Communiqué d'Act Up Toulouse







Lettre ouverte à Monsieur Philippe DOUSTE-BLAZY, maire de Toulouse

Toulouse, le 22 avril 2003


Monsieur le maire,

Les associations de lutte contre le sida vous ont maintes fois reproché en tant que maire, et en tant qu'ancien ministre de la santé, votre absence de politique de santé contre le VIH/SIDA.

Pourtant, début décembre 2002, par l'intermédiaire de votre adjoint chargé du SIDA et de la toxicomanie, Monsieur François CHOLLET, l'ensemble des représentant-e-s des associations et une partie de l'opposition (Les
Motivé-e-s) sont convié-e-s à une première réunion de travail autour de la future campagne municipale d'affichage de prévention. À la satisfaction générale, des axes de travail sont collectivement définis. L'accent est mis sur les messages en direction des femmes et des migrant-e-s / étranger-e-s.

Après trois mois de silence, et malgré de nombreuses relances au téléphone à la mairie, nous apprenons qu'une réunion se tient le 28 mars 2003 à l'insu de la majorité des participant-e-s présent-e-s en décembre, c'est-à-dire en « comité restreint » avec quatre associations sélectionnées, une agence publicitaire, et un représentant hospitalier. Les autres représentant-e-s de la lutte contre le VIH/SIDA à Toulouse sont tout juste reconvoqué-e-s à une réunion le 11 avril 2003 où il leur sera demandé d'avaliser les affiches retenues par ce prétendu « groupe d'experts ».

Monsieur François CHOLLET entendait-il sélectionner ses invité-e-s ? Il persiste et signe en conviant par téléphone quelques associations pour discuter d'un projet de plaquette de prévention VIH/SIDA, vendredi 4 avril, sans tenir compte là non plus de l'avis général des personnes présentes en décembre !

C'est l'occasion pour nous d'exprimer à votre représentant notre colère et notre indignation à l'égard de sa manière d'envisager une collaboration dans la définition d'une campagne municipale et d'outils de prévention.

Ces procédés vont à l'encontre des décisions prises lors de la première réunion en décembre 2002. Aussi, Monsieur François CHOLLET prend-il acte de ces déclarations en même temps que de la cohérence du monde associatif de lutte contre le VIH/SIDA à Toulouse, et se voit-il dans l'obligation de présenter ses excuses aux personnes et associations présentes. Il s'engage alors publiquement à plus de transparence, c'est-à-dire à mettre un terme aux réunions informelles, et à ce que la réunion du 11 avril 2003 soit
consacrée à la stricte définition collective d'une méthode de travail (constitution des groupes thématiques, dates de réunion, comptes-rendus et cahier des charges).

Malgré l'ordre du jour ainsi défini, cette dernière réunion est un fiasco : votre adjoint ne veut pratiquement rien changer aux termes de sa proposition initiale de créer deux commissions (campagne / brochures), les réunir le 23 avril pour travailler, à une date imposée, sans tenir compte de l'agenda des associations et pour seulement deux heures de travail, les réunir à nouveau le 30 avril pour qu'elles restituent le fruit de leur réflexion en présence d'un agent publicitaire qui leur soumettrait trois projets d'affiche lors d'une dernière réunion le 14 mai.

Aucune concession en deux heures malgré le bien fondé et le sérieux des remarques et des propositions : plusieurs associations soulèvent le problème de leur disponibilité à si court terme, en insistant sur la qualité et l'originalité des messages à délivrer en direction des femmes et des étranger-e-s / migrant-e-s, particulièrement exposé-e-s et vulnérables selon les files actives du CISIH de Toulouse, alors que les situations et le travail de prévention sont rendus chaque jour plus précaires par les nouvelles dispositions légales ; un représentant d'association expose sa réticence à collaborer sur un tel projet visant à redorer le blason d'une municipalité pourtant peu engagée au plan des subventions, et qui par ailleurs, refuse l'accès de la Place du Capitole à la campagne du Sidaction prévue le 13/06/03, alors que c'est une source de financement majeure du
mouvement associatif de lutte contre le sida ; devant le refus de M. François CHOLLET de revoir ses délais, et appuyé par Grisélidis et CCS31, Act Up Toulouse suggère de n'accepter ce calendrier qu'à la seule condition que la mairie de Toulouse s'engage à centrer sa campagne grand public sur les femmes et sur le fémidom.

