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Présentations

Entre commerce du sexe et utopie
L'échangisme

Actes du premier séminaire européen sur l'échangisme de Toulouse (19-20 et 21 mars 1998)





La prévention sida

Résumé des débats


Jean Lahoussine, responsable de l’association Couples contre le sida Méditerranée (Cap d’Adge, Hérault, Languedoc-Rousillon) :
CCS Méditerranée fait de la prévention auprès des populations multipartenaires qu’elles soient échangistes ou pas, auprès des populations fréquentant les établissements dits non conformistes ou échangistes. En relation avec le partenariat des établissements, il organise des actions communes de prévention généraliste.
Ce travail est de recenser tous les établissements, les lieux de rencontres et de continuer la mise en place de programme. Dans ce programme que l’on appelle programme de visite il y a deux façons de mettre en place la prévention : les responsables d’établissements achètent les préservatifs et distribuent les brochures que nous leur fournissons ou bien ils mettent en place des distributeurs de préservatifs, installent des douches accessibles aux hommes et aux femmes.
Le développement des lieux de rencontres est important, les pouvoirs publics renforcent des dispositifs de répression et suppriment des subventions accordées par la DDASS (Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale) au motif invoqué de la chasse à la pédophilie...

Daniel Welzer-Lang :
Il faut accepter et faire accepter une prévention généraliste, auprès de toute la population.

Patrick Baudry, professeur de Sociologie à l’Université de Bordeaux :
En France, le sida a pu se traiter sur un versant essentiellement technique ou technicien, sans société ou hors société.

Dans une analyse plus globale de la société de modernité, il s’agissait d’une gestion technique du sexuel, sur un versant individuel, sans société.
Dans cette approche, cette illusion technicienne apparaît la croyance que ce sont les techniques qui produisent la société alors qu’en fait les techniques sont reprises par une société, elles ne suffisent jamais à produire une société. Par contre elles sont toujours portées au delà de leur apparence de moralité par des discours qui sont implicites et au fond ce qui gagne c’est une technologie : une sorte de technologisation du social.
Le préservatif, c’est une technique mais ce n’est pas parce que nous savons que c’est une véritable nécessité et que cette technique doit s’utiliser, s’imposer jusque dans notre relation la plus intime au corps de l’autre et au sien, que nous sommes tout de suite convaincus de son utilité. Le préservatif c’est le lieu très concret d’une renégociation possible des rapports hommes-femmes et peut-être et surtout en préalable une sorte de lieu de renégociation des rapports hommes-hommes ; du rapport que chaque homme entretient à l’idée du masculin. Si l’on traite uniquement le sida comme un instrument de régulation de marginalité appareillée l’on rate toute l’occasion fournie hélas par cette maladie de réfléchir aux rapports sociaux, aux relations hommes-femmes.
Dans la question, “l’un des buts de l’association CCS est de favoriser l’émergence d’un discours collectif ?”, l’important est que autour du sida une réflexion sociale et nécessairement politique sur ce que nous faisons de la sexualité dans une société et pas simplement de la relation de l’un avec l’autre, s’instaure.

Oscar Guasch :
Le sida a eu un “procès“ de particularisation”, c’est-à-dire qu’il ne concernait que certains groupes sociaux; c’est un procès comme dit Michel Pollack où “on confond le risque médical avec le risque social”.

Daniel Welzer-Lang :
La prévention sida n’individualise pas les questions sociales. Pour les prostituées, les toxicomanes, les gays l’État a favorisé la mise en collectifs et en réseaux mais dès qu’il s’est agit de parler des hétérosexuels multipartenaires, voir des clients de prostituées, des personnes qui ne sont plus catégorisées comme spécifiques mais qui appartiennent à la population générale, on a des blocages.
L’État a eu une attitude très pragmatique pour pouvoir mobiliser des groupes sociaux en les constituant comme entité collective lorsque cela n’était pas fait et puis comme il a pu se comporter différemment par rapports à d’autres groupes.
On pouvait faire émerger un discours collectif en milieu échangiste sur la prévention sida mais en même temps parce que la prévention sida n’est pas en dehors du temps et de l’espace sur l’ensemble du mode de vie échangiste. Or, un des obstacles à la diffusion de la prévention c’est la peur de visibilité des hétéro multipartenaires.
Est-ce que les hétéro multipartenaires ont peur d’être définis comme un groupe à risque par rapport au sida gênant par là même cette tentative d’un discours collectif.

