. Si il y a un discours tout élaboré sur ce qui est dissible et qui ne lest il ne peut sélaborer la moindre démarche préventive.
Il faut se méfier du discours politiquement correct, du discours dominant qui circule et qui ne permet pas de dire quil existe des difficultés : la prévention au début des années 90 en milieu gay était parfaite, tout le monde se protégeait et puis soudainement des personnes ont exprimé individuellement quils avaient du mal ; aujourdhui daprès une étude que Moati sort à Marseille 20% des séropositifs ne se protègent pas.
Jean Yves Le Talec :
Lépidémiologie mest toujours apparu comme un outil économique et politique sans être vraiment de nature à aider les gens. Il ny a pas un intérêt particulier à stigmatiser des lieux, cela naide ni les gens ni la prévention.
Il y a 6-7 ans, au moment où paraissait le livre de Michaël Fumento, journaliste américain, Le mythe du sida hétérosexuel la proportion de femmes séropositives et malades était très modeste ; aujourdhui la proportion se situe entre un tiers et la moitié.
Daniel Welzer-Lang :
Les courbes de progression de lépidémie rendent compte de la stagnation du sida. Au niveau de la population toxicomane et homosexuelle, les chiffres baissent. Les nouveaux cas de contamination qui apparaissent concernent la population hétérosexuelle, dont une grande partie na pas fait le test et découvre la maladie en même temps que les premiers signes de lépidémie.
Andréas, prévention dans le milieu hétérosexuel en Suisse/ groupe sida Genève :
La difficulté est comment toucher le public hétérosexuel qui est moins définissable, contrairement au public homosexuel, par le biais des ghettos qui sont en loccurrence des médiateurs de terrains idéaux. La prévention mettre un préservatif est simple nest pas si adéquate car dès que lon peut sen passer on sen passe.
Oscar Guasch :
Il y a des schémas épidémiologiques euro-américains : les hommes sont plus infectés que les femmes, la transmission est surtout homosexuelle et toxicomane.
Il y a des schémas africains : les femmes sont autant infectées que les hommes et la transmission est quasiment exclusivement hétérosexuelle.
Dans le sens dun rapprochement de ces deux types de schémas, la prévention hétérosexuelle est fondamentale.
Patrick Baudry :
La prévention du sida outre laspect très important de la diffusion du préservatif est loccasion dune réflexion sur ce que lon fait avec, au delà de la seule technicité sexuelle parce que lon pourrait encore traiter de la sexualité comme dune technique.
En France, larticle de Daniel Deferre le sida réformateur social voulait sans doute annoncer des changements possibles plutôt que constater des changements réels effectués.
Le sida a pu changer des choses du côté des attitudes devant la mort (encore que les soins palliatifs sont extrêmement limités) plus qu à proprement parler des attitudes devant la sexualité.
Andréas :
Le sida reste un vecteur de changement social.
La population a accepté des programmes de substitution à lhéroïne qui étaient par ailleurs refusés aux États-Unis.
Au niveau de la prévention il y a urgence. Avant il y avait lurgence de la mort, de nombreuses personnes mourraient. Il y a eu des progrès au niveau médical, la trithérapie.
Il y a une sorte de banalisation de la maladie : on se sent plus rassuré, il ny a plus ce rapport à la mort omniprésent.
les relations en dehors du couple existent ; dans la majeure partie, elles se font dans le monde du travail, des loisirs et du sport. Ce public hétérosexuel se pense protégé parce quil connaît en général la personne et quelle a lair en bonne santé. Cette perception du sida avec larrivée des traitements est un danger.
Il y a une augmentation de la contamination de la population hétérosexuelle alors que la probabilité pour un hétérosexuel davoir un rapport avec une personne contaminée est plus faible que pour une personne homosexuelle.
Le sida a permis de mettre en question les tabous sexualité, homosexualité (plus de visibilité) cependant la discrimination au travail reste importante.
CCS Avignon (Vaucluse, bouches du Rhône et var) :
Les responsables détablissements sont très actifs dans la prévention et veulent être informés, ils sont des intermédiaires importants.
Des groupes de paroles femmes sont mis en place : réseau médical, préservatifs féminins (12F dans le commerce, 6F pour les associations)...
Daniel Welzer-Lang, en réponse à un responsable italien qui disait que le préservatif est très cher :
70 centimes pièce le préservatif qui vient du Japon. Certaines associations les payent 3F, la marge est importante.
Au niveau de la législation européenne, il est possible de faire passer les préservatifs.
En milieu échangiste, lutilisation du préservatif se développe il y a cependant des problèmes de fragilité, les gens en parlent.
Il y a beaucoup dhommes qui ne savent pas se servir du préservatif, beaucoup ignorent également le gel.
Franck Masset :
Les dernières recommandations du ministère vont dans le sens dinciter toute personne qui a été exposée à un risque de transmission à consulter assez rapidement sans attendre le délai de séroconversion de trois mois. Ceci pour deux raisons : dabord parce cest une période durant laquelle la surveillance sérologique peut être adaptée, il y a des dépistages qui permettent de mettre en évidence une séropositivité de façon plus précoce et elle peut être traiter de façon plus efficace. Lautre aspect cest moins fréquent cest une recommandation auprès dabord du personnel médical ou toute personne particulièrement exposée (partenaire sexuel dune personne séropositive...), en cas dexposition à un risque de transmission il peut être envisagé un profilaxis post exposition cest-à-dire un traitement anti rétroviral visant à éviter la contamination. Dans les faits il ny a pas de sélection, on souhaite orienter toutes les personnes, le risque de transmission hétérosexuel pour un rapport vaginal est de lordre de 0,3%. Cest un aspect médical qui consiste à évaluer la motivation de la personne à prendre ce traitement et le rapport entre le coût et le bénéfice.
Daniel Welzer-Lang :
Le sida est en train de changer comme maladie. Au fur et à mesure que lon adapte les traitements, on sait de mieux en mieux détecter des facteurs associés au VIH. Mais il y a un problème de communication. Il y a régulièrement actuellement des groupes de consensus ou des groupes de pilotage au niveau de la direction générale de la santé sur les recommandations à mettre en oeuvre, cependant même des militants dassociations se retrouvent perdus car cela évolue très vite.
Il y a des intérêts coût bénéfice mais aussi des intérêts coût financier, les décisions de type de traitements proposés sintéressent aux coûts financiers.
Andréas :
Le traitement du lendemain ne banalise pas lusage du préservatif, comme la pilule du lendemain le rapport à la contraception.