Livres









Fragments d'une ruine


Alexandre Bergamini

L'Alphabet Editions

61 pages - 10euros

Diffusion pour la Suisse:
L'Ane-Alphabet, 22, rue de la Filature, 1227 Carouge

Dépositaire por la France:
Librairie le Moulin à paroles, Nécuidaz, 01510 Saint-Martin-de-Bavel




Avant dire


Un lamento est un chant de douleur. Les pages qui suivent ont l'intensité brève d'un poème. D'un poème de douleur. D'un cri. Un cri qui se mue en une plainte. En un déchirant lamento.

La désolation de l'enfance. Un père qui ne sait pas aimer. Un père brutal et qui écrase ses trois fils. Les fait vivre dans l'angoisse et la peur. Vivian et Alexandre ont l'un pour l'autre une affection passionnée. Un soir, alors que la famille rassemblée va passer à table, un coup de feu. Vivian vient de se donner la mort. Il n'avait pas vingt ans. Alexandre ne pourra se défaire de cette mort. Il va la fuir, se fuir. Malmener et humilier son corps pour se punir d'être encore vivant. Mais la douleur ne lâche pas celui qu'elle tourmente. D'autant que s'y ajoute désormais une terrible inquiétude. Insidieuse, la mort s'est approchée, et en permanence, elle fait peser sa menace.

Mais à force de défoncer et labourer la terre intérieure, la souffrance s'apaise. Après avoir traversé l'insupportable, l'être se réconcilie avec lui-même. Dénudé, il se surprend à naître à nouveau. Pose un regard aimant sur la nature et le monde. Sur cette vie qu'il a commencé par haïr et à laquelle il se résout à donner son consentement.

Des mots nus. Un poème. Un déchirant lamento. Qui dit la douleur d'être et s'achève sur l'évocation de fragiles moments de bonheur. En somme, le résumé de bien des existences. Alexandre, merci.

CHARLES JULIET


Extrait du livre

J'AI TRENTE ANS.
J'aime les hommes.

Beaucoup dont J'ai été amoureux. Avec qui j'ai couché.

Pour un sourire, un regard, une voix, des mots, pour une vie meilleure.

Parfois pour de l'argent, pour manger, pour dormir, par hasard, par paresse de dire non, pour trouver de l'affection, par désespoir, pour retrouver mon frère.

Les passions charnelles m'ont fait éprouver l'extase et le déboussolement.

Elles m'ont laissé le goût de la jouissance et de la mort.

Peu d'hommes avec qui le me suis endormi. Peu que j'ai aimés véritablement. Ce peu tient dans une main. Une main à large paume. Ils ont tous perdu un être proche. Un frère, une mère, un père.

je me suis retrouvé à chavirer dans la vie pour tout, pour rien. je suis secrètement différent, secrètement étranger. Etranger à la cité. Exilé de l'intérieur.

Le plein été, il fait chaud, c'est la nuit. je suis séropositif je vais tenter de vivre. je suis seul. Perdu. Pourtant Je vis. La vie m'émeut.