Jean Lahoussine :
Les gens qui fréquentent les boites échangistes sont “monsieur tout le monde”, ils ne veulent pas être visualisés non pas par rapport à la société mais par rapport à leurs enfants.
L’action que nous menons concerne la prévention, la diffusion des informations sur les maladies sexuellement transmissibles. Pour un travail plus social, nous orientons les personnes auprès de différents partenaires.

Intervenant :
Est-ce que le risque du sida a été chiffré chez les couples échangistes ?

Fred.P :
La seule étude (Loisirs 2000) qui a été faite sérieusement dans le Sud de la France (sur 2000 couples échangistes) a révélé 0 couple séropositif. Peut-être qu’en milieu échangiste on parle moins de séropositivé contrairement au milieu gay.

Volontaire à AIDS Provence et bénévole au CCS :
Il y a des personnes multipartenaires qui ont le sida et qui fréquentent des lieux échangistes. Les personnes n’annoncent pas leur séropositivité.
40 % des personnes connaissent leur séropositivé au moment où la maladie se déclare.

Oscar Guasch :
Il ne faut pas stigmatiser une conduite sociale. Il faut faire de la prévention dans tous les milieux sociaux.

Daniel Welzer-Lang :
Il n’y a jamais eu d’enquête statistique sur le milieu échangiste. La raison fort simple est que l’on a jamais pris en compte la population hétérosexuelle au niveau des statistiques. Par contre on sait que 47 % des hommes entre 35-50 ans qui développent le sida apprennent en même temps qu’ils développent le sida qu’ils sont séropositifs.
La statistique serait combien d’échangistes ont fait faire des tests.

Franck Marcé, sida info-services :
Ce qui est important en matière de prévention des maladies sexuellement transmissibles c’est qu’il puisse apparaître un discours individuel : que chaque individu puisse parler de ce qu’il vit, de ce qu’il craint ou de ce qu’il désire. A travers ce discours individuel qui s’élabore au sein d’un groupe constitué ou d’une collectivité, chacun peut évaluer les risques et trouver les moyens de se protéger.
Un discours constitué qui dit “l’échangisme c’est ça et c’est pas ça, le sida c’est ailleurs” ne permet pas à quelqu’un de dire : “voilà ce que je crains voilà dans ma pratique ce qui s’est passé un homme a utilisé le même préservatif pour pénétrer deux femmes” ; si quelqu’un peut exprimer cela on peut alors parler vraiment de prévention. Si il y a un discours tout élaboré sur ce qui est dissible et qui ne l’est il ne peut s’élaborer la moindre démarche préventive.
Il faut se méfier du discours politiquement correct, du discours dominant qui circule et qui ne permet pas de dire qu’il existe des difficultés : la prévention au début des années 90 en milieu gay était “parfaite”, tout le monde se protégeait et puis soudainement des personnes ont exprimé individuellement qu’ils avaient du mal ; aujourd’hui d’après une étude que Moati sort à Marseille 20% des séropositifs ne se protègent pas.

Jean Yves Le Talec :
L’épidémiologie m’est toujours apparu comme un outil économique et politique sans être vraiment de nature à aider les gens. Il n’y a pas un intérêt particulier à stigmatiser des lieux, cela n’aide ni les gens ni la prévention.
Il y a 6-7 ans, au moment où paraissait le livre de Michaël Fumento, journaliste américain, “Le mythe du sida hétérosexuel” la proportion de femmes séropositives et malades était très modeste ; aujourd’hui la proportion se situe entre un tiers et la moitié.

Daniel Welzer-Lang :
Les courbes de progression de l’épidémie rendent compte de la stagnation du sida. Au niveau de la population toxicomane et homosexuelle, les chiffres baissent. Les nouveaux cas de contamination qui apparaissent concernent la population hétérosexuelle, dont une grande partie n’a pas fait le test et découvre la maladie en même temps que les premiers signes de l’épidémie.

Andréas, prévention dans le milieu hétérosexuel en Suisse/ groupe sida Genève :
La difficulté est comment toucher le public hétérosexuel qui est moins définissable, contrairement au public homosexuel, par le biais des “ghettos” qui sont en l’occurrence des médiateurs de terrains idéaux. La prévention “mettre un préservatif est simple” n’est pas si adéquate car dès que l’on peut s’en passer on s’en passe.

Oscar Guasch :
Il y a des schémas épidémiologiques euro-américains : les hommes sont plus infectés que les femmes, la transmission est surtout homosexuelle et toxicomane.
Il y a des schémas africains : les femmes sont autant infectées que les hommes et la transmission est quasiment exclusivement hétérosexuelle.
Dans le sens d’un rapprochement de ces deux types de schémas, la prévention hétérosexuelle est fondamentale.