Monsieur François CHOLLET ne tient compte d'aucune de ces remarques et propositions.

Mascarade de démocratie participative, cette politique témoigne du mépris que votre adjoint porte à la lutte contre le VIH/SIDA, et en particulier aux représentant-e-s du monde associatif, professionnel-le-s et militant-e-s, qui ont pourtant fait preuve de bonne volonté en mettant à la disposition de la municipalité leur temps et leur compétence. Au nom des personnes séropositives et de tout-e-s ceux et celles qui sont affecté-e-s par cette épidémie à Toulouse, nous exigeons par conséquent des excuses publiques de votre part, ainsi qu'un changement radical et immédiat de la politique sociale et de santé de la ville de Toulouse.
Dans l'attente,
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le maire, l'expression de notre sentiment choisi.


Act Up Toulouse, Grisélidis, Couples Contre le Sida 31, La Clef




Article de la dépêche du midi:

TOULOUSE - SANTE : Act Up et d'autres ne veulent pas servir de faire valoir

La prévention du Sida divise les associations et la mairie


Mieux vaut prévenir que guérir. Sida, cancer, tabac, hygiène buccodentaire... la mairie de Toulouse a donc choisi de multiplier les campagnes de prévention à destination des Toulousains. Seul petit problème, la prochaine aurait plutôt tendance à donner des boutons à quelques unes des associations sollicitées par la municipalité pour viser juste.

Oui, le virus du sida tue, aujourd'hui encore, en France. Mais comment faire passer le message, et auprès de qui en priorité? Associations et élus sont divisés là dessus.

Seule décision concrète, des affiches recouvriront les panneaux publicitaires de la ville dans la deuxième quinzaine de juin pour faire passer un message de prévention « grand public » avant les départs en vacances. A charge ensuite pour les plaquettes de délivrer des messages plus spécifiques. Et justement, c'est là que le bât blesse.

Act up, Crisélidis et d'autres voudraient insister sur le fémidon (le préservatif féminin) et les conseils de prévention à donner aux migrants. Mais ces associations ont l'impression de ne pas être écoutées.

« Ce qu'on veut, c'est créer de vrais groupes de travail et un cahier des charges. La mairie a fait appel à une agence de pub. Qu'elle intervienne sur la forme, d'accord. Mais sur le fond, c'est à nous d'imposer le message. Or là, les associations sont manipulées. On nous fait croire qu'on est intégré au projet, mais ce n'est pas le cas », proteste Guy Molinier, d'Act Up.


« URGENCE NE VEUT PAS DIRE PRECIPITATION »

Manipulées, les associations? « Absolument pas, répond François Chollet, l'élu chargé du dossier. J'ai eu des remarques sur l'organisation de la concertation et j'en ai tenu compte. Il s'agit de ne pas laisser quelque association que ce soit sur le bord de la route. Il y en a 40. Mais il faut aussi avancer, même si toutes ne sont pas toujours là aux réunions. »

Certes, « mais urgence ne veut pas dire précipitation », souligne Cédric Charbon, de l'association Arc-en-Ciel, association qui aimerait « que cette campagne ne se limite pas à un affichage mais s'accompagne d'une véritable politique de santé publique ».

Las de ces tergiversations, Passerelle, l'association des parents de gays et lesbiennes, le professeur Massip qui représente le centre hospitalier, et quelques autres sont prêts à aller de l'avant avec la mairie. Au risque d'être dépossédé de la réflexion sur le contenu des messages à faire passer? C'est ce que craignent Guy Molinier et ses amis qui ont préféré mettre un nez de clown et rester silencieux pendant la dernière réunion de travail, mercredi.

Eux n'entendent « pas servir de faire valoir à la mairie pour l'aider à redorer son blason » alors qu'elle ne les « soutient pas dans la continuité ».

Pendant ce temps là, les Toulousains trompés par le succès des trithérapies attendent toujours leur piqûre de rappel. Car en matière de sida, le vieil adage reste encore « mieux vaut prévenir que mourir ».

Béatrice DILLIES.

Référence article: http://www.ladepeche.com/aff_art.asp?Ref=20030428029&Rub=tls