Patrick Baudry :
La prévention du sida outre l’aspect très important de la diffusion du préservatif est l’occasion d’une réflexion sur ce que l’on fait avec, au delà de la seule technicité sexuelle parce que l’on pourrait encore traiter de la sexualité comme d’une technique.
En France, l’article de Daniel Deferre “le sida réformateur social“ voulait sans doute annoncer des changements possibles plutôt que constater des changements réels effectués.
Le sida a pu changer des choses du côté des attitudes devant la mort (encore que les soins palliatifs sont extrêmement limités) plus qu’ à proprement parler des attitudes devant la sexualité.

Andréas :
Le sida reste un vecteur de changement social.
La population a accepté des programmes de substitution à l’héroïne qui étaient par ailleurs refusés aux États-Unis.
Au niveau de la prévention il y a urgence. Avant il y avait l’urgence de la mort, de nombreuses personnes mourraient. Il y a eu des progrès au niveau médical, la trithérapie.
Il y a une sorte de banalisation de la maladie : on se sent plus rassuré, il n’y a plus ce rapport à la mort omniprésent.
les relations en dehors du couple existent ; dans la majeure partie, elles se font dans le monde du travail, des loisirs et du sport. Ce public hétérosexuel se pense protégé parce qu’il connaît en général la personne et qu’elle a l’air en bonne santé. Cette perception du sida avec l’arrivée des traitements est un danger.
Il y a une augmentation de la contamination de la population hétérosexuelle alors que la probabilité pour un hétérosexuel d’avoir un rapport avec une personne contaminée est plus faible que pour une personne homosexuelle.
Le sida a permis de mettre en question les tabous sexualité, homosexualité (plus de visibilité) cependant la discrimination au travail reste importante.

CCS Avignon (Vaucluse, bouches du Rhône et var) :
Les responsables d’établissements sont très actifs dans la prévention et veulent être informés, ils sont des intermédiaires importants.

Des groupes de paroles femmes sont mis en place : réseau médical, préservatifs féminins (12F dans le commerce, 6F pour les associations)...

Daniel Welzer-Lang, en réponse à un responsable italien qui disait que le préservatif est très cher :
70 centimes pièce le préservatif qui vient du Japon. Certaines associations les payent 3F, la marge est importante.
Au niveau de la législation européenne, il est possible de faire passer les préservatifs.
En milieu échangiste, l’utilisation du préservatif se développe il y a cependant des problèmes de fragilité, les gens en parlent.
Il y a beaucoup d’hommes qui ne savent pas se servir du préservatif, beaucoup ignorent également le gel.

Franck Masset :
Les dernières recommandations du ministère vont dans le sens d’inciter toute personne qui a été exposée à un risque de transmission à consulter assez rapidement sans attendre le délai de séroconversion de trois mois. Ceci pour deux raisons : d’abord parce c’est une période durant laquelle la surveillance sérologique peut être adaptée, il y a des dépistages qui permettent de mettre en évidence une séropositivité de façon plus précoce et elle peut être traiter de façon plus efficace. L’autre aspect c’est moins fréquent c’est une recommandation auprès d’abord du personnel médical ou toute personne particulièrement exposée (partenaire sexuel d’une personne séropositive...), en cas d’exposition à un risque de transmission il peut être envisagé un profilaxis post exposition c’est-à-dire un traitement anti rétroviral visant à éviter la contamination. Dans les faits il n’y a pas de sélection, on souhaite orienter toutes les personnes, le risque de transmission hétérosexuel pour un rapport vaginal est de l’ordre de 0,3%. C’est un aspect médical qui consiste à évaluer la motivation de la personne à prendre ce traitement et le rapport entre le coût et le bénéfice.

Daniel Welzer-Lang :
Le sida est en train de changer comme maladie. Au fur et à mesure que l’on adapte les traitements, on sait de mieux en mieux détecter des facteurs associés au VIH. Mais il y a un problème de communication. Il y a régulièrement actuellement des groupes de consensus ou des groupes de pilotage au niveau de la direction générale de la santé sur les recommandations à mettre en oeuvre, cependant même des militants d’associations se retrouvent perdus car cela évolue très vite.
Il y a des intérêts coût bénéfice mais aussi des intérêts coût financier, les décisions de type de traitements proposés s’intéressent aux coûts financiers.

Andréas :
Le traitement du lendemain ne banalise pas l’usage du préservatif, comme la pilule du lendemain le rapport à la contraception.